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Winning synergies

11 septembre 2004, 20:00

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La démocratie signifie la possibilité d’alternance. Valeur du jour, l’alternance est l’alliance sociale (AS) dirigée par le Dr Navin Ramgoolam. Pour les Rouges, la politique de l’alliance MSM-MMM depuis septembre 2000 a été un échec total qui a plongé le pays dans une crise sans précédent. Demain au pouvoir, comment les Rouges comptent-t-ils s’y prendre ? Quel est leur projet de société ? Questions légitimes.

C’est connu : la critique est aisée, l’art difficile. Le Dr Navin Ramgoolam, Arvin Boolell, Rama Sithanen, Rajesh Jeetah, Rama Valayden, Madun Dulloo et autres responsables de l’AS doivent en être conscients. Il est dans leur intérêt de ne pas tomber dans la facilité de la démagogie électorale abêtissante et manichéenne. Ils ne gagneront pas grand-chose à long terme de faire croire à la population que la crise socioéconomique actuelle est due uniquement à l’incompétence de leur adversaire et qu’il suffit de changer de gouvernement pour résoudre les problèmes du pays.

A partir de maintenant, les dirigeants de l’alliance sociale ne pourront plus jouer au jeu qui consiste à se dérober devant les interrogations de la population sur leur projet de société, le modèle de développement qu’ils prônent et leur programme de gouvernement sous prétexte que chaque chose vient en son temps et qu’il y a le risque que l’adversaire plagie les idées et le programme de l’AS.

Jusqu’ici l’opposition a martelé des slogans efficaces — « bef travay souval mange », « bef travay bef manze ». Elle a formulé de solides critiques et a brandi des menaces. Toutefois, s’agissant des propositions, on n’a eu droit qu’à des généralités telles que : « rétablir la confiance dans la population et chez les investisseurs », « faire redémarrer la consommation », « rétablir les grands équilibres macro-économiques », « optimisation des ressources », « démocratiser l’économie »

Il a aussi été question de « reconstruire et renforcer la compétitivité internationale de notre économie par le renforcement de tout notre potentiel économique créant les conditions pour que soient inclus dans l’exercice de la gestion de l’économie des groupes qui en sont exclus pour des raisons historico-ethniques et intégrer dans le « mainstream » économique des groupes sociaux qui en sont généralement exclus, encore pour des raisons historiques ». L’urgence d’un « nouveau contrat social » où le « corporate social responsibility » occupera une place de choix revient comme un leitmotiv.

Mais là où on attend les politiques, c’est au moment de la déclinaison des généralités en un projet de société pensé, un modèle de développement réfléchi et un programme gouvernemental travaillé et chiffré. Des grandes déclarations d’intention ou des grandes convictions au concret des solutions aux problèmes concrets, il y a un pas que les Rouges et leurs alliés n’ont pas encore franchi publiquement.

Le moment est venu pour l’AS de soumettre ses idées à un débat national. Les politiques doivent se rendre compte qu’ils n’ont pas le monopole ni des idées, ni de la vérité ; ni celui du coeur et encore moins celui de la fibre patriotique. Il existe une majorité de Mauriciens qui sont membres de la tribu des « Kifont ». Aucune démarche politique la moindrement intelligente ne peut ignorer ce fait. L’homme politique digne de ce nom devrait s’atteler aujourd’hui à créer des dynamiques, à développer des « winning » synergies, à mobiliser les forces, énergies, et compétences. Oui, Maurice peut s’en sortir car effectivement il existe des citoyens travaillant dans les différents domaines et sphères de la société qui sont animés par des valeurs porteuses d’avenir. Il s’agit de les identifier, de les canaliser et de les valoriser.

Des analystes et observateurs politiques ont souvent évoqué, à tort ou à raison, le déficit de communication du présent gouvernement. Gouverner aujourd’hui constitue un vrai défi. L’approche purement technico-économique n’est pas suffisante, l’écoute est vitale. Dorénavant, les politiques ne pourront seuls piloter le developpement socioéconomique à venir.

Si les politiques apprenaient à être humbles en se mettant à l’écoute des « doers », ce serait un grand bond en avant. Le vrai clivage, quand on parle de sortir de la crise actuelle, ne se trouverait-il pas entre ceux « qui font » d’un côté et ceux qui disent è Il y a qu’à » ou « Il faut qu’on » de l’autre. Et de grâce que les Rouges nous épargnent la litanie de l’héritage si jamais ils se retrouvent demain aux commandes du pays.

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