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Interview…

Babita Thannoo : «Le cancer a bouleversé ma vie, pas mon engagement»

27 juillet 2026, 19:00

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Babita Thannoo : «Le cancer a bouleversé ma vie, pas mon engagement»

Après avoir révélé publiquement son combat contre le cancer du sein, Babita Thannoo, députée de la circonscription n°8 et membre de Rezistans ek Alternativ, accepte de revenir sur cette épreuve personnelle qui a bouleversé son quotidien. Entre le suivi de son traitement au National Cancer Hospital, l’adaptation de son travail parlementaire et son engagement auprès des habitants de sa circonscription, elle raconte comment elle tente de concilier maladie et responsabilités publiques.

Depuis son domicile, où elle poursuit actuellement une partie de ses activités, elle continue de suivre plusieurs dossiers qui touchent directement la population, notamment les problèmes d’approvisionnement en eau et de transport dans la circonscription n°8. Babita Thannoo évoque également son regard sur le système de santé, son expérience de patiente, ainsi que son message aux femmes confrontées au cancer et aux défis du quotidien.

Vous avez récemment révélé avoir été atteinte d’un cancer du sein. Quand avez-vous appris ce diagnostic et comment allez-vous aujourd’hui ?

J’ai appris la nouvelle il y a quelques mois, après avoir souffert d’éruptions cutanées et de fatigue ; c’étaient là les principaux symptômes. Toutefois, l’un des signes persistants les plus révélateurs était une inflammation intestinale constante, que j’avais jusqu’alors attribuée au stress et à l’épuisement. Au début, il m’a fallu du temps pour accepter la situation, compte tenu de l’ampleur de mes responsabilités en tant que député. J’ai cependant dû me rendre à l’évidence : la gestion de mon traitement et de mes obligations devait devenir ma priorité afin de me rétablir au plus vite et de poursuivre nos combats. Le traitement actuel s’avère efficace jusqu’à présent, mais il se prolongera encore quelques semaines. Je tiens à exprimer ma reconnaissance au personnel du National Cancer Hospital. Les liens humains solides qui se tissent entre patients et personnel au sein du National Cancer Hospital, malgré les défaillances majeures du système actuel, nous redonnent espoir. Cela restaure notre foi en l’humanité et nous permet de faire l’expérience de la bienveillance sous sa forme la plus douce. Mais il faut quand même être sensible aux besoins du personnel et des patients. J’espère qu’on recrutera les infirmier/ères bientôt, qu’on aura beaucoup plus de médecins spécialisés en cancérologie et surtout qu’on ait les médicaments et équipements requis pour que le National Cancer Hospital opère efficacement. J’ai hâte que le traitement prenne fin prochainement et que je pourrai reprendre pleinement mes fonctions. Pour l’instant, je travaille principalement depuis mon domicile. Avec l’aide de ma famille, d’amis proches et de collaborateurs, je m’efforce de répondre aux sollicitations des citoyens, de traiter des dossiers en cours – tels que les problèmes de transports et d’approvisionnement en eau dans la circonscription n°8 – et d’étudier des solutions aux graves difficultés auxquelles nous sommes confrontés, notamment la crise de l’eau. Je suis profondément reconnaissante envers les habitants de ma circonscription pour leur sollicitude, leur compréhension et leur soutien constants.

Ça se passe comment pour vous dans votre quotidien en tant que députée sur le terrain ? Comment on s’organise pour continuer à mener le combat malgré tout ? Les mandants comprennent ?

Grâce aux technologies mobiles, nous pouvons transmettre les demandes et les besoins de la population aux autorités compétentes. Heureusement, nous obtenons souvent des réponses lorsque les officiers publics sont en mesure d’intervenir. Par exemple, nous avons récemment pu obtenir une aide immédiate concernant l’attribution de logements du New Social Living Development à des femmes en situation d’urgence. Certains dossiers sont plus complexes à traiter, mais nous poursuivons nos efforts. Ainsi, le grave problème de distribution d’eau dans les villages d’Alma, L’Espérance, L’Avenir, Ripailles et NouvelleDécouverte est principalement dû à la dépendance vis-à-vis du réservoir de Mareaux-Vacoas, dont l’état est déjà critique. Nous avons demandé une enquête ainsi que la remise en état des forages exploitables dans ces villages.L’unité de géotechnique du ministère des Infrastructures nationales et le service d’hydrographie du ministère du Logement et des terres peuvent nous apporter une aide précieuse, car nous devons identifier toutes les sources d’eau pouvant être exploitées en toute sécurité. Leur expertise, surtout celle de M. Ichikawa en matière de géotechnique, peut changer la donne quant à l’accès à des sources d’eau alternatives et à leur gestion. Nous ferons un grand pas en avant le jour où toutes les sources et tous les points d’eau seront déclarés publics à Maurice. Certes, je ne peux pas me rendre sur le terrain dans ma circonscription en raison des risques élevés d’infection et de mon système immunitaire affaibli, mais le travail se poursuit. Le télétravail me permet toutefois d’approfondir l’étude des problèmes et des solutions potentielles, contrairement à l’époque où mes engagements liés aux événements publics étaient nombreux. Les habitants de la circonscription font preuve d’une grande compréhension face à ma maladie, mais nous devons également placer leurs besoins au premier plan. Il est impératif d’être à l’écoute de la population et de veiller à sa sécurité ainsi qu’à son bien-être.

Quel est votre message aux femmes victimes qui mènent malgré tout le combat au quotidien ?

Le cancer n’est qu’une maladie ; ce n’est pas une fatalité. Je souhaite beaucoup de courage à toutes les femmes qui luttent contre cette maladie. J’espère et je prie pour que notre système de soins soit très prochainement amélioré, afin que chaque patiente puisse bénéficier d’un accès égal aux traitements. Mon message s’adresse également à toutes les femmes sans exception. En tant que femmes, nous sommes vulnérables au cancer, principalement en raison des niveaux records d’engrais chimiques, d’herbicides et de pesticides actuellement utilisés dans nos systèmes alimentaires. Les végétariennes, comme moi, sont encore plus exposées compte tenu de leurs habitudes de consommation. L’organisme féminin absorbe davantage de toxines issues de produits agrochimiques dangereux, en raison de notre physiologie reproductive. À Maurice, toutes les femmes et les jeunes filles sont exposées à ces toxines dès leur plus jeune âge. Ces produits chimiques s’accumulent au fil des ans dans nos sols, nos eaux et nos écosystèmes, pour finalement pénétrer dans nos organismes et nous fragiliser considérablement.

Les femmes sont d’autant plus susceptibles d’en être victimes qu’elles assument la charge du travail de soin (care) et subissent les contraintes imposées par le système capitaliste sur leur corps au travail, notamment la semaine de plus de 40 heures. Les femmes doivent se mobiliser pour exiger l’agroécologie comme seule solution durable de lutte contre le cancer et réclamer l’interdiction immédiate des produits agrochimiques dangereux, tels que le glyphosate. Elles doivent également se battre pour l’instauration d’une semaine de travail de 35 heures qui prenne en compte la charge du travail de soin. Lutter contre le cancer nécessite un changement de système ainsi qu’une mobilisation sociétale dans son ensemble.

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