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Violences, agressions et menaces au menu

13 mai 2007, 00:00

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Manoj se souvient de ce soir de janvier 2005 comme si c?était hier. In-firmier depuis une dizaine d?années, il était de garde aux urgences de l?hôpital Nehru, à Rose-Belle. La soirée s?annonçait plutôt bien. C?était le calme avant la tempête, ironise-t-il aujourd?hui.

Vers 20 h 30 une vingtaine de personnes, surtout des hommes, habillés comme pour une fête, débarquent dans le hall. Ils bousculent au passage une infirmière qui passe tranquillement et cherchent un siège pour l?un des leurs qu?ils transportent à bout de bras. Ce dernier souffre atrocement : il a eu le pied écrasé par un parpaing. La douleur est insoutenable et le malheureux a les yeux révulsés.

« Devant l?urgence de la situation, nous l?avons immédiatement emmené dans une salle de consultation. Mais nous étions loin d?imaginer la réaction de ses compagnons », raconte Manoj. Malgré l?interdiction de l?agent de sécurité, ces derniers s?engouffrent dans la salle de consultation et dans les couloirs en faisant un vrai chahut.

Les policiers battent en retraite

« Il était évident que ces gens avaient beaucoup trop bu. Ils voulaient que le médecin administre un médicament au patient sans examiner sa blessure. Ce qui était inconceva-ble. » Devant le refus du médecin et des infirmiers, les indélicats ont eu vite fait de se transformer en terreurs. « Le personnel était tétanisé par la violence de leurs propos. » Les appels au calme ne donnent alors aucun résultat, bien au contraire, ils ne font qu?exciter leur colère. Certains évoquent même leurs relations politiques pour « desanne zot tou dan sa lopital la ».

Les policiers, appelés au secours, sont obligés de battre en retraite, car la situation devient incontrôlable. Les renforts sont contactés d?urgence, mais les truands n?en ont cure et menacent même de battre comme plâtre tous ceux qui oseraient leur mettre la main dessus. Résultat des cour-ses : la salle des urgences doit être évacuée rapidement. Le personnel soignant abandonne son poste, laissant derrière lui ses effets personnels. Le calme reviendra bien plus tard, lorsque les énergumènes n?auront eu personne à invectiver.

L?épisode se répète en 2006, lors du décès d?un malade en salle. La famille du patient est alors sortie de ses gonds. « Ils ont commencé par insulter tout le monde. Ils se sont engouffrés dans la cabine des infirmiers et ont fait voltiger les médicaments et les échantillons de sang qui étaient sur la table. La salle était un vrai champ de bataille. Et les infirmiers ne savaient plus où se mettre », raconte un témoin de la scène.

Pour protester contre cet énième cas de violences à l?encontre du personnel soignant, les infirmiers ont manifesté, le même jour, dans l?enceinte de l?hôpital, afin de faire réagir l?administration. Les auteurs de l?agression seront, par la suite, identifiés par les policiers, puis arrêtés. Selon les infirmiers, la violence à l?hôpital n?a pas l?air de préoccuper le ministère de la Santé. « La Santé a tardé à réagir lorsque nous avons été confrontés à cela. L?administration, quant à elle, s?est contentée de nous demander de faire un rapport », souligne notre interlocuteur.

Malgré les campagnes de sensibilisation menées dans les hôpitaux, le nombre d?agressions physiques et verbales de la part des patients s?est à peine infléchi. L?hôpital de Rose-Belle semble en faire les frais plus que les autres établissements.

« Pour nous, la raison est définitivement liée à l?abus d?alcool. Nous avons d?ailleurs une liste noire de plusieurs villages du Sud où ces problèmes reviennent constamment. De plus, beaucoup se jouent de leurs soi-disant liens politiques pour menacer le personnel », note Govindass Nathoo, le secrétaire de la Nursing Association. La situation n?est pas prête de s?améliorer.

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