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Vu d?Europe
L?Ecosse rebelle
Les élections locales qui viennent d?avoir lieu en Grande-Bretagne avaient deux enjeux. Le premier, national, était le score du Parti travailliste alors que le Premier ministre, Tony Blair, s?apprête à passer la main après dix années au pouvoir. Si ce n?est pas la débâcle redoutée, le Labour, en recul général, obtient un résultat qui, s?il se confirmait aux élections générales dans deux ou trois ans, menacerait son maintien au gouvernement. Le second enjeu était régional : les indépendantistes écossais du SNP ? Scottish National Party ? allaient-ils mettre fin à la suprématie travailliste ? Ils y sont en effet parvenus, mais de justesse, à un siège près, au Parlement d?Edimbourg.
Il n?en reste pas moins que pour la première fois depuis les lois de 1999 sur la dévolution ? la décentralisation à la britannique - une formation réclamant la séparation entre la nation écossaise et le reste du pays remporte les élections. Ce succès ne signifie pas que l?Ecosse sera demain indépendante. Le SNP devra composer avec les libéraux-démocrates, farouchement unionistes, pour former un gouvernement. Toutefois, il montre la volonté des Ecossais de s?occuper de leurs propres affaires et de bénéficier directement de leurs performances économiques ainsi que des revenus de leur pétrole. Les Ecossais regardent vers des ?petits? pays de l?Union européenne comme la Slovénie et l?Estonie, qui profitent d?une croissance élevée. Et surtout vers l?Irlande, qui est devenue la référence. Le référendum ? s?il a lieu ? ne devrait pas poser la question oui ou non à l?indépendance mais proposer plusieurs options allant de la séparation à un simple renforcement de l?autonomie.
Parallèlement, le ?cartiérisme?, ce sentiment qu?on paie pour les autres, gagne l?Angleterre. Les Anglais ont l?impression qu?ils subventionnent l?Ecosse et son secteur public pléthorique et ils ne comprennent pas que les députés écossais aient leur mot à dire sur les affaires anglaises alors que l?inverse n?est pas vrai. Conséquence : il y a plus d?Anglais favorables à l?indépendance de l?Ecosse que d?Ecossais.
En Ecosse, comme dans l?ensemble de la Grande-Bretagne, le scrutin témoigne surtout d?une grande lassitude de l?opinion envers le Labour. Le vote de protestation est traditionnel en Grande-Bretagne lors des élections intermédiaires. Mais cette année le contexte est différent. Tony Blair est usé, et pas seulement par la guerre en Irak. De nombreux travaillistes pensent qu?il s?est accroché au pouvoir au-delà du raisonnable. Son successeur probable, l?actuel chancelier de l?Echiquier, Gordon Brown, va donc prendre la direction du gouvernement dans une atmosphère morose qu?il aura d?autant plus de mal à dissiper que le charisme n?est pas sa qualité principale. A Londres, le passage du relais ne se fera pas dans les meilleures conditions.
© Le Monde 2007 Distribué par The New York Times Syndicate
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