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Vishnu franchit le Rubicon et accepte le chaud poêlon
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Vishnu franchit le Rubicon et accepte le chaud poêlon
Dans l?éclatement du MMM du 22 mars, il y a un militant qui ne sait sur quel pied danser, au point que l?express se permet de faire allusion, à son sujet, à l?âne du philosophe Jean Buridan. La presse le voit tantôt participant à des réunions des pro-Bérenger et tantôt à d?autres pro-Jugnauth. Sa présence lors de la conférence de presse d?Anerood Jugnauth, présentant les principales lignes d?action de son 2e gouvernement, étonne plus d?un. L?express pousse la méchanceté journalistique jusqu?à publier des photos de lui, tantôt en chemise blanche, le visage crispé, aux côtés de Mahen Utchanah et de Diwakar Bundhun, tantôt revêtu de sa veste à carreaux blancs sur fond sombre, hilare et démonstratif, aux côtés de Shirin Aumeeruddy-Cziffra et de Jérôme Boulle.
Le 30 mars 1983, Vishnu Lutchmeenaraidoo se décide enfin à franchir le Rubicon. Il accepte le ministère des Finances que lui propose Anerood Jugnauth. Il explique à la presse sa tardive acceptation : «Je vis un terrible cas de conscience. Je me sens écartelé entre la discipline de parti et ma conscience. J?ai tout fait pour réconcilier, à l?intérieur du MMM, Anerood Jugnauth et Paul Bérenger. Je soutiens le point de vue que le MMM, après sa victoire sans précédent du 11 juin 1982 et comptant 42 députés à l?Assemblée législative, n?a pas le droit de siéger dans l?opposition. Je soutiens qu?il faut donner sa chance au nouveau (sic) gouvernement. Je propose même à Bérenger de faire l?intérimat aux Finances pendant deux mois, en attendant que la présente crise se décante et que tout revienne à la normale. J?ai bien failli démissionner comme député. Je multiplie les consultations avec mes mandants. Je constate qu?en éclatant de la sorte, le MMM favorise le retour à la division ethnique de 1967 (majorité hindoue versus minorités non-hindoues). Je décide à présent de continuer à soutenir le gouvernement Jugnauth, soit comme backbencher, soit comme ministre des Finances, s?il maintient son désir de me confier ce portefeuille».
La presse rappelle que Lutchmeenaraidoo a longtemps travaillé au ministère des Finances, qu?il a été un des membres les plus actifs de la commission économique du MMM et qu?il a toujours été très proche de Paul Bérenger. Lors de la conférence de presse d?Anerood Jugnauth, du 28 mars 1983, il se montre très discret et refuse de prendre place au premier rang des ministres, comme l?y invite Rohit Beedassy.
Il sait assumer de très lourdes responsabilités en acceptant le portefeuille des Finances. On lui prête l?intention d?abord d?examiner avec Jugnauth la question de la solidarité collective gouvernementale quant aux mesures d?austérité à prendre et à respecter coûte que coûte, compte tenu des propos démagogiques tenus, le dimanche 27 mars, à Quatre-Bornes, par le PSM d?Harish Boodhoo. Il espère pouvoir obtenir des négociations à un plus haut niveau entre Jugnauth et le FMI.
En 1983, Vishnu Lutchmeenaraidoo a 37 ans. Il détient une maîtrise en gestion des entreprises et un diplôme en marketing de l?Ecole Supérieure du Commerce. Paul Bérenger l?accuse d?avoir voté pour la rupture de l?alliance gouvernementale avec le PSM, pour entrer ensuite dans un gouvernement où siégent des ministres du PSM. Le vote à bulletins secrets était unanime en faveur de la rupture, allègue Bérenger.
Koomara Venkatasawmy, des services météorologiques et donc un spécialiste des cyclones et autres tempêtes tropicales, mais aussi président de la FSSC et disciple attentif du philosophe Sri Aurobindo, résume bien la tragédie politique du 22 mars 1983. Discourant, à l?occasion de l?assemblée générale annuelle de la FSSC, il s?écrie : «Nous sommes passés du sublime au ridicule... » Il considère que la victoire électorale sans précédent du MMM/PSM du 11 juin 1982 comme l?événement ayant marqué l?année 1982 (pourtant pas commémoré 25 ans après, même pas par nos étudiants universitaires en science politique). Elle a suscité un espoir à nul autre pareil. C?était un acte de maturité sublime, prouvant que l?électorat mauricien sait assumer ses responsabilités. «L?espoir d?une population adulte cède la place à la confusion la plus totale et à la plus grande déception». Il sympathise avec Anerood Jugnauth sur les épaules duquel reposent les plus lourdes responsabilités nationales.
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