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Zimbabwe: ceux qui hurlent avec les loups
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Zimbabwe: ceux qui hurlent avec les loups
<B>Par Jean Pierre LENOIR</B>
L?ancien ambassadeur Monsieur Jesseramsing nous a livré dans «l?express» de samedi sur le Zimbabwe un exercice qui tient plus d?un numéro d?équilibriste de cirque que de la science politique censée être la base même de la fonction diplomatique qu?il a exercée pendant de très nombreuses années.
Quant à Monsieur Shafick Osman, doctorant en géopolitique, il reprend bêtement et comme un mouton de Panurge deux arguments fallacieux pour essayer d?apporter de l?eau au moulin de Mugabe.
Après avoir lu cette pleine page de déclarations les unes plus délirantes que les autres, j?ai eu envie de m?arracher les cheveux mais j?ai pensé qu?il était plus raisonnable de leur répondre point par point.
«Mugabe a tenu les élections selon la Constitution? on peut dire qu?il y a eu «rigging», mais citez-moi un pays où il n?y a pas de rigging (fraude)? sur quoi se base-t-on pour déclarer que Tsvangirai a gagné les élections ?»
Si c?est cette farce électorale est ce qu?on appelle «élections tenues selon la Constitution» alors je pense que je peux faire croire aux gens que j?ai battu le record du monde de saut à la perche? Monsieur Jesseramsing ce n?est pas à vous que je vais apprendre que n?importe quelle constitution demande des «free and fair elections» comme la base élémentaire du fonctionnement démocratique le plus basique qui soit. Faut-il que je vous envoie des témoins de ce qui s?est passé là-bas pour vous expliquer que les emprisonnements, les tortures, les chasses à l?opposant, les chantages à la nourriture ne peuvent en aucun cas amener des «free and fair elections». Faut-il que vous soyez aveugle ou dramatiquement borné pour penser que Mugabe a réellement gagné ce premier tour des élections présidentielles. Bien évidemment que dans l?état actuel des choses personne ne pourra, chiffres à l?appui, prouver le contraire. Seuls ceux qui ont compté les votes et ceux qui ont pris plus de deux semaines pour publier les résultats pourront venir prouver le contraire? et ceux là, Monsieur Jesseramsing ils sont payés par le pouvoir, et ça veut tout dire, car dans ce pays-là le retour sur investissement s?appelle fraude électorale !
«1 % de la population est blanche? et la Constitution préparée par Smith garantissait le pouvoir aux blancs... ils pensaient que c?était normal que 200 000 blancs gouvernent cinq millions de noirs.»
Si je suis monté au créneau de la défense des fermiers blancs en de nombreuses occasions ce n?était pas tout bêtement parce qu?ils étaient blancs mais parce que ces gens-là avaient à la sueur de leur front fait de ce pays-là le grenier de l?Afrique. Vous savez très bien Monsieur Jesseramsing que les grandes révolutions dans le monde n?ont jamais été faites par «les masses laborieuses» qui ne sont que des instruments et des marionnettes de ceux qui veulent accaparer le pouvoir. Dans ce pays qui était alors la Rhodésie et ensuite le Zimbabwe la révolution alimentaire, donc agricole, a été faite par cet un pour cent de blancs, qui ont donné à manger non seulement au Zimbabwe mais aux pays avoisinants où la gabegie «post-libération» s?était déjà installée. Ces gens-là, Monsieur, étaient en partie mes compatriotes. Ils étaient blancs mais même s?ils étaient jaunes à pois verts j?aurais défendu leurs réalisations avec la même ardeur.
Votre déclaration dans «l?express» de samedi est indigne d?un homme de votre rang. Vous venez apporter de l?eau au moulin de la gabegie, de la farce électorale, de la dictature et du déni de démocratie à un moment où le monde entier a enfin ouvert les yeux sur la vraie nature du régime de Mugabe. Par pitié, si on veut que ce pays ait encore une petite chance de se sortir des griffes de ce dictateur sanguinaire que l?on se passe de ces inepties?
Monsieur Shafick Osman a quant à lui avancé deux «raisons valables» pour justifier l?attitude de Mugabe.
Le non-respect des autorités britanniques de donner au gouvernement zimbabwéen de l?argent pour compenser ces fermiers blancs dont les terres allaient être reprises.
«Jusqu?au début des années 2000, 70 % des terres arables étaient aux mains de la minorité blanche (1 %).
Sur ces deux points Monsieur Osman se trompe lourdement.
Bien avant l?année 2000 le gouvernement britannique avait commencé à donner de l?argent au gouvernement zimbabwéen aux fins de compensation des fermiers blancs. Les Britanniques ont arrêté de le faire lorsqu?un peu avant l?an 2000, ce même gouvernement a incité les «vétérans» à s?emparer eux-mêmes des fermes visées de la façon violente que l?on sait. Le «lack of law and order» a fait que les Britanniques ont alors arrêté de donner de l?argent.
La traduction de ces événements par Monsieur Osman est un peu juste et courte.
Notons aussi en passant que tous ces fermiers à travers la CFU (Commercial Farmers Union) ont eux-mêmes proposé peu de temps avant, de donner une partie de leurs terres au gouvernement pour mener à bien sa réforme agraire. Mugabe a balayé ces propositions d?un revers de main préférant le tout ou rien.
Notons enfin que tous ces fermiers, nos compatriotes compris, étaient des citoyens zimbabwéens car le gouvernement de ce pays leur avait refusé la double nationalité. Ils étaient donc zimbabwéens à part entière et pas des étrangers venus voler des terres?
Les 4 500 fermiers blancs du CFU (Commercial Farmers Union) possèdent 20 % des terres agricoles soit plus ou moins 6 386 750 ha. Les fermiers noirs possédant pour leur part 1, 289, 250 ha de terres agricoles.
Comme on peut le constater, les chiffres avancés régulièrement sont fantaisistes et tiennent plus d?un désir d?intoxication basée sur cette volonté d?attribuer à ceux qui sont les boucs émissaires traditionnels de la situation au Zimbabwe, les fermiers blancs, les causes de toute la misère du monde dans ce pays.
Mais qu?importe tout cela puisque le «rigging» va trouver peut-être comme au Nigeria sa consécration au Zimbabwe si, comme semblent le souhaiter les pays africains, un président voleur, sanguinaire et dictateur va avec la bénédiction de ces mêmes chefs d?états africains convaincre le chef de l?opposition Morgan Tsangvirai le vainqueur de s?allier avec lui. Mais les apparences sont sauves puisque la constitution a été respectée?
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