Publicité
Vitrine sur l?Art local
Posons-nous la question la plus élémentaire : quelle perception devons-nous avoir de l?Art mauricien aujourd?hui ? Pour chaque ?uvre d?art, les critères sont nombreux. L?essentiel est la considération de ce qu?elle nous offre, de la manière que nous avons de la regarder, de ce que nous attendons d?elle et de la culture et l?époque qui l?ont produite. Pour l?ensemble de l?Art mauricien, il y a nécessité d?un évènement capable d?offrir à l?intéressé l?occasion d?un regard balayant une multiplicité des créations artistiques.
Le 24e Salon de mai qui se tient actuellement à la Galerie d?Art de la Mahatma Gandhi Institute, à Moka, jusqu?au 4 juin, est une des rares expositions collectives à nous offrir, sous le titre art et regard, la possibilité d?une représentation claire et distincte de la situation actuelle et de l?évolution de l?Art à Maurice.
A travers les travaux de peinture, de sculpture, de gravure, de photographie, d?installation, de techniques mixtes, de collage, et de projection, bref à travers les formes, les unes plus expressives et plus dynamiques que les autres, de 58 exposants, ce Salon sonne comme une invitation à venir apprécier l?Art local ou du moins à apprendre à le faire parce qu?il offre un exceptionnel espace où fleurit tout un réseau de significations. Le visiter est une opération artistique, sociale et intellectuelle qui se situe dans la continuité d?un contact avec les ?uvres qui font la part belle aux diverses techniques autant modernes qu?anciennes.
L?exposition regroupe des artistes confirmés tout en accueillant des nouveaux. Ainsi, parmi les 58 exposants, dont 25 viennent de terminer leurs études, 13 jeunes artistes exposent pour la première fois. Globalement, l?originalité des ?uvres varie d?un style à l?autre. Les matériaux utilisés et les moyens déployés pour leur donner une forme dynamique d?expression artistique montrent la fertilité puissante de l?imagination de nos artistes.
Tandis que Gérard Foy poursuit le dévoilement d?un aspect de sa conception de l?art à l?aide d?objets récupérés, ici des palettes découpées, retravaillées, peintes et griffées, Krishna Luchoomun, liant l?art à la technologie moderne, met en mouvement le mythe chazalien à travers une projection sur grand écran. En face, Nirveda Alleck fait usage d?un lit pour s?exprimer sur le thème du sommeil.
Plus loin, les installations des frères Ghanty sont une manière artistique d?exprimer leur prise de position et leur révolte face à l?art pour l?un, au destin pour l?autre. Dans un même ordre d?idées, chez les nouveaux exposants, l?art se donne également comme finalité un mode de dénonciation : Guddoy Sajeewon dénonce la vanité de toutes les formes de violence humaine, Gopal Vishal souligne le danger de la bouteille, et Bulato Neena dévoile la femme dans sa condition d?éternelle victime.
Chez Luckeenarain Neermala et Vaco Baissac, l?art exprime sa finalité à valeur morale à travers le thème de l?unité dans la diversité (multicultural society et le cari de l?amitié). Si l?ingéniosité chez certains artistes affiche une certaine grandeur esthétique, le style personnel chez d?autres est déjà une valeur sûre. Ainsi, reconnaîtra-t-on au premier coup d??il un Yves David, une Anna Lan, un Khalid Nazroo, une Treebhoohun Nalini, un Gupta (Lalit et Mila), un Argo pierre, une Françoise Hardy?
Que le style et le sujet hésitent encore chez certains et que la finalité se cherche toujours chez d?autres, objectivement, les tableaux sont pénétrants, les sculptures frappantes, les installations déconcertantes et les photographies saisissantes ! Si dans bien des domaines, ce ne sont pas nécessairement les anciens qui brillent le plus, ces derniers conservent toutefois leur ?suprématie?. Mais force est de reconnaître que parmi les nouveaux, certains ont frappé fort là où les trouvailles de leurs aînés laissent quelque peu à désirer. Ainsi, pour sa première exposition, l?installation de Véronique Christine est une belle réussite.
Quoi qu?il en soit, il faut bien l?admettre, ce Salon reflète un point commun qui est celui du jugement esthétique, sans doute sévère, de la Mahatma Gandhi Institute. L?opération qui a consisté à choisir et à accepter les ?uvres qui ont été exposées répond de l?exigence de certains objectifs parmi lesquels figure celui qui cherche à faire place aux divers mouvements artistiques sans aucun prioritaire.
De ce fait, si les finalités des ?uvres résultent de différents goûts artistiques et savoir-faire de leurs maîtres, elles se rejoignent dans un certain ordre esthétique qui affiche une certaine valeur du jour, une certaine relation universelle. Donc, s?il existe une voie vers l?assurance d?une perception authentique de l?Art mauricien, c?est dans cette idée de musée national que nous offre le Salon de mai que nous pouvons la trouver.
Commenter certaines ?uvres dans un espace limité risque d?être plus nuisible qu?utile. Dans le cadre d?une exposition collective, parce que l?analyse individuelle peut parfois dire si mal ce que la totalité des ?uvres d?art dit si bien dans son langage propre, il est donc préférable, sans que le divorce entre la pensée et les beaux-arts soit ici prononcé, de renvoyer le visiteur à ce 24e Salon de mai qui est en lui-même plus qu?éloquent.
Publicité
Publicité
Les plus récents