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Willem Boshoff, le concepteur humaniste rebel

27 juin 2004, 20:00

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Une exposition de sculptures mauriciennes, d?artistes contemporains, titrée Touch ? Feel and See, et ouverte par le ministre des Arts et de la Culture Motee Ramdass, s?est tenue les 24 et 25 juin derniers dans les jardins du musée d?histoire naturelle, à La Chaussée, Port-Louis.

Initiée par la National Art Gallery, avec le concours de Lizié dan la Main et du Mauritius Musee Council, cette expérience interactive visait à donner ?à voir? aux mal-voyants et aux non-voyants, par l?exploration tactile, les ?uvres d?art exposées.

Une façon de leur donner l?occasion de les identifier à leur manière et, par les capacités de leur imaginaire, de les inciter à concevoir leur propre création des ?uvres pressenties. Ou encore, à créer d?autres ?uvres. A noter que toutes les ?uvres étaient à portée de main. Entraîner des non-voyants dans une expérience téloramique (au-delà de la portée de main) impliquerait d?autres moyens.

Aux mal-voyants et non-voyants, comme à tous les visiteurs qui auront apprécié cette démarche, nous offrons la possibilité de poursuivre l?expérience, presque comme un jeu, en leur contant la voie particulière qu?aura empruntée un artiste sud-africain, nullement mal-voyant. Il s?agit de Willem Boshoff, un Afrikaner qui vit à Johannesbourg. Il est sculpteur et pratique l?art conceptuel avec un sérieux monacal.

<B>Un humour cinglant</B>

Ses ?uvres démontrent une approche systématique mariant une dimension didactique à un humanisme prononcé. Il illustre parfaitement, en cette fin de siècle, la dématérialisation de l?art. L?art contem- porain, on le sait, ne s?attache plus qu?à la seule vue et aux sensations générées par ce sens. Qu?il s?agisse de valeurs tactiles ou optiques.

L?utilisation du texte et du langage occupe une place conséquente dans l??uvre de Boshoff. Une attitude parfois ludique, contrastant avec un humour cinglant, préside à ses concepts, dictés par un esprit rebel. Il reconnaît, au micro de One People(*), que son subconscient est zébré de rébellion.

Cet esprit singulier parviendra à une calligraphie aussi particulière que personnelle, jusqu?à fréquenter le Braille. A son école, l?art n?est guère pris au sérieux. A 15 ans, il décide de devenir artiste, façon de combattre le défendu. Bien qu?il en connaisse les réponses, il s?amuse à copier ses devoirs par-dessus le dos de ses camarades pour ?provoquer? ses professeurs. Il apprécie Apollinaire et ses Calligrammes. Ceux sur la pluie surtout. Il développe alors une sorte d?écriture d?espion, illisible pour d?autres. Des petits points alignés à l?oblique sur la page. Il cherche en somme comment ?objecter? par des énoncés visuels.

Refusant le service à l?armée, menacé de prison, il développera plus avant cette démarche. Nul ne sait que lorsqu?il semble tranquille, mis à l?écart pour éviter qu?il ne contamine les autres, il rédige un livre sur le pacifisme. Cette ?uvre secrète, Bangboek 1971-81 (The Book that is Afraid), une verte protestation contre le service militaire dans la Force S.A. pour la défense, sera exposée à la 23e Biennale de Sao Paulo (**), où il représentera l?Afrique du Sud.

Par ses petits points, il deviendra intime au Braille et aux non-voyants. Son but n?est pas de leur livrer un message. Il veut provoquer chez eux une inquiétude à son sujet, les poussant à vouloir l?aider jusquà s?impliquer, peut-être joyeusement, dans l?aventure. Humaniste à sa manière, il veut en somme les libérer, les inciter à créer, à faire voler en éclats les barrières entre les mots?

Son élaboration visuelle sur les mots ?bicéphale?et ?bicordal?, sont des boîtes contenant plusieurs sculptures à deux têtes et à plusieurs queues (350 boîtes pour 345 sculptures). Avec, au bas, écrit en braille, le nom de Jochaim Schoenvelt, un sculpteur sud-africain ayant créé de petits b?ufs en bois à deux têtes et à plusieurs queues.

Une façon en quelques sortes de démontrer aux non-voyants qu?ils peuvent se servir des mots précités pour accéder aux mythes.

<B>Technique

Un survol du braille</B>

  • Au XVIIIe siècle, les intellectuels, notamment Diderot, se penchent sur la cécité. En 1760, le créateur de l?alphabet pour sourds-muets, l?abbé de l?Epée, ouvre une école pour ces déficients auditifs. De son côté, Valentin HaÜy lance un projet semblable à celui de l?abbé. En quelques mois, grâce à lui, Daniel Lesueur, un jeune mendiant, saura lire, calculer et situer des pays sur une carte en relief. La méthode de Valentin utilise de grands caractères romains en relief. La lecture s?ouvre aux aveugles ! Pour l?écriture, c?est comme en imprimerie, à partir de caractères mobiles. On peut trouver au musée Valentin HaÜy des exemplaires des livres scolaires imprimés par les élèves eux-mêmes. Charles Barbier de la Serre, lui, invente la sonographie, à partir de 36 sons, représentés par combinaison de points, qu?il expérimente dès 1821. Il invente aussi un appareil d?écriture. Louis Braille, né en 1809, devient aveugle à 3 ans. Il améliorera la méthode Barbier, selon laquelle l?on compte les points. Et, en 1825, à 16 ans, il invente un véritable alphabet. La version quasi-finale du Braille date de 1837.

(*) One People ? Interview Willem Boshoff January 1998

(**) Willem Boshoff

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