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Yeshen Gunnoo : esquisses paysages et couleurs créatrices
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Yeshen Gunnoo : esquisses paysages et couleurs créatrices
Yeshen Gunnoo est prévenu : il se juge et s?autocritique. Cet artiste continue de nous fasciner par sa maîtrise du pinceau, lui permettant, en quelques touches, de recréer sur papier de 300 grammes (de plus en plus rare et de plus en plus onéreux) tel ou tel coin de Port Louis, sinon de l?île, nous faisant toujours rêver. Une pénurie passagère de papier de 300 grammes l?incite à utiliser des canevas au rancart et recourir ainsi à l?acrylique mais surtout à changer de style.
Un Yeshen Gunnoo nouveau apparaît, excellant particulièrement dans la glorifiante évocation de la Mauricienne au travail. Nous ne sommes pas assez naïfs pour croire une minute que notre ministère de la Femme (à ne pas confondre avec le ministère de notre femme, nous étant infiniment plus précieux et utile) et toutes les féministes, se rueront pour saluer, en lui, un glorificateur de la Mauricienne
Jamais le Yeshen Gunnoo 2008 n?est aussi talentueux que lorsqu?il peint une demi-dizaine de coupeuses de cannes au travail. A croire qu?un Vincent Van Gogh guide son pinceau, tant il épouse l?intensité, que l?homme à l?oreille coupée donnait à ses toiles. On retrouve agréablement le même savoir-faire dans les lavandières de Trou d?Eau Douce, qu?elles baignent dans une atmosphère bleutée ou rosée et les saunières, qu?elles oeuvrent devant la Tourelle ou devant le Morne Brabant.
La grâce pâlit pourtant avec la porteuse d?eau, avec la femme allaitant, avec les ségatières. Les jambes des ballerines flanchent excessivement dans le blanchâtre. Blanc à proscrire, autant que le noir dans un paysage. Rien que de la couleur, capable de créer la forme, de la donner à l?esquisse.
On a le droit de préférer le Gunnoo des paysages urbains. Sa maison rouge mahébourgeoise n?a rien à envier au Mouchoir du même coloris, simple tache vermillon (chez d?autres peintres) perdue dans une marée turquoise. Des passantes vont et viennent avec grâce et élégance.
La voûte végétative est peut-être trop sombre. Avons-nous le droit de suggérer à l?artiste un fond végétatif pâlot afin de mieux éclairer l?avant-plan de ses ?uvres ? Ladite végétation peut aussi accentuer l?effet relief, en allongeant l?une ou l?autre branche pour mieux montrer qu?elle précède, dans le champ de vision, un immeuble plus lointain.. Il y a encore une superbe rue Jummah-Mosque, avec un étagement de maisons en bois (à classer dare-dare sur la liste de nos bâtiments historiques, en supposant que cela serve à quelque chose cf. la demeure à moitié démolie d?Onésipho Beaugeard, presqu?en face du QG du National Heritage Trust Fund).
« Merci de nous montrer combien belle est notre île »
Gunnoo peint à merveille deux lieux de culte. D?abord le temple Sockalingum Meenatchee de la route Nicolay, avec l?ébauche du Pieter Both, comme toile de fond. Plus marine, la chapelle au toit vermillon, au Cap Heureux (pour le coup). Chapelle brossée sous toutes les coutures (poupe, proue, tribord, ce qui prête le flanc à la critique).
De face, Notre Dame Auxiliatrice l?emporte sur badamier et Coin de Mire. Merci au vermillon victorieux et à une composition particulièrement réussie. Question idiote : le curé du village a-t-il le droit de peindre d?une autre couleur cette toiture carte postale ?
On retrouve avec bonheur nos montagnes silhouettes par-dessus la Grand Baie, le lagon du Grand Port ou encore l?estuaire de la rivière de Tamarin. Ce dernier paysage l?emporte sur les autres de par une composition plus réussie.
Nous sortons rêveurs de l?exposition Yeshen Gunnoo, à la Galerie IBL, Port-Louis. Nous nous demandons, mais peut-être à tort, si le paysagiste n?aurait pas intérêt à prendre conseil d?un ébaucheur aussi talentueux que lui. Merci en tout cas de nous faire aussi bien comprendre combien belle est notre île, jardin qu?un dieu sans doute a posé sur les eaux...
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