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Yves Blackburn, 35 ans au service du judiciaire
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Yves Blackburn, 35 ans au service du judiciaire
En marge de la fête du Travail, ?l?express? rend hommage à Yves Reynolds Blackburn qui prend sa retraite après 35 ans passés au service du judiciaire et des relations industrielles à Maurice. Le journal de la rue Brown-Séquard ne tarit pas d?éloges à son égard et s?étend longuement sur ses nombreuses qualités professionnelles et humaines : employé d?un rare mérite, fonctionnaire modèle sur tous les plans, dévouement égal pour tous, aimé, estimé, respecté autant par les syndicalistes que par les employeurs, les juges, magistrats, avocats, avoués, confrères et collègues, ayant quotidiennement à faire avec lui et tous regrettant infiniment son départ pour la retraite, sachant qu?il laisse un vide difficile à combler.
Il débute dans la fonction publique, en 1940, comme ?Apprentice Land Surveyor? aux Travaux publics. Deux ans plus tard, il s?enrôle dans l?armée britannique. Il y passe une année en Grande-Bretagne puis rentre à Maurice tout en conservant son enrôlement dans l?armée anglaise. En 1947, il réintègre la fonction publique et est muté dans le service judiciaire. De 1947 à 1950, il est de service à Rodrigues. A son retour à Maurice, il regagne d?abord les Travaux publics avant d?être de nouveau muté dans le service judiciaire. Il est nommé ?Executive Officer? à la Cour industrielle, alors en pleine réorganisation, sous la férule des magistrats Neerunjun et Ohsan.. Il sera le plus précieux collaborateur du juge Georges Desmarais qui présidera cette instance judiciaire de 1956 à 1976. Il termine sa carrière comme ?Chief Court Officer?. Rares sont ceux à avoir, comme lui, suivi d?aussi près l?évolution et le développement du syndicalisme et des relations industrielles à Maurice.
Pour ce connaisseur local de la chose syndicale et industrielle, Joseph Guy Rozemont, mort un 22 mars, comme l?atteste l?épitaphe sur sa tombe, est un syndicaliste de premier ordre, tout comme Renganaden Seenevassen demeure l?un des meilleurs défenseurs juridiques de la classe laborieuse mauricienne.
Nul mieux que Blackburn n?est en mesure d?apprécier comme il se doit l?évolution ayant grandement amélioré les conditions de vie et de travail des ouvriers de Maurice. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, en effet, le sort des travailleurs est vraiment déplorable, le syndicalisme n?étant encore qu?à ses balbutiements. Depuis, non seulement les travailleurs sont plus conscients de leurs droits comme de leurs devoirs mais encore les employeurs font davantage d?efforts pour comprendre leurs doléances. La méfiance du début des années 1950 cède peu à peu la place à l?esprit de dialogue et à la compréhension mutuelle. Jadis, la législation régissant les relations industrielles était quasi inexistante. Cette lacune permettait alors aux pires patrons d?exploiter outrageusement et impitoyablement leurs employés.
Tel n?est plus le cas en 1981, estime Yves Blackburn. Les travailleurs sont mieux protégés par les verdicts des différents tribunaux d?arbitrage permanents, par les arrêtés salariaux fixant les rémunérations minimales, secteur par secteur. Il y a surtout la loi protégeant les employés contre tout licenciement abusif. De même, la loi ne permet plus les grèves sauvages aussi préjudiciables aux travailleurs car nuisibles à leur entreprise qui se trouve être leur gagne-pain. Il est de ceux qui pensent que la grève doit demeurer l?arme de l?ultime recours quand sont épuisées toutes les autres formes de dialogue et de conciliation disponibles ou à inventer. De même, aucun employeur n?a intérêt à licencier un membre de son personnel sans raison valable. Toutes les parties concernées ont intérêt à réfléchir aux possibles répercussions avant de prendre toute décision irréversible.
Le juge Georges Desmarais, qui trouve la mort dans un accident de la route, à la mi-novembre, est le légiste ayant le plus favorablement impressionné Yves Blackburn. Il vante volontiers les rares qualités de conciliateur du défunt. ?C?est bien simple, même dans les affaires les plus épineuses, il parvenait sans peine à réconcilier des irréconciliables?. La raison d?être du tribunal industriel n?est pas tant de multiplier les verdicts que de veiller à la meilleure entente possible entre employeurs et employés au sein d?une même entreprise. Il est aussi tout éloge pour l?excellent arbitre qu?est le juge Robert Ahnee.
Il se montre également très élogieux à l?égard des avocats Raymond d?Unienville, Hamid Moollan, Raymond Hein, Guy Ollivry, Kader Bhayat et Alan Ganoo dont il loue la courtoisie à son égard. Du côté des syndicalistes, il conserve un bon souvenir de Guy Rozemont, d?Harryparsad Ramnarain, d?Aurélie Perrine, de C. Bhageerutty, de Jack Bizlall et de Ponapa Naiken. Un bon syndicaliste est, à ses yeux, celui qui parvient à régler un conflit directement avec un employeur sans avoir recours au tribunal industriel.
Privé de ses jambes, en 1959, à la suite d?une pénible maladie, il traverse pourtant sans problème particulier la période nomade de la Cour industrielle, avant qu?elle ne dispose d?un siège social permanent, d?abord à la magistrature de Rose-Hill. Pendant des années, il travaillera un jour à Mahébourg, le lendemain à Mapou, puis à Souillac ou au Centre-de-Flacq à moins de devoir se rendre à Bambous. Le juge Georges Desmarais lui obtient son fauteuil roulant, facilitant d?autant ses déplacements. En ce début de mai 1981, il prend une retraite bien méritée, satisfait d?avoir toujours fait le maximum, pour ne pas dire l?impossible, pour venir en aide à toute personne recourant à ses services, sans se préoccuper s?il a affaire à un ouvrier, à un employeur ou à un officiel.
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