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Vishnou, le frondeur romantique
Il l?a décidé. Il est temps de casser le mythe. D?en finir avec cette histoire à dormir debout. Amina n?a jamais existé. Attention. La fille qui lui a brisé le c?ur est bel et bien réelle, mais elle ne s?appelle pas Amina. ?Vous pensez vraiment que j?aurais cité son nom dans une chanson ? Il faut un minimum de respect pour l?autre ??
Alors pourquoi avoir inventé ce bobard et surtout l?avoir raconté pendant vingt-cinq ans ? Vishnou sourit. Mi-cynique, mi-amusé. Sous sa moustache, il a des mots durs pour ce monde dans lequel il évolue. ?C?était pour faire vendre, évidemment. Par jeu, par défi, pour tromper les journalistes.?
Face à notre scepticisme, Vishnou rigole encore. De ce petit ricanement des gens qui reviennent de loin. Qui sont partis de rien. Vishnou a connu la clandestinité. Il ne s?en cache pas. Parti en France en 1986 pour décrocher ?un certificat en confection?, le ?ti zeness? se retrouve sans papiers en terre parisienne.
Se jeter dans une poubelle pour éviter les contrôles d?identité, Vishnou l?a déjà fait. Dans son carnet d?adresse, il a soigneusement noté les numéros de nombreuses petites copines. Le but : fabriquer des couples fictifs pour aider les clandestins à aller prendre le métro. Vishnou a à son compte plus de quatre cents coups.
Plus de faux-semblants
Il en a retenu une certaine prudence. Quand on lui demande où il habite, le chanteur répond vaguement : ?à la frontière suisse.? Nous insistons. Jusqu?à ce que le chanteur précise : ?Je préfère ne pas le dire pour ne pas voir débarquer des Mauriciens en situation irrégulière chez moi. Ici, ces mêmes gens vous croisent dans la rue sans vous regarder. Là-bas, ce sont des sangsues. J?en ai ma claque.?
Plus de faux-semblants, Vishnou a décidé d?être lui-même. Un père de famille qui pense constamment à construire l?avenir de ses trois enfants. Révolue aussi l?époque où il cachait son union avec Muriel. ?C?était pour ne pas faire pleurer ses admiratrices?, viendra confirmer sa femme entre une cigarette et la lecture d?un roman policier.
Nous avons eu de la chance. Il nous a reçus chez lui à Flic-en-Flac, un jour de vérité. Pour rencontrer Vishnou, il faut avoir du temps. Beaucoup de temps, trois heures minimum. Roi de la digression, du règlement de comptes et de l?anecdote, une fois que Vishnou vous tient, il ne vous lâche pas.
Parler de Vishnou à Vishnou ? le chanteur parle souvent de lui-même à la troisième personne ? c?est comme attendre un train qui n?entre jamais en gare. Pour le deviner sous le déluge de paroles dont il nous abreuve, il faut soigner son sens de l?écoute.
Et réagir à temps quand il laisse enfin des bribes de son enfance remonter à la surface. Celle d?un ?zenfan mizer? de Trèfles, qui, pour aider son père propriétaire d?une tabagie, allait vendre des ?makatia et du pain?. Un gamin qui ?perdi so lazourne si ena lapli ou si lasenn bisiklet kase?. Un jeune homme qui à force d?arpenter le coaltar, a fini par s?intéresser à la politique. à coller des affiches mauves. De cette époque, il a d?ailleurs gardé une cicatrice. ?Gard baton ti pe vini, mo finn sove, mo finn tombe dan kann.?
Un riche vécu qui alimente son dernier album, ironiquement intitulé Amina. Un opus anniversaire pour fêter ses 25 ans de carrière. Une fleur offerte pas qu?aux fans mais à tous les auditeurs. Une rose rouge pour montrer que sous la carapace, le romantique est toujours des leurs.
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