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Yves Pitchen, le gardien des souvenirs
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Yves Pitchen, le gardien des souvenirs
L?homme est sévère. Il jette un ?il critique sur tout ce qui l?entoure. Et pousse de grands coups de gueule. Contre le modernisme, le business, l?indifférence, le mépris.
Le photographe Yves Pitchen est un militant de la simplicité et de l?authenticité. Cela transpire dans son ?uvre photographique, ?uvre qui s?expose désormais à travers un livre, déjà disponible, une exposition qui s?ouvre très bientôt, soit le 11 novembre, à la galerie IBL à Port-Louis. Des gens pris sur le vif, même s?ils posent souvent, mais dans des attitudes typiques. Authentiques.
Son regard est d?une grande précision. Il photographie des choses simples mais fondamentales. Il montre l?humanité dans son ensemble. Et plus précisément, dans sa collection de Mauriciens, des êtres d?ici et de nulle part ailleurs. L?être sans le paraître.
?C?est un travail de fond?, dit simplement le photographe pour résumer 30 ans de photographie de la société mauricienne. Yves Pitchen revendique l?appartenance à une école photographique qui place au premier plan le travail de mémoire. Un travail long, fastidieux, difficile à mettre en place. Il cite Edward S. Curtis dont les travaux sur les Indiens d?Amérique, entre 1895 et les années 1920 sont une référence, un trésor national. Ou encore l?Américaine Diane Arbus, le photographe allemand August Sander, censuré par les Nazis. Et plus près de nous, le Français Raymond Depardon.
Yves Pitchen se sent donc investi d?une mission. ?Enrichir le patrimoine iconographique de l?île est important, encore faut-il qu?il y ait un cahier des charges sérieux. Le travail de la presse est un peu bâclé. Il y a un autre travail qui se résume à faire de la carte postale. Ce serait pathétique que Maurice se résume à cela. Or, je constate qu?on en est là.? Dans son jugement de la société mauricienne, le photographe est implacable. Pour lui, la photographie, ça n?intéresse personne. Il note un manque total d?intérêt, sauf de la part de quelques ?oiseaux rares?. ?La mémoire mauricienne est inexistante.?
?Tous pareils, tous égaux...?
Dans son exercice de recomposition de la mémoire collective, il va vers les gens afin de mieux les toucher. ?Quand je photographie les gens, c?est dans un environnement rempli d?informations sur les tenues vestimentaires, le mobilier, la façon d?être. Les détails racontent les habitudes de gens, les coutumes d?une époque.? Or, selon Yves Pitchen, l?imaginaire du Mauricien est défaussé par le cliché touristique, toujours lisse et agréable. Consensuel.
L?imagerie mauricienne évite de plus en plus ces ?détails? parce que l?on part du principe qu?ils ne font pas partie du décor mauricien. Mais Yves Pitchen veut continuer à les montrer, n?en déplaise à ceux qu?il appelle les ?Taliban du progrès?. Ceux qui manipulent l?image, la fabriquent, créent une fausse image de Maurice.
Yves Pitchen se met en colère. ?Le patrimoine est en train de s?écrouler. C?est le mépris organisé. Ce qui intéresse c?est le business. Le business des plages et tout le reste. Moi je ne veux pas fabriquer du décor, je veux montrer ce qui est vrai.? La valorisation du patrimoine ne s?arrête pas à la préservation de sites ou d?objets. Elle est une ré-appropriation d?une manière de vivre que l?on a méprisée. Une vie sobre, simple, bref authentique.
Les images d?Yves Pitchen montrent aussi toute la complexité de l?être humain qui se cache derrière les visages des gens qu?il met en lumière. ?J?aime faire cela, j?aime les gens. Sous les masques de nos rôles sociaux, nous sommes tous pareils, égaux. Derrière, il y a l?humain. Et il faudrait que nous soyons tous fiers de cela.?
Que les autres suivent sa voie
Les photos d?Yves Pitchen parlent des Mauriciens et elles s?adressent à tous les Mauriciens. ?J?ai un regard mais qu?en est-il de celui des Mauriciens, eux-mêmes ?? interroge-t-il. Il s?adresse au grand public. Il veut être montré, mais aussi soutenu dans sa démarche. Par une certaine reconnaissance du public mais aussi par celle de ses pairs. Il souhaite que d?autres suivent la voie sur laquelle il s?est engagé et qui a été défrichée par plusieurs générations de photographes avant lui. Curtis, Sander, Arbus, Depardon?
Quelle sera la suite au travail de mémoire ? Yves Pitchen souhaite qu?il y en ait une. Il veut rempiler pour un an au moins. Mais plus simplement, le photographe a surtout un souhait. Il aimerait retrouver ceux qu?il a déjà photographiés, il y a 30 ans. Que sont-ils devenus ? Les enfants sont devenus des adultes. Et le photographe est leur ange gardien?
L?EXPO
30 ans de souvenirs
■ Yves Pitchen présente trente ans d?images de Mauriciens. Des images réunies dans un album. L?occasion de porter un regard sur une ?uvre personnelle à la portée universelle. Le livre contient 75 images réalisées entre 1972 et 2005. La préface est écrite par l?écrivain mauricienne, Marie-Thérèse Humbert. Il a été lancé en Belgique, en mars. Le lancement mauricien aura lieu au moment du vernissage de l?exposition. Celle-ci présente les 75 photos du livre plus 25 autres réalisées en 2005. Le travail de photographie réalisé en 2005 a été financé par IBL.. L?exposition a lieu à la galerie IBL, rue Ferrière, à Port-Louis. Elle démarre le 11 novembre et durera jusqu?au 1er décembre. Yves Pitchen a pu compter sur le soutien de François Desmarais, l?un des directeurs d?IBL, son mécène, l??oiseau rare ? qui lui a permis de prendre son envol pour cette opération de valorisation de l?authenticité mauricienne.
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