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Voter « autrement »
Le citoyen espérait pouvoir adopter une nouvelle manière de voter. Ce gouvernement, c?était l?occasion du changement. Depuis 30 ans que le MMM porte le projet d?une réforme électorale, depuis 30 ans qu?il attend la position de force qui lui permettrait d?imposer ses convictions nourries, ce ne pouvait être que sous ce mandat-là. Voter autrement, oh que oui, nous le ferons. Dans le sens le plus insignifiant du terme. Aussi insignifiant qu?une différence entre la pointe d?un crayon et la touche d?un clavier.
Ces machines électroniques annoncées nous projettent dans une ère technologique à laquelle nous rêvons d?appartenir. Soit. Ce sera une nouvelle plume à la parure que nous vaut déjà, aux yeux de nos voisins, notre maîtrise de l?organisation électorale - bien que ce soit cher payé pour une transparence acquise. Soit encore. Mais n?est-il pas risible ce système qui, sous son nouvel habit hi-tech, couve intacts ses « anachronistic and divisive aspects », pour reprendre Sachs ? Peut-on sans rougir se dire moderne tout en jugeant légitime qu?un gouvernement qui ne représente même pas 60 % de l?électorat puisse avoir autorité pour amender la Constitution du pays ?
Ce n?est pas de cette réforme-là que l?on voulait. C?est d?autant plus malheureux que l?on sait désormais avec précision ce que l?on veut, ce qu?il nous faut.
La commission Sachs a démontré, en déployant plusieurs scénarii, qu?avec moins de 30 députés nommés par liste, nous ne corrigerions pas le déséquilibre entre les votes et la représentation parlementaire. En toute connaissance de cause, nous prenons l?option qui perpétue les inepties du système, 14 députés de liste.
Le gouvernement peut toujours arguer qu?il a « honoré » ses engagements, qu?il a franchi toutes les étapes énoncées dans son programme électoral où il ne s?engageait à introduire qu?« une dose » de proportionnelle. C?est précisément ce qui rend l?échec si frustrant. Le Premier ministre a cédé tout près du but. Il a cédé aux peurs d?un partenaire minoritaire, plus soucieux de ses intérêts que ceux de la nation.
Cette réforme promettait de guérir bien des maux encore pourtant. La défaveur qui frappe l?engagement politique, par exemple. Hommes et femmes, combien sont-ils à désirer servir mais sont rebutés par ces campagnes-sur-caisson aux méthodes sauvages. Ils seraient certainement plus de 14 à s?intéresser au scrutin de liste, cette manière de faire de la politique sans politicaille. On réduit nos chances d?apport d?idées nouvelles, d?une relève de qualité à ces politiques vieillissants. La représentativité des femmes encore, que la dose de proportionnelle réduite n?améliorera que partiellement.
Mais peut-on même espérer que cette illusion de réforme se fera ? Il y a tant de choses à approfondir encore : la manière dont cette liste s?établira de manière à « provide the reassurance that the best loser system has until now provided » ; les procédures d?organisation de ce scrutin double ; la composition même de ces équipes. S?il est en mesure de mobiliser des énergies autour de l?intégration d?un système électronique qui ne se fera certainement pas sans peine, le Premier ministre aurait certainement pu le faire pour la réforme électorale, même édulcorée. A la manière dont il caresse son partenaire dans le sens du poil ces jours-ci, il y a fort à parier qu?il ne fera rien qui l?embête.
Ces machines, est-ce de la poudre aux yeux de l?électeur ? Ce contrat indien a-t-il plus de sens qu?il n?en a l?air ? Il n?en est peut-être rien, mais le goût d?échec que le citoyen garde au fond de la gorge, échec le plus retentissant sans doute de ce mandat, nous rend intrigante l?intention du Premier ministre.
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