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Vandana Jhurree : Dompter les gros budgets
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Vandana Jhurree : Dompter les gros budgets
C?est trop fort. Vandana Jhurree devait réagir. L??il attentif, elle parcourt une interview de Kamal Etwaroo parue dans un magazine trimestriel spécia-lisé daté de janvier-mars 2007. Le président de la Mauritius Association of Quantity Surveyors y déclare qu??à ce jour, il n?y a pas de femme chartered quantity surveyor à Maurice?.
Dans le cas de Vandana Jhurree, c?est tout neuf. Depuis le 16 avril, elle a été certifiée à ce titre par la Royal Institution of Chartered Surveyors (RICS). Alors Vandana a voulu rectifier par le biais d?une annonce dans le journal. Pas tant pour polémiquer que pour s?affirmer. Dire sa vérité.
Dire tout haut son choix pour ce petit bout de femme de 28 ans, est une nécessité. Il y a un an, elle renonce à son permis de résident permanent à Singapour. Là où elle a exercé ses activités de quantity surveyor pendant quatre ans. Quatre ans à se frotter au monde du travail. À engranger l?expérience du terrain sur des projets de construction de bâtiments résidentiels.
C?était de 2002 à 2006. Singapour avec ses gratte-ciel vertigineux, son développement soutenu lui donne l?occasion de ?gérer l?argent du client?. Des millions et des milliards de roupies et de dollars. À dépenser judicieusement, pour qu?un projet ne soit pas mis au frigo. Pour éprouver cette satisfaction particulière de voir ?pousser? un gratte-ciel ou un bel hôtel, là où avant, il n?y avait qu?un terrain vague. C?est cela le quantity surveying.
?Parfois quand je dis aux gens ce que je fais, on me demande si je travaille dans le textile. On confond avec le contrôle de qualité sur la chaîne de production (quality surveying).? Décidément en mal d?image, le job de Vandana est souvent associé à des images de chantier, à un ?travail sale?.
L?incontournable discipline
Dans le bureau climatisé où elle nous reçoit, (chez Hoolooman & Associates où Vandana a été promue senior quantity surveyor depuis six mois), pas une trace de poussière sur ses boots à talons hauts. Le teint frais, les ongles courts, les cheveux qui semblent avoir été coupés récemment, Vandana Jhurree est vêtue à mi-chemin entre l?ado décontractée (la faute à son petit haut bleu) et le cadre pressé.
Elle préfère s?exprimer en anglais, résultat de ses huit ans à Singapour. Débit saccadé, phrases courtes, parfois incomplètes. Vandana laisse le soin à ses mains de faire le reste. À l?écouter dire le minimum sur un vécu réglé comme du papier à musique (elle nous dira, comme si c?était une évidence, qu?elle ne s?est jamais sauvée d?une classe au collège de Lorette de Quatre-Bornes, où elle a fait ses études secondaires), on sent que l?ordre et la discipline sont des ingrédients incontournables de son quotidien.
À son contact, on sentirait presque Singapour. Impossible direz-vous, car la ville-état est un modèle de salubrité publique. Mais vous comprenez. Quand Vandana Jhurree raconte son parcours, qu?elle répond en souriant au cliché que l?on ne voit jamais de policiers à Singapour, ?parce qu?ils sont trop petits, c?est pour cela?, on comprend que la jeune femme s?est parfaitement intégrée à cet univers dynamique et discipliné. Là où ?ses collègues sont devenus ses vrais amis?.
Pourtant, un jour, elle a tout plaqué. A l?image lisse de la jeune femme à qui tout réussit, se superpose celle d?une personnalité avec ses contradictions. Elles sont de taille. Quand Vandana repense à ses huit ans loin de Vacoas, elle est catégorique : ?Je n?ai jamais eu le mal du pays.? Mais au fil de la conversation, elle explique que c?est à cause de ses parents qu?elle est revenue auprès de son père retraité de l?administration de la Cour suprême et de sa mère femme au foyer.
Auprès d?une famille unie. D?un sang qui le premier, lui a fait découvrir le métier de quantity surveyor. ?Je crois que les jeunes ignorent que ce type de possibilité existe. Ils n?en entendent parler que s?ils ont de la famille ou une connaissance dans ce milieu.? Ce qui est son cas.
Promue après six mois seulement
Toute son adolescence, Vandana veut faire médecine. Mais à 18 ans, son Higher School Certificate en poche, elle opte pour l?architecture. Influencée par un oncle et un beau-frère, tous deux architectes au ministère des Infrastructures publiques. ?J?étais fascinée par le fait de pouvoir dessiner des plans, de tout imaginer de A à Z.? C?est après la première année à la fac qu?elle se décide pour le créneau de ?quantity surveyor?.
Un choix qu?elle ne regrette pas. ?Les chartered quantity surveyors sont en grande demande à Maurice. Nous ne sommes pas très nombreux.? Un choix d?autant plus motivé par l?aspect salaire. ?Quand j?ai quitté Singapour, je croyais qu?à Maurice j?allais gagner la moitié de ce que j?avais là-bas.? A voir briller ses yeux derrière ses lunettes fines, on lit l?agréable surprise. Suffisamment grande pour refuser une offre de Dubayy. ?C?était plus qu?alléchant mais quand j?ai pensé à l?aspect sécurité, j?ai préféré décliner.?
Et rester au chaud dans le cocon de la famille unie. Benjamine de cinq enfants, Vandana avoue avec le sourire avoir été la petite dernière ?gâtée pourrie?, aidée par la différence d?âge entre elle et ses aînés. Il y a six ans d?écart entre Vandana et son troisième frère. Enfant gâtée qui a bien tourné. Au point qu?après son BSc Building à la National University of Singapore de 1998 à 2002 et l?expérience professionnelle qui a suivi, Vandana a choisi de fermer définitivement la parenthèse singapourienne.
Enfin presque. Certes. Pour elle, tout va bien dans le meilleur des mondes. Parcours professionnel sans faute, promotion après six mois seulement chez Hoolooman & Associates, des perspectives brillantes. Vandana Jhurree est en ce moment cost manager sur le projet de Les Salines IRS.
Avec le défi de gérer ? de concert avec une société de consultants britanniques ? un budget de Rs 8 milliards. Le plus gros sur lequel elle ait travaillé jusqu?à présent.
Vie de famille heureuse. Vie amoureuse d?un calme plat en attendant de tomber sur l?homme idéal. Mais au fond d?elle, Vandana entend parfois une petite voix. Celle qui lui dit que le home sweet home est transitoire. Que le retour dans le nid douillet, c?est pourmieux s?envoler vers d?autres cieux. ?Je suis attiréepar l?Australie...?
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