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Yesudass Veeranah revient sur «l?accident» mortel de sa femme

4 février 2006, 00:00

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par Marie-Annick SAVRIPÈNE

«Mo ti bien kontan mo madam. Mo pa pou blie li zame. Sa ti enn aksidan?» Libéré mardi, après que l?acte d?accusation d?assassinat de son épouse, Nisha Veeranah, a été modifié en homicide involontaire, Yesudass Veeranah raconte les circonstances entourant sa mort.

Yesudass Veeranah est un homme éduqué. Il a fait ses études secondaires dans trois établissements : le collège Royal de Port-Louis, le collège Impérial et celui du St-Esprit. Et il ne lui reste que six mois pour compléter sa formation de cinq ans au SSR Medical College de Belle-Rive. Tout cela ne l?empêche pas de faire une étrange utilisation du vocabulaire.

Ainsi, quand il se réfère à la mort tragique de sa femme Nisha, il en parle à plusieurs reprises comme d?un «incident». Quand on lui fait remarquer que les conséquences de «l?incident» en question sont plus que fâcheuses, il réplique : «Enn aksidan alors».

«Monn sinpleman sanz mo depozision»

Trouble sans doute attribuable à tout ce qu?il a vécu depuis le 5 novembre 2005. Mais ce même trouble n?est plus apparent quand on le questionne sur son emploi du temps, entre le moment où il s?est rendu compte que sa femme ne respirait plus et celui où cette dernière a été enterrée en catimini au cimetière St-Martin. Il invoque alors son droit au silence sur «certaines questions concernant l?enquête».

Et quand on lui demande pourquoi il a menti dans ses deux premières dépositions à la Major Crime Investigation Team, les 14 et 18 novembre, il nie l?avoir fait. «Mo pa finn manti. Monn simpleman sanz mo depozisyon lakoz mo matant. Me tousala se lanket ankor».

Le suspect revient ensuite sur sa première rencontre avec Nisha, de quatre ans son aînée, à la First City Bank de Goodlands, en septembre 2003. Trois mois plus tard, ils emménagent dans une maison à St-Paul. Il réussit à dissimuler sa liaison à ses parents qui croient qu?il vit dans une auberge. Mais ils finissent par l?apprendre et sont mécontents car il est encore étudiant. Le couple déménage alors de St-Paul pour aller vivre à Mesnil. A l?écouter, les dix premiers mois de leur vie commune sont euphoriques.

Yesudass Veeranah raconte que c?est sur l?insistance des parents de Nisha qu?il l?épouse civilement le 31 décembre 2004 et religieusement le 17 avril 2005. «So fami inn organiz tou. Mo pa finn dir mo fami narien.» Quatre à cinq mois après le mariage religieux, les Veeranah leur ouvrent les portes de leur maison à Belle-Vue-Maurel. Nisha, qui a perdu son emploi «parski li rant tar dan travail ek tro absan», accepte d?aller vivre chez ses beaux-parents.

«Li ti ena bann troub psykiatrik»

Les relations entre Nisha et sa belle-mère, ainsi que lui-même se détériorent, explique-t-il, en raison du «karakter otoriter» de son épouse. «Li ti enn tipe foutan. Enn sinp ti zafer li fer vinn enn montagn.» Il la décrit comme une femme «possessive» car elle ne veut pas qu?il fréquente ses amis après ses cours, et «jalouse» quand ses yeux se posent par inadvertance sur une femme. «Li ti ena bann obsesion. Li ti ena ban troub psykiatrik e mo ti amenn li kot enn spesialis Flacq ki ti donn li bann antidepreser.»

Quand Nisha se mettait en colère, ajoute-t-il, elle s?agitait, devenait violente, et il devait la maintenir contre lui pour la maîtriser. C?est ce qui se serait passé le 5 novembre dernier, quand ils ont fait une sortie en voiture. En sortant du Shivala de Rivière-du-Rempart, Nisha lui aurait fait une scène. «Li zoure, li tap moi lor figir. Mo dir li res trankil, linn kontinie. Li ti violan.»

C?est là qu?il aurait stoppé le véhicule. Et pour la calmer, il lui aurait empoigné les cheveux et l?aurait forcée à baisser la tête. «Pou fer li res trankil, monn ris li e kal so latet ar mo lazam gos, san savoir ki so likou ti pe koinse ar coiffe vites. Sa pa finn dir plis ki enn minit e demi.»

Quand il a senti qu?elle s?était calmée, il l?a libérée et poussée sur le siège avant, poursuit-il. Il envisageait de la conduire à l?hôpital de Flacq lorsqu?il a réalisé qu?elle ne respirait plus. Il aurait alors paniqué et téléphoné à Tarachand Bahal, «traiteur» de Vacoas que lui et sa femme fréquentaient et à qui il a eu recours dans le passé pour des problèmes de concentration dans ses études, précise-t-il.

Yesudass Veeranah affirme que si Bahal lui avait dit de se rendre à la police, il l?aurait fait. «Mo pa ti kone ki mo pou fer. Monn extra panike. Linn dir moi mo pou fini mo karier si mo fer sa.» C?est à partir de là que prend forme le plan d?enterrer Nisha au cimetière St-Martin.

Les 15 jours précédents son interpellation ont été «pesants». «Mo pa ti pe kroir monn kapav fer sa». S?il a finalement avoué la vérité, ajoute-t-il, c?est parce qu?il a estimé que sa femme méritait des obsèques selon les rites hindous et pour mettre fin à la détresse des parents de cette dernière. Hier, Yesudass Veeranah s?est rendu à Belle-Rive. Il pense être en mesure de reprendre ses cours lundi.

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