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Vies Parallèles

2 novembre 2008, 01:00

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Par Robert D?ARGENT

La rue grouillait de son animation habituelle en cette fin d?après-midi. D?aucuns rentraient du travail ou se rendaient à la boutique. Les voitures montaient et descendaient le long de ce ruban d?asphalte dans un grand concert de vrombissements accompagnés de fumée nauséabonde.

Dans ce théâtre familier de fin du jour, un homme se livrait à un ballet inhabituel le long de la haie de bambou qui bordait la cour où il habitait. A vue d??il, on pouvait estimer la longueur de la haie à une vingtaine de mètres. Engoncé dans ses 100 kilos, portant son ventre comme on porte un fardeau, notre homme en sueur descendait jusqu?à la limite de cette clôture verte puis remontait, le faux plat semblant pour lui l?ascension d?un sommet montagneux. Le souffle court, les yeux exorbités, il avançait à son rythme, pas à pas, trottant plus qu?il ne courait dans ce jogging taillé sur mesure pour l?homme fatigué qu?il était. Mais lui au moins faisait ce qu?il pouvait, dans un effort proportionnel à ce qui lui restait de forces. Trop tard ? Peut-être. Mais force était de constater qu?il avait retenu la leçon qu?un tour de taille deux fois trop grand pour un homme de sa stature lui donnait à chaque heure du jour. Oui, lui au moins faisait ce qu?il pouvait.

Quelques mètres seulement plus bas, des loques humaines étaient assises sur un pont dont ils avaient fini par devenir le prolongement organique, grillant cigarette sur cigarette, s?envoyant rasade de mauvais alcool sur rasade de mauvais alcool, épiant passants et surtout passantes. Ils n?avaient rien trouvé de mieux à faire de leur existence et visiblement ils n?étaient pas prêts de trouver occupation plus positive.

Quatre cents mètres plus loin, un homme à la retraite, qui avait choisi lui de confier ses poumons à l?oxygène plutôt qu?à la nicotine, au dioxyde et au monoxyde de carbone, arrosait ses plantes dans ce qui était convenu d?appeler un rituel quotidien. C?est tout juste si ses fleurs ne disaient à son approche comme dans le poème de Victor Hugo : « C?est notre amoureux qui passe. »

Quelques kilomètres plus loin, un footballeur à la retraite partageait, gratuitement, son expérience d?ancien joueur avec des jeunes qui rêvaient de devenir aussi « bons » que lui. Il avait trouvé dans le bénévolat le prolongement d?une carrière accomplie et dans le don de soi la stabilité nécessaire pour passer de l?autre côté de la barrière et poursuivre avec sérénité un parcours qu?il apprenait à regarder sous un angle différent.

Le même temps passait pour ces quatre personnages, emportés sur le chemin linéaire de l?aventure humaine par les mêmes secondes qui défilaient avec une régularité inexorable. Chacun donnait à sa façon une leçon de vie à qui voulait bien la méditer : l?importance de donner un sens à l?existence afin de trouver son équilibre là où on trouve aussi sa joie. Ou risquer de trouver le déséquilibre là où on trouve en fait de fausses joies délétères. Etre agi ou devenir un tant soit peu le maître de son agir malgré les conditionnements nombreux qui entravent la liberté, malgré un individualisme poussé à l?extrême, malgré les intérêts sectaires ignorants du vivre ensemble, malgré une violence inouïe et déchaînée qui explose à la figure d?une société malade.

Si seulement l?Education se penchait autant sur l?intérieur qu?elle se soucie de la réussite tout extérieure de ses sujets, elle aurait le mérite de contribuer à ériger des hommes intégraux ayant « un esprit sain dans un corps sain », c?est-à-dire non-amputés de la part la plus importante d?eux-mêmes : leur conscience ! Avec la flamme de la passion en guise d?ailes invisibles.

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