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Voisins d?usine, où est la responsabilité ?

11 décembre 2007, 20:00

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«Failing to plan is planning to fail», dit l?adage. Tous n?ont pas en mémoire les cas de Valentina, de Ferney? où des morcellements, zones résidentielles avaient précédé ou succédé à des usines créant une nuisance. Et pourtant, à l?heure où la plupart des développeurs sont tenus de rendre des comptes sur le front de leur responsabilité sociale, une affaire éclate à La Tour Koenig, lorsque des habitants dont les enfants sont affectés par des problèmes respiratoires montrent du doigt les échappements de fumée de l?usine voisine de la Compagnie Mauricienne de Textile (CMT).

«Aujourd?hui, l?environnement est l?affaire de tous», nous indique une source du ministère. On parle ainsi d?Environmental Stewardship. «L?Environment Protection Act (EPA), qui prévoit des sanctions pour les contrevenants selon une procédure graduelle de notifications, repose aussi depuis 2002 sur cette notion de responsabilité partagée. C?est dans cet esprit que les rapports d?impact environnemental sont rendus publics, qu?ils peuvent être commentés ou contestés par le public.» Le «problème de voisinage» de La Tour Koenig est un cas type d?usine qui rend la vie des résidents difficile. Et certains habitants se sont plaints après s?être installés.

Récemment, François Woo, le directeur de la CMT, se défendait bec et ongles sur Radio-One : «Nous avions pris des mesures dès le départ pour filtrer nos émissions de fumée selon une technologie allemande. Un périmètre de sécurité où les habitations sont interdites avait été clairement délimité. Lorsque nous avions appris la décision de l?Etat de faire construire des logements sociaux, nous avions protesté.»

Bilans de santé</B>

Une version qui n?a pas changé au fil des jours. Mais qui est appuyée par certains faits. Ce n?est, en effet, qu?après 1997, où le projet de la CMT a vu le jour, que les immeubles Les Coquillages et Les Tourelles sont apparus. N?empêche, aux Résidences Les Tourelles, des enfants de la famille Athion sont tombés malades peu après leur installation.

«Nous avons depuis pris les choses en main», explique la source de l?Environnement, qui indique que le ministère a décidé de mettre en place un comité de suivi qui s?attelle actuellement à faire des analyses de la pollution dans la région. Parallèlement, des émissaires de la Santé seront sur le terrain pour dresser des bilans de santé des résidents.

«L?EPA est une loi dure, mais qui permet à l?industriel de rectifier le tir. S?il est établi que la CMT est en faute, elle aura la possibilité de se mettre en conformité.» Si elle s?est soumise aux tests, la CMT continue, pour sa part, à répéter que la NHDC n?avait pas à construire de maison dans la zone tampon. A en croire la compagnie, il aurait fallu reloger quelques-uns de ces habitants. Mais c?est oublier que d?autres étaient là avant la CMT.

En effet, au bloc Alpha, depuis 1992 (!) en face même de l?entrée de l?usine, vivent 208 familles auxquelles il faut ajouter celles qui ont trouvé un toit dans les «appartements malaisiens». Ces blocs sont relativement protégés de la pollution, sauf quand le vent tourne. «Nous avons maintes fois fait part de nos doléances à propos de la fumée envahissante», témoigne Roland Cotry, syndic au bloc Alpha. Des protestations à la CMT elle-même, mais aussi au ministère de l?Environnement et autres autorités.

Cependant, même s?il existe de fortes présomptions contre elle, la CMT n?est pas la seule source possible de pollution. «On savait que d?autres usines, d?une grande valeur économique, s?installeraient subséquemment dans le coin.» La NHDC n?aurait ainsi pas dû construire sous le vent, à côté d?une concasseuse, observent les habitants d?Alpha.

Et les relations n?ont pas toujours été mauvaises des deux côtés de la rue.«Au départ, François Woo nous avait invités à visiter son usine. Il était alors question qu?il respecte scrupuleusement certains critères d?exploitation : l?emploi, par exemple, de carburants les moins polluants. Qu?en a-t-il été par la suite?» fait encore remarquer Roland Cotry. «N?oublions pas que François Woo était déjà le patron de l?usine à Valentina.»

Un voisin de Roland Cotry intervient. Il ne s?agit pas d?un citoyen ordinaire, puisque Sunil Gopaul a été lord-maire : «A l?époque où j?ai acheté mon lopin, j?ignorais qu?il y aurait un jour une usine, une route et ces émissions à proximité de mon chez-moi.»

L?expansion ne s?est d?ailleurs pas arrêtée là. Depuis 2006, la CMT a repris les anciens locaux d?Arvind Ltd ; elle est devenue pour ainsi dire un paysage incontournable de la vie des habitants, tant économiquement que socialement. Pour Sunil Gopaul, la responsabilité des autorités locales ne fait pas l?ombre d?un doute : «C?est la municipalité de Port-Louis qui accorde les permis de développement.»

Et de mettre le doigt sur un point hautement sensible : l?absence d?un quelconque plan directeur depuis des années à Port-Louis. «Cela fait des lustres que l?on parle d?un outlining scheme pour la planification urbaine. Dans les faits, il n?en est rien.»

«Aujourd?hui, les autorités encouragent les gens à habiter dans la région. A-t-on suffisamment mesuré l?impact environnemental des usines et projets avoisinants ?» s?interroge l?ancien lord-maire. Et on ne parle pas de l?aménagement de loisirs pour les habitants. Mais cela compte-t-il face aux promesses de lendemains meilleurs d?un certain développement ?

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