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Vers une transformation drastique pour booster la compétitivité
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Vers une transformation drastique pour booster la compétitivité
Il ne suffit plus de passer à la vitesse supérieure. Ni de sauter dans un autre wagon. Il est temps de changer carrément de locomotive. Maurice patauge et seules des mesures drastiques la sauveront. Les participants au Competitiveness Foresight, conférence organisée par la National Productivity and Competitiveness Council (NPCC) l’ont bien compris. Reste à démarrer les grandes manœuvres.
Maurice peut choisir son avenir. Elle a le choix entre trois options : évoluer avec un taux de croissance de 7 à 8 %, stagner avec 4 % ou dégringoler avec moins de 4 %. Il n’est pas question de glisser. S’auto congratuler avec 4 % est futile. Il ne reste plus qu’une obligation : atteindre une croissance minimale moyenne de 7 % au cours des dix prochaines années.
Une telle croissance permettra au Produit Intérieur Brut (PIB) de doubler d’ici 2015 et de quadrupler d’ici vingt ans. Avec 4 %, le PIB de Maurice ne doublera qu’en 2027. Sans compter que le pays fera certainement face à une crise financière d’ici six ans si le déficit budgétaire actuel est maintenu.
Il est donc primordial que Maurice change de cap. Le temps où le pays pouvait profiter d’une économie mondiale favorable est révolu. Il n’existe plus de grande idée pouvant révolutionner le pays ou de grand secteur pouvant générer une montagne d’emplois. Le secteur manufacturier n’a plus d’avenir. Le futur a un nom : Business Process Outsourcing (BPO). Et pour Maurice une nouvelle vocation : devenir un centre de services.
Avant de s’engager sur cette nouvelle voie, il faudra toutefois désintégrer les contraintes actuelles. Le grand problème de Maurice n’est pas un manque de capitaux mais son attitude. L’Etat, le secteur privé, et la population doivent s’ouvrir davantage et avoir une perspective nettement plus élargie des choses. En restant renfermée ou partiellement ouverte, Maurice ne pourra faire grand-chose dans un monde où tout est de plus en plus libre. Il faudra désormais penser à tout ouvrir, et ce, sur une base non-sélective mais réciproque et symétrique.
La culture de la frayeur doit disparaître. Ce climat empêche le partage d’idées alors que le progrès jaillit justement à partir d’un choc d’idées. La mentalité mauricienne est de ne pas offenser et de maintenir à tout prix les bonnes relations. C’est le cas dans la fonction publique et le secteur privé. On se refuse à remettre des idées en question car l’important est d’être bien confortable.
Ce manque de confrontation crée une mentalité de clientélisme. Cela se reflète bien dans les relations entre le public et le privé : “mo grat to ledo to grat mo ledos.” Cette situation va contre l’ouverture à la compétition car elle encourage la création de cartels où les bénéficiaires sont toujours les mêmes. Et le pays demeure perdant. Or, la compétition est importante. Tout comme l’émergence d’une race d’entrepreneurs disposés à prendre des risques. Les plus efficaces survivront, les canards boiteux périront. Le nouvel ordre global est dur mais Maurice n’a pas le choix.
La confrontation d’idées est bonne mais elle prend une autre tournure sur le plan politique. A ce jour, les politiciens s’affrontent peu sur les idées mais plus sur des détails qui ne visent que le court terme. Le paysage politique n’est pas propice à l’épanouissement d’idées et il est grand temps que les partis politiques accordent leurs violons sur des débats d’importance nationale. Un affront inutile pour des raisons relevant purement de la politique partisane ne fera que bloquer l’avancée de Maurice.
Le jaillissement d’idées nouvelles est important mais le développement de Maurice devra être basé sur une vision cohérente. Il n’est plus question d’opérer en patchworks. La nouvelle stratégie devra être proactif et non réactif comme elle l’est actuellement. Tout le monde devra bouger dans la même direction. Par exemple, chaque ministre ne devra plus opérer pour sa gloire personnelle.
Le comportement même des Mauriciens devra changer. Ils auront à être moins xénophobes par rapport à l’emploi dans le privé et dans la fonction publique. La phobie d’employer des étrangers doit disparaître. S’il n’existe pas de Mauricien compétent, il n’y a rien de mal à employer un étranger et à apprendre de lui. La méritocratie doit primer. Il serait futile de nommer des proches moins compétents sur les conseils d’administration ou de sélectionner des responsables d’organismes publics uniquement sur des critères religieux ou castéistes si on veut faire bouger le pays. En misant sur la méritocratie, il est fort possible d’inverser le brain drain actuel. Les jeunes Mauriciens seraient tentés de rentrer au pays au lieu d’aller chercher fortune ailleurs.
