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Vers le pire des mondes possibles ?

2 novembre 2008, 20:00

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«Le pire des mondes possibles», Mike Davis, Editions La Découverte.

2. Le bidonville global

La prédominance des bidonvilles est le sujet principal de «The Challenge of Slums», le rapport de l?ONU-Habitat publié en 2003. Oeuvre collective regroupant les travaux de plus de cent chercheurs, ce livre sollicite trois nouvelles sources d?analyse et de données : des études de cas synoptiques de la pauvreté, des conditions de vie dans les bidonvilles et des politiques de logement dans 34 métropoles, une banque de données comparative sans égale comprenant 237 villes, et de nouvelles données mondiales incluant la Chine et l?ancien bloc soviétique.

Mais qu?est-ce qu?un «bidonville» ? La première définition (1812 ) est due à James Hardy Vaux qui le présenta comme synonyme de «racket» ou «commerce criminel». Les auteurs de «The Challenge of Slums», écrit MD, conservent une définition classique du bidonville, avec ses caractéristiques de surpeuplement, de logements informels ou de piètre qualité, d?accès insuffisant à de l?eau saine, de manque d?hygiène, et d?insécurité quant à la conservation de la jouissance du domicile.

Se fondant sur cette définition opératoire, officiellement adoptée au sommet de l?ONU de Nairobi ( 2002), les auteurs font un recensement mondial des bidonvilles. Les plus importantes populations ( en millions ) vivant en bidonvilles par pays sont en Chine ( 193,8) , en Inde ( 158,4), au Brésil ( 51,7), au Nigéria ( 41,6) et au Bangla Desh ( (35,6 ). «Cependant, les bidonvilles à plus forte croissance se trouvent en Fédération de Russie et dans les anciennes républiques du bloc soviétique, où la déréliction urbaine a été alimentée au même rythme écoeurant que l?inégalité économique et le désintérêt citoyen.

On peut, souligne MD, dégager une typologie des bidonvilles. Mais une précision s?impose : tous les pauvres n?habitent pas dans les bidonvilles, tous les habitants des bidonvilles ne sont pas pauvres.

La planète compte probablement plus de 200 000 bidonvilles abritant de quelques centaines à plus d?un million d?habitants. Les 5 grandes métropoles d?Asie du Sud ( Karachi, Bombay, Delhi, Calcutta et Dacca) comptent à elles seules environ 15 000 communautés de bidonvilles distinctes pour une population totale de plus de 20 millions d?êtres humains. «Des ?mégabidonvilles? voient le jour lorsque des bidonvilles et des communautés de squatters fusionnent pour former des ceintures continues de pauvreté et de logements informels, souvent en périphérie des villes». Les plus grands mégabidonvilles (en millions d?habitants )) sont Mexico ( 4,0 ), Caracas ( 2,2 ), Bogota ( 2,0 ), Lima, Lagos, Bagdad, Gauteng et Palestine (1,5 ) et Karachi (1,2).

Certes, on peut trouver des foyers de pauvreté, des taudis en centre-ville. L?architecte David Glasser a visité une ancienne villa pour famille unique de Quito qui abritait désormais 25 familles et 128 résidents ne bénéficiant d?aucun service communal en état de matche ! De même, l?anthropologue Oscar Lewis a rendu célèbre la Casa Grande, un immeuble de Mexico, qui abritait 700 personnes !

MD rappelle que la majorité de la population urbaine pauvre ne vit plus dans les centres-villes. Depuis 1970, ce sont les bidonvilles de la périphérie des villes du tiers-monde qui accueillent la plus forte proportion de la croissance urbaine mondiale. «?L?horizontalisation? des villes pauvres est souvent aussi ahurissante que leur taux de croissance démographique : Khartoum, par exemple, était en 1988 quarante-huit fois plus vaste en surface construite qu?en 1955 ! En fait, les aires suburbaines de nombreuses villes pauvres sont désormais si étendues qu?il serait peut-être utile de repenser la notion même de périphérie».

La périphérie des zones urbaines du tiers monde se développe sous deux formes principales : les camps de squatteurs et l?urbanisation pirate. Le squat, le fait de prendre possession d?un terrain ou d?un lieu sans achat ni titre, n?est pas sans coûts directs. MD cite Asef Bayat qui souligne que le squat, ce «tranquille empiètement de l?ordinaire», s?opère souvent à la faveur d?une occasion favorable à l?occupation de terres, par exemple une élection serrée, une catastrophe naturelle, un coup d?Etat ou une révolution ! En ce qui concerne l?urbanisation pirate, étudiée par Rakesh Mohan, elle n?est pas le résultat d?invasion territoriale : les terres changent de propriétaires à l?issue de transactions légales.

Plus on s?éloigne du centre des villes du tiers-monde, plus l?analyse devient floue. «La marge urbaine est cette zone d?impact social où les forces centrifuges de la ville entrent en collision avec l?implosion de la campagne. Mais la fonction principale de la marge urbaine du tiers-monde demeure celle de décharge humaine.» Après avoir rasé leurs taudis qui gênaient la reconstruction du centre-ville façon parc à thème pour touriste, la dictature militaire birmane a relogé de force des centaines de milliers d?urbains dans de sordides lotissements périurbains de Rangoon. Monique Skidmore a risqué la prison pour avoir visité ces lotissements. Les réfugiés internationaux et les personnes intérieurement déplacées (PID) sont souvent encore plus durement traités que les expulsés des villes.

Deux images justifient le titre du livre de Mike Davis. A Navarro, l?un des deux bidonvilles périphériques « effroyablement dangereux » de Calin , que décrit Michael Taussig, des femmes et des enfants cherchent de quoi manger dans cette « montagne d?ordures » alors que de jeunes bandits sont recrutés ou exterminés par les milices paramilitaires d?extrême droite locales. Dans l?autre implantation, Carlos Alfredo Diaz, des gamins courent partout armés de grenades et de fusils artisanaux ?

Le pire serait-il à venir ?

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