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Voulez-vous danser grand-mère ?

9 septembre 2005, 20:00

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C?est donc le retour des Bals Ranne Zarico, ces bals létan lontan, où l?on partageait un bon repas et où l?on dansait toute la nuit. Au bal, on retrouvera sûrement Anastasie Merville, super grand-mère au caractère bien trempé qui se réjouit du retour des Bals Ranne Zarico, qu?elle a connus quand elle était jeune.

Elle nous a expliqués en quoi constituaient ces bals et s?est rappelée de quelques anecdotes et souvenirs de cette époque bénie aujourd?hui révolue. Anastasie du haut de ses 61 ans, est une force de la nature. Habitante de Cap Malheureux, elle est la maîtresse incontestée de la maison familiale.

C?est une mamie dynamique, gardienne des valeurs d?antan, formidable cuisinière et mamie à la page qui peut laisser sans voix ses petits-enfants lorsqu?elle les accuse et gronde de sa voix grave, d?avoir perdu sa SIM Card de portable ou d?avoir fini exprès son paquet de cigarettes.

Un vrai phénomène qui ne manque pas d?humour et de belles histoires à raconter. Parmi ces belles histoires, ses souvenirs des Bals Ranne Zarico.

«Lontan, tous les samedis nous ti ale dan bals dans Grand Baie». A l?époque elle vivait à Grand Gaube et il n?y avait pas de bus. Aller au bal devenait une véritable expédition. Ils faisaient la fête toute la nuit et repartaient le lendemain matin. Toutes les semaines, «il fallait bien s?habiller, avec de jolies robes à fleurs, de jolis chapeaux, des filets qui tombent devant le visage et les hommes en beaux costumes».

Les fêtes étaient très joyeuses et souvent galantes. Les garçons devaient inviter les filles en leur tendant un mouchoir. Si la jeune fille prend le mouchoir c?est qu?elle accepte de danser, sous le regard des parents bien sûr. Car à l?époque, les «zénes» étaient encor très surveillés. Ils ne partaient jamais sans leurs parents ou alors avec des amis «bien recommandés». Anastasie y a pourtant fait une belle rencontre puisque c?est lors d?un Bal Ranne Zarico qu?elle a rencontré Eddy, son mari. Et elle ajoute fièrement, «45 ans de mariage, 6 enfants, 15 petits-enfants et une arrière-petite-fille, Stacy, qui a un an et demi ».

Ce sera aussi l?occasion pour elle et ses enfants et petits-enfants de se familiariser avec les traditions d?antan. À la fête, chacun amenait ce qu?il pouvait. Tous partageaient le repas.

A la fin, il y avait le gâteau zarico. Quelques personnes amenaient des zarico. On en mettait dans les gâteaux. «Celui qui tombe dessus doit ranne zarico et organiser la prochaine fête. Comme ça on le faisait à tour de rôle», explique Anastasie. Certains essayaient de cacher, en avalant la fève. « Nou ti conne kot zarico ete». Un peu de triche ne fait pas de mal.

Mais à l?occasion de la reprise de ces bals létan longtemps, celui qui tombera sur le haricot recevra des cadeaux. Changement d?attitude à adopter et sourire d?Anastasie, qui se verrait très bien sûr l?estrade pour recevoir un cadeau.

Après les dîners, « On dansait toute la nuit, dans les maisons. Les danses ont été oubliées aujourd?hui. Même moi, je ne m?en rappelle plus vraiment ».

Ces danses sont le tango, le quadrille et le lancier, qui «se danse à huit personnes, quatre garçons quatre filles, face à face. On se croise, on passe au milieu». Finalement, la musique lui revient et il n?est pas impossible qu?Anastasie fasse une petite démonstration. « Bien sûr», dit-elle fermement.

Et elle ira sûrement danser dimanche, avec toute sa famille. Les plus jeunes pourront s?essayer aux Bals Ranne Zarico, rien que pour rigoler et voir qu?il y a une bonne ambiance. Car ces Bals Ranne Zarico du 21e siècle ont pour but non seulement de divertir les personnes du troisième âge, souvent oubliées mais aussi de réunir les générations à travers de belles et grandes fêtes traditionnelles. Ce sera un peu le bonheur d?antan retrouvé même si pour elle, rien n?est plus pareil. «Avant nou ti bien amize. On était pauvre en argent mais riche en tout. On savait s?amuser. C?était mieux avant. Et je ne crois pas que cette époque-là revienne. La vie a évolué. On ne danse plus devant les portes. Il y a les discothèques maintenant », dit-elle.

Master Prod compte organiser huit bals à travers toute l?île, plus un bal final qui verra l?élection de la plus jolie mamie, dont le grand prix sera un week-end pour deux à la Réunion.

Et au programme de chaque bal, un concours de gâteau, un bingo, un spectacle, des cadeaux à gagner et des surprises à venir. Chaque bal sera organisé au profit d?une association caritative de Maurice, à commencer par l?association SOS Village.

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