Publicité

Voyage au pays de l?offshore

27 janvier 2007, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le secteur financier local applaudit chaudement l?arrivée d?Appleby, le cabinet international d?avocats d?affaires. Mar-di dernier, lors du cocktail de lancement organisé par la firme, tout le gratin de l?offshore local était présent pour saluer l?événement. En effet, s?il y a un pan de l?économie qui bénéficie de l?ouverture aux cabinets d?avocats étrangers, c?est bien l?offshore.

Mais ce secteur, en croissance cons-tante depuis le début des années 90, demeure largement inconnu du grand public, qui se perd souvent dans les milliards de dollars que notre centre financier brasse chaque année. Et pour cause. L?offshore est abrité derrière un écran de mots et autres sigles incompréhensibles qui le rendent inaccessible : GBC, Offshore Management Company, Treaty Shopping. Pour comprendre ce qu?est l?offshore, il faut déjà saisir la signification du mot lui-même. Ce terme recoupe toutes les activités financières effectuées à Maurice mais qui offrent ces services à des personnes ou des à entreprises étrangères. Il s?agit là d?un secteur en pleine expansion dans l?île, et nous vous proposons de le découvrir?

<B>Une activité méconnue</B>

Le secteur offshore est régi par une série de lois très contraignantes dont l?application et la surveillance sont assurées par la Banque de Maurice et la Financial Services Commission (FSC). Le secteur se divise en deux familles d?activités : l?offshore banking et les global business companies (GBC) qui sont, le plus souvent, des entreprises ou des étrangers, dont des sociétés de gestion locales administrent les fonds.

Les banques offshore établies à Maurice, à l?instar d?Investec, peuvent tout aussi bien financer les achats immobiliers d?individus et de sociétés étrangères qui souhaitent investir en dehors de leur pays, que gérer les fortunes des high networth individuals : les millionnaires. D?autres encore participent à des montages financiers complexes, permettant à leurs commanditaires d?acheter des biens en Afrique, en Asie ou ailleurs.

À côté des banques offshore opèrent les offshore management companies (OMC). Au dernier relevé de la Financial Services Commission, le 31 décembre dernier, 78 OMC étaient incorporées à Maurice. Ces sociétés gèrent les fonds des sociétés étrangères qui s?établissent chez nous. Chacune d?entre elles doit obtenir une licence de la FSC en prélude à son implantation à Maurice, et avant de pouvoir confier ses fonds à des OMC.

La FSC accorde, quant à elle, deux catégories de licences de global business (GBC). Ainsi, une GBC1 obligera l?entreprise étrangère à avoir des bureaux, des comptes audités localement, un siège social, et deux de ses directeurs qui devront résider à Maurice. Ces conditions, parmi d?autres, permettent alors à la société d?ouvrir un compte bancaire en devises étrangères sur le territoire national. Et surtout de réaliser des économies d?impôt dans l?île et de bénéficier d?exemptions fisca-les généreuses, voire même totales, en fonction des traités liant Maurice et les pays où les investissements sont effectués.

La GBC2 est une licence plus complexe, réservée aux sociétés, mais tout aussi demandée à Maurice. Elle assure plus de confidentialité, n?obligeant notamment, la société à avoir qu?un agent accrédité à Maurice, tout en permettant à l?entreprise de ne pas s?encombrer d?un compte bancaire local en devises, et en l?exemptant également d?impôts à Maurice.

Les deux licences confondues permettent aux entreprises, par l?entremise des OMC, de se lancer dans une multitude d?activités. L?incorporation de compagnies d?import-export, l?enregistrement, le financement ou la location d?avions, la gestion des fonds issus des droits de la propriété intellectuels et l?administration de fonds d?investissements divers en sont quelques exemples.

À la fin de l?année 2006, 30 294 licences de global business étaient en activité. Les OMC locales gèrent environ 500 fonds d?investissements, atteignant une valeur faramineuse de 50 milliards de dollars, soit 1 700 milliards de roupies !

