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Wanted : commissaire

17 février 2008, 00:00

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Tandis que le pays s?enfonce dans la peur et l?angoisse, alors qu?une psychose sécuritaire mine les citoyens, le commissaire de police a été autorisé à quitter le pays pour un voyage d?études, qui pourrait se prolonger par des « vacances ». La nouvelle annoncée en primeur par « Le Mauricien » n?a pas été démentie par les autorités ; nous la considérons donc avec le plus grand sérieux. Et le plus grand étonnement ! Comment est-ce possible ?

Chacun dans le pays comprend que la détérioration de l?ordre public exige une reprise en main policière ferme, expérimentée et méthodique. Comment le Premier ministre et ministre de l?Intérieur peut-il, lui, penser se passer de l?autorité de son commissaire de police, préférant à sa place, un adjoint que le pays connaît peu, et qui doit encore faire ses preuves ? Ce procédé me paraît risqué, à moins que le Premier ministre n?ait de bonnes raisons de vouloir éloigner son commissaire. Si c?est le cas, il a le devoir de communiquer ses motifs au pays, qu?ils soient humanitaires, personnels ou politiques. Faut-il rappeler au Premier ministre combien l?absence de direction et la confusion des rôles au sein de la police ont coûté cher au pays dans le passé ? Je viens de relire le rapport Matadeen sur les émeutes qui avaient éclaté à la suite de la mort du chanteur Kaya en prison. Nous ne sommes pas dans cette situation, loin s?en faut, mais les Mauriciens ont terriblement besoin d?être rassurés ; or, notre commissaire de police est en vadrouille et notre ministre de l?Intérieur est invisible.

Peut-être devrions-nous justement commencer par souligner la cause première du problème : l?absence d?un ministère de l?Intérieur responsable de toutes les questions ? nombreuses et pas que policières ? relevant de l?ordre public. Depuis quarante ans, le pays vit dans la fiction que l?ordre public est essentiellement un problème de police qui peut être géré par le Premier ministre, quand il lui arrive de trouver un peu de temps, ou quand une crise intérieure le prend à la gorge. C?est évidemment une grossière erreur. Partout dans le monde, depuis toujours, et plus encore aujourd?hui, les gouvernements accordent à leur ministère de l?Intérieur la plus grande attention. Le ministre titulaire est généralement un poids lourd de l?équipe gouvernementale, et ses dotations budgétaires sont parmi les plus généreuses. Ici, c?est en raison d?une méfiance inexpugnable et d?une volonté premierministérielle hégémonique que tous les Premiers ministres ont accaparé les attributions du ministre de l?Intérieur.

Même si elles peuvent varier d?un pays à l?autre, ces fonctions, pour l?essentiel, sont les mêmes : un ministre de l?Intérieur met en ?uvre la politique de son gouvernement en matière de sécurité intérieure et de libertés publiques. Il protège les citoyens, leurs biens. Il assure l?intégrité du territoire, mène le combat contre la drogue, garantit les droits des étrangers qui travaillent et vivent sur son sol, contrôle le système pénitencier et protège la population lors des calamités naturelles (cyclones, tsunamis) ou des accidents (incendies, explosions, émeutes). Dans certains pays, comme en Grande-Bretagne, c?est le ministère de l?Intérieur qui gère également le « criminal justice system ». La supervision de la force policière et son auxiliaire, les services de renseignements, ne sont qu?une des attributions d?un « Home Minister ».

On voit bien que l?étendue et la complexité du mandat requièrent une attention politique permanente et une expertise administrative exigeante. Force est de constater que le pays est dramatiquement privé de l?une et de l?autre. En appelant à la création d?un véritable ministère de l?Intérieur doté de moyens techniques et scientifiques modernes, de professionnels formés et méritants, j?ai bien conscience d?être en train de frapper un coup d?épée dans l?eau. Je ne crois pas que Navin Ramgoolam se choisira un ministre de l?Intérieur. Et d?ailleurs, s?il devait le faire, ne me demandez pas à qui, dans son équipe actuelle, il devrait confier cette haute responsabilité. Je frémis?

Oublions alors le ministère de l?Intérieur? Quelle est notre seule autre planche de salut ? Une force policière puissamment organisée et équipée, exceptionnellement compétente, intelligemment dirigée. C?est loin d?être le cas. Nos policiers sont désorientés, démotivés, désorganisés, sous-équipés. Et depuis longtemps. Les dysfonctionnements que l?actualité récente a mis en exergue sont exactement les mêmes que ceux identifiés par la commission d?enquête présidée par le juge Keshoe Parsad Matadeen, il y a presque dix ans. Les stations de police attaquées, les policiers qui fuient avec armes et munitions, l?absence de direction, l?ingérence politique? rien de nouveau. En 1999 déjà, la commission Matadeen écrivait : « For the past five years, the country has been fed with a lot of verbiage about reforms in the police ; but the population has yet to see the tangible results of these reforms, if any has indeed been initiated. What is certain is that crime is on the increase and at no other time have we felt less secure in our home. »

Le sentiment dominant est que la situation continue à se détériorer même si les statistiques démontrent une réalité plus nuancée. Et voilà que Rosa nous annonce une révolution raciale, une guerre même, si le gouvernement devait cesser de gaspiller l?argent public en subventionnant les besoins de ceux qui n?en ont pas besoin. Le Premier ministre aurait tort de croire qu?un simple changement à la direction de la police réglerait le problème. La crise est profonde : d?une part, la population a perdu confiance dans sa police, de l?autre la structure et les moyens des policiers sont inadéquats, leur expertise dépassée. Et ce ne sont pas des « advisors » étrangers qui trouveront la solution ; dans le passé, en temps de crise, ils ont ajouté à la confusion, même si leur expérience doit être sollicitée pour formuler la nécessaire réforme.

Je ne comprends pas pourquoi le Premier ministre ne s?investit pas davantage dans cette cause ; elle est, à mon sens, l?une des deux questions qui détermineront ses chances de réélection.

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