Publicité
Vacoas perd son premier député, Roopnarain Bhageerutty
Par
Partager cet article
Vacoas perd son premier député, Roopnarain Bhageerutty
En ce début de 1983, la ville de Vacoas a la douleur de perdre son premier député en la personne du Dr Roopnarain Bhageerutty. En fait, c?est en 1953, que celui-ci remporte sa première victoire électorale, en posant sa candidature, sous la bannière travailliste, aux législatives du 27 août 1953. Il obtient une honorable troisième place, avec 10 425 voix, soit 44,92% des 24 533 votants. Seuls l?invincible Jules Koenig (avant le 7 août 1967 où on l?envoie à l?abattoir du n° 15, La Caverne-Phoenix) et Guy Forget parviennent à devancer Bhageerutty. Il l?emporte toutefois sur des politiciens travaillistes aussi chevronnés que Régis Chaperon, Raymond Rault, Francis Chadien, pour ne pas parler de ses adversaires qui sont, entre autres, France Rivalland, Clément Dalais, Guy d?Arifat, Raoul Lamalétie, Esaïe David, Félix Laventure, Maurice Curé, Loïs Levieux.
Aux élections législatives du 9 mars 1959, l?île Maurice est divisée en 40 circonscriptions, chacune devant élire un seul député. Le Dr Roopnarain Bhageerutty pose sa candidature, toujours sous la bannière travailliste, au n° 32, à La Caverne. Il est réélu avec 2 513 voix (43.39%) contre 1 934 (33.40%) à Guy Marchand et 1 344 voix (23.21%) à Awotar Mewasing. Le 23 octobre 1963, le Dr Roopnarain Bhageerutty réussit la passe des trois. Il conserve son siège de La Caverne, en obtenant 2 626 voix (42.92%). H. Rossenkhan remplace Guy Marchand mais sans pouvoir vaincre Bhageerutty. Mewasingh se contente de nouveau de la 3e place.
Le 7 août 1967, le PTr emporte la joute dans les deux circonscriptions difficiles de Vacoas-Phoenix, villes dotées désormais d?un conseil urbain. Ce n?est pas peu dire que le sort des législatives de cette année et même de l?Indépendance de Maurice, se joue dans les deux circonscriptions de Vacoas-Phoenix (nos 15 et 16), tout comme au No 4 (M.-Longue/P.-Louis Nord) et au No 14 (Savane/R.-Noire). C?est dire que le Dr Roopnarain Bhageerutty pouvait, sans crainte, solliciter pour la quatrième fois les suffrages des Vacoassiens qu?il connaît personnellement comme médecin et notable. Il décide pourtant de mettre en pratique un autre de ses principes chéris : place aux jeunes. Il n?a pourtant que 63 ans. Cela rend encore plus méritoire son abnégation en faveur des jeunes loups du PTr. Il n?était pas un politicien d?éloquence mais un de proximité. Il fut le compagnon de lutte du Dr Maurice Curé, du pandit Sahadeo, d?Emmanuel Anquetil, de Guy Rozemont.
Roopnarain Bhageerutty voit le jour en 1904, dans une famille connue et appréciée dans le commerce et le négoce. Il fait ses études secondaires au collège Royal de Curepipe. Il accepte d?enseigner bénévolement à l?Aryan Vedic School. Le clan Bhageerutty est connu pour avoir toujours servi l?Arya Samaj. Le père de Roopnarain, Lutchmeeparsad Bhageerutty, est pendant plusieurs années, le président de l?Arya Paropkarini Sabha. Il s?en va étudier la médecine en France et rentre au pays en 1930 en tant que médecin et gynécologue. Il se peut qu?il soit le deuxième médecin mauricien d?origine indienne. Pendant un demi-siècle de pratique, il est connu comme le médecin des pauvres. Il n?hésite pas, en pleine nuit, à parcourir de longues distances, par des routes impossibles, pour se rendre au chevet d?un patient craignant pour sa vie. Sa générosité est telle que souvent il met fin à une consultation sans réclamer d?honoraires, obligeant les proches de ses patients à courir derrière lui pour lui remettre les quelques sous qu?ils peuvent lui remettre en échange des ses inestimables bienfaits. Le moins qu?on puisse dire c?est qu?il fait toujours honneur à son serment d?Hippocrate car il considère la médecine comme un véritable sacerdoce au service du peuple et surtout des pauvres. Connaissant que trop la détresse financière de bon nombre de ses patients, non seulement il ne leur réclame aucun honoraire mais puise encore dans ses poches pour leur procurer de quoi acheter les médicaments qui leur sont indispensables. On ne compte pas les jeunes qui lui doivent d?avoir pu compléter leurs études secondaires et même universitaires. Il est un des membres fondateurs du journal Advance. Il n?avait pas son pareil pour détendre l?atmosphère en lançant à la cantonade, en créole ou en bhojpuri, une plaisanterie, un trait d?esprit, dont il avait le secret. Sa présence amicale et fraternelle suffisait souvent à remettre sur pied un malade.
Roopnarain Bhageerutty conserva toute sa vie une affection particulière pour la ville de Vacoas. S?il meurt, le 15 janvier 1983, en sa résidence de College Lane, Curepipe, il tient cependant à être incinéré au cimetière de Phoenix. Ses proches y ont filialement érigé un beau monument qui rappelle à tous quel philanthrope exemplaire fut, de son vivant, le Dr Roopnarain Bhageerutty. Vacoas continue de vénérer la famille Bhageerutty.
Publicité
Publicité
Les plus récents