<B>Des métiers d?avenir</B>

Les OMC emploient 800 personnes, tandis que les banques du pays ont environ 250 collaborateurs dédiés aux activités offshore. « Nous recrutons aussi bien des diplômés en comptabilité, en économie ou en gestion que des juristes », explique Couldip Basanta Lala, le directeur d?IFS. Pour un débutant, les perspectives de carrière sont réelles, moyennant un peu de patience. En effet, les jeunes diplômés gagnent, dans la plupart des cas, environ Rs 15 000 la première année. Mais ce salaire peut être doublé en deux ans si l?employé se décide à suivre une formation professionnelle du type ACCA, CIMA ou ACIS, qui l?aidera à acquérir des compétences additionnelles en comptabilité, ou qui lui permettra d?assurer la fonction de Company Secretary.

En fonction de l?OMC où il travaille, un jeune cadre peut être appelé à participer à la gestion d?un fonds en privilégiant la présentation de l?aspect comptable des opérations. Tandis qu?un autre pourra être amené à rédiger des contrats, sous la supervision de cabinets d?avocats étrangers. Mais les talents sont rares à Maurice. Le secteur offshore souffre en effet d?un manque assez aigu de main-d??uvre. Ce qui accentue le phénomène de débauchage agressif qui se livre entre les OMC et les banques. Selon les estimations, le secteur pourrait employer environ 500 comptables et juristes additionnels immédiatement? si seulement les talents étaient disponibles.

De quoi amener Milan Meetarbhan, Chief Executive Officer de la FSC, à rappeler récemment que « si nous voulons réussir et devenir une juridiction compétitive, notre secteur des services doit être soutenu par un plus gros volume de professionnels formés. Pas seulement des auditeurs, mais aussi des gestionnaires de biens, des administrateurs de fortune et des gestionnaires de fond ».

Mais dans l?offshore comme ailleurs, le développement du secteur se heurte à un problème de mentalité, comme avec ces jeunes diplômés qui croient ne plus avoir à apprendre encore au bout de deux ans de métier. Et qui s?empressent de vendre leurs compétences fraîchement acquises à une autre boîte, contre espèces sonnantes et trébuchantes.

Et s?il y a bien un métier qui est appelé à se développer dans notre offshore, c?est celui d?avocat d?affaires. Depuis la venue d?Appleby, le milieu est en effervescence. « Nos juristes à Maurice sont toujours en train d?interagir avec des confrères étrangers. Quand ces derniers s?implanteront à Maurice, nos jeunes seront exposés à la somme d?expérience que ces expatriés auront acquise en travaillant à Londres, aux Émirats Arabes Unis ou à New York. C?est une formidable opportunité pour nos jeunes de se frotter à eux sans devoir se rendre à l?étranger », se félicite Couldip Basanta Lala.

Mais voilà, le métier d?avocat d?affaires à Maurice se limite? aux avocats. Alors qu?ailleurs, ce sont surtout des avoués, experts en rédaction de contrats, qui obtiennent d?importants débouchés dans le domaine de l?offshore. En même temps que l?arrivée de cabinets de juristes internationaux, ce secteur est aussi à la recherche d?une jeune génération de juristes, surtout d?avoués, avides de se spécialiser dans les niches de la haute finance. À part les juristes, l?offshore est désormais aussi à la recherche de jeunes diplômés spécialisés dans la gestion des risques.

<B>L?Inde, un partenaire fiable</B>

Aucun traité de non double imposition n?a eu autant d?effets sur l?offshore que celui signé avec l?Inde en 1982. Ce qui explique, en grande partie, le succès du centre financier mauricien dans le domaine de l?offshore. Il faut savoir qu?une offshore management company (OMC) réalise, en moyenne, près de 60 % de ses activités vers l?Inde, un ratio qui atteint les 80 % dans certains cas. D?autres statistiques sont encore plus révélatrices.