Gouvernement et secteur privé auront à s’unir pour rendre Maurice plus visible dans l’arène mondiale. A ce jour, chaque secteur s’est contenté de faire sa propre promotion. Il est temps de changer de stratégie : il faut vendre Maurice comme un seul produit, une marque unique. Les Seychelles l’ont déjà compris. Maurice ne peut se contenter de petites promotions. Mais il faut voir plus grand et miser plus gros. L’ampleur des bénéfices ne sera que plus impressionnante.
Les cibles devront également changer. L’Europe a toujours été le marché traditionnel de Maurice mais la nouvelle configuration globale change les donnes. Etat et entreprises devront ainsi délaisser leurs œillères et miser sur l’Afrique et l’Asie.
L’intégration à ce nouvel ordre mondial passe par une ouverture aux multinationales et autres firmes étrangères. Les conseils d’administrations doivent également avoir une plus grande perspective. Le control mindset doit impérativement disparaître. Après tout, Maurice ne peut plus se cacher dans une économie régionale. Au lieu d’insister sur la prolongation des préférences commerciales, elle doit prendre le taureau par les cornes et vouloir s’épanouir sur le plan mondial.
Jongler avec les priorités
Un nouveau souffle. Une nouvelle direction. Il est facile de changer de locomotive mais encore faut-il savoir où aller. En transformant l’attitude et la mentalité, il faudra s’assurer que la population suit. Elle aura à questionner les politiciens plus souvent sur les sujets de fond et s’engager dans les débats au lieu de se renfermer. Les consommateurs auront à être plus exigeants afin de pousser les entreprises locales à améliorer la qualité de leurs produits et services. Le nouveau contrat social aura également à être mieux défini. Il faudra toutefois jongler avec les priorités. Il n’y aura pas de croissance sans égalité et justice sociale. Il ne peut non plus y avoir de justice sociale sans croissance.
Maurice doit être compétitive à quatre niveaux : l’individu, l’entreprise, l’industrie et le pays. Les éléments déterminants sont le système politique, la qualité de la gouvernance, l’ouverture à la finance, le commerce, la main-d’œuvre et l’interface entre les marchés locaux et étrangers.
La nouvelle ambition de Maurice devra être grande mais réaliste. Le pays ne pourra affronter les géants. Il n’est pas question d’aller concurrencer la Chine sur le marché des T-Shirts basiques ou l’Inde sur celui des centres d’appels géants. Maurice aura à devenir un fournisseur de services. Mais tous les secteurs, y compris l’agriculture et la manufacture, devront cibler des créneaux spécifiques.
Une ouverture complète comprend également une réduction de l’arsenal légal. Il n’est pas nécessaire d’imposer une lourdeur judiciaire. Le temps de légiférer, chaque secteur est dépassé. Aujourd’hui, les pays innovent en plaçant des lois-cadres. Le reste est laissé à un régulateur puissant mais indépendant à tous les niveaux.
Les lois auront également à être revues car les dispositions actuelles octroient trop de pouvoirs aux ministres. Elles ont presque toutes, une clause prévoyant des exceptions “à la discrétion du ministre”. Ce qui ne fait qu’augmenter les pouvoirs de marchandages tout en ouvrant la porte à la corruption.
Les mesures deviennent encore plus drastiques : Maurice opère avec des frais trop élevés. Le secteur public, qui ne doit plus être perçu comme une source d’emplois sûrs, aura à être dégraissé. Les corps para-publiques inefficaces devraient être privatisés. Le but de l’opération n’est pas de tout mettre entre les mains du secteur privé mais d’améliorer l’efficacité de ces organismes, les forcer à opérer sans subvention et à rendre des comptes.
La nouvelle stratégie vise à transformer Maurice en une véritable City State, à l’image de Dubayy, Singapour et Hong-Kong. Ce qui implique une vision commune, une ouverture totale à l’international, miser sur des créneaux porteurs mais aussi et surtout un changement fondamental. Finis les grands champs de cannes à sucre. La vente de terrains agricoles devrait démocratiser le marché immobilier. Les bénéfices réalisés à partir de ces développements devraient être versés à un fonds dédié à la construction de logements sociaux.
La compétitivité future de Maurice dépend d’un nouveau départ. Celui-ci repose sur un changement complet de mentalité, de stratégie et de direction. On ne peut plus se permettre d’être insulaire et de dépendre de la faveur des autres. Il faudra néanmoins un leadership courageux, dynamique et téméraire. La vieille garde ne fera certainement pas le poids. Le pays a soif d’idées fraîches pour se relancer dans une course sans merci. A qui le flambeau ?
«Il est temps de changer de stratégie : il faut vendre Maurice comme un seul produit, une marque unique ; Il faut voir plus grand et miser plus haut ; »
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