Ainsi, d?août 1991 au mois de juillet 2006, le centre offshore mauricien a été le premier pourvoyeur d?investissements directs étrangers dans la Grande péninsule, avec 12 290 milliards de dollars, soit près de 40 % du total qu?a reçu l?Inde. Maurice se classe ainsi loin devant les États-Unis ou le Japon !

Cette hégémonie irrite les autorités indiennes qui voient dans la place financière locale le lieu idéal de transit pour toute entreprise (indienne) voulant investir en Inde, tout en contribuant le moins possible au Trésor de la Grande péninsule. Depuis plusieurs mois, l?offshore mauricien vit au rythme des nouvelles venues de ce pays. On annonce d?abord la révision imminente du traité, pour ensuite parler de négociations toujours en cours.

Le principal reproche qui est fait à l?offshore mauricien est de permettre à des investisseurs indiens de faire transiter directement ou indirectement leurs fonds par Maurice avant de les réinvestir dans leur pays, échappant au passage, au fisc indien.

Mais l?offshore mauricien proteste avec force en renvoyant l?Inde à ses responsabilités. En effet, nombreux sont les opérateurs locaux à rappeler que la législation mauricienne les contraint à effectuer toute une série de vérifications avan de faire transiter des investissements vers l?Inde. Afin de s?assurer, principalement, qu?ils ne proviennent pas d?un résident de la Grande péninsule.

C?est donc à l?Inde de mieux surveiller ses sorties de capitaux, rétorque-t-on à Maurice. D?au-tant plus que le contrôle des devises existe, à un certain degré, en Inde.

<B>En attendant les cabinets internationaux</B>

Appleby pourrait avoir ouvert la voie à d?autres grands cabinets internationaux de juristes. En effet, plusieurs OMC confirment que des cabinets d?avocats réputés étudient en ce moment la possibilité de s?implanter à Maurice. Parmi eux figurent les prestigieux Maples and Calder, Conyers Dill and Pearman ainsi que Mourant du Feu et Jeune. Ces firmes défendent les intérêts juridiques d?importantes entreprises globales et autres centres financiers.

Entre-temps, l?offshore local accueille déjà quelques grands noms de la finance, notamment parmi les banques. Ainsi la Deutsche Bank, SBI International, Standard Bank, Standard Chartered Bank ou encore Investec aident à positionner Maurice comme centre financier international à travers leur implantation locale.

Le petit monde des OMC locales, au nombre de 78, est, lui, dominé par une dizaine d?opérateurs qui réalisent près de 75 % du total des activités global busi-ness du pays. Parmi les cabinets les plus importants figurent IFS, Multiconsult, International Mana-gement Mauritius, ainsi que les filiales offshore des principaux cabinets d?audit locaux.

<B>Les petites embrouilles</B>

Paradis fiscal. Le qualificatif est de temps à autre utilisé pour désigner Maurice dans la presse internationale. Le hic, c?est que ce terme renvoie souvent à des activités pas très claires : blanchiment d?argent, évasion fiscale, etc. Mais la FSC ne manque aucune occasion de redire que Maurice figure en fait parmi les centres financiers les mieux réglementés. « Maurice s?est forgé une réputation de centre financier international compétitif et avec une bonne réputation », a réaffirmé récemment Milan Meetarbhan.

Mais de temps en temps, l?actualité revient braquer ses projecteurs sur Maurice. Comme quand, fin 2006, un haut officiel sud-africain a été accusé d?avoir fait transiter, via l?offshore mauricien, l?argent de commissions illicites qu?il aurait perçu sur la vente d?avions de chasse.

Ou encore le cas de ce financier suisse qui aurait détourné environ Rs 25 milliards dans son pays avant d?essayer de le faire transiter par Maurice. Mais les régulateurs ne tardent jamais trop à intervenir. Ainsi, au milieu de l?année dernière, la Banque de Maurice, habilitée à contrôler les activités bancaires offshore, a sévi contre la Mauritius Offshore Bank, une obscure institution qui prétendait opérer depuis le centre financier local.

Publicité