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Unique au monde ?

25 novembre 2003, 20:00

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?In no other country is the elite so willing to let fine phrases overrule hard thinking, to reject the lessons of experience in favour of delusions of grandeur, and to blame it all on someone else.? Paul Krugman

En affublant ainsi le coq gaulois, l?économiste incisif ne s?imaginait manifestement pas qu?un tigre, celui de l?océan Indien, pouvait aussi faire preuve de nombrilisme et de suffisance. Avec une exposition quasi-hégémonique aux médias franco-français, l?infiltration insidieuse de ce syndrome parmi nous est-elle si surprenante ?

Si le constat de bon sens est dépressif, il montre en tout cas que le déclin de la politique, au sens noble du terme, est un problème fondamental. Il serait néanmoins malveillant de l?attribuer au seul gouvernement actuel. Le messianisme promettant officiellement le bien-être pour tous, mais qui cible dans les faits ?ceux qui comptent?, est un leurre qui a fini par être mis au jour.

Ce mépris a engendré une crise identitaire et un repli communautaire au point d?ethniciser même les Chambres de commerce. Au lieu d?être servi par un leadership qui éclaire simultanément avec des qualités comme la sagesse, la fermeté, la vision et la diligence, nous avons été dirigés, depuis notre indépendance, par des capitaines respectifs qui les incarnent isolément, hélas parmi d?innombrables tares.

Pour évacuer le sentiment d?incompétence et de peur du changement par rapport à une réalité hostile, le recours aux échappatoires fait partie du mécanisme de défense de l?humain. Le discours narcissique, par exemple, est une tentative qui aspire à transformer une période ?faste? du passé en mythe, censé générer une fierté.

Or, un développement qui se veut durable requiert une approche critique et globale, capable d?identifier les blocages et de les surmonter. Le taux de croissance économique relativement élevé n?est pas en soi un critère de progrès. En le disséquant, nous constatons qu?il a été drivé par des accords préférentiels, par une roupie inflationniste et dernièrement par des dépenses publiques.

Paradoxalement, une telle croissance nous a sclérosés. N?en déplaise aux bien-pensants, éblouis par l?artifice, notre développement a été surtout d?ordre infrastructurel. Dans son rapport annuel éprouvé sur la liberté économique, le Fraser Institute du Canada compile des données spécifiques à partir d?une méthodologie bien rodée. C?est un ?benchmark? qui peut expliquer l?exode des capitaux et des cerveaux, la baisse des investissements privés, la montée du chômage, etc.

La confiance absolue des citoyens et des investisseurs dans les institutions n?est pas tout, mais tout n?est rien sans elle. La crédibilité du judiciaire détermine si le ?rule of law? est effectif ou symbolique. Celle du Parlement favorise l?émergence d?une démocratie participative où les députés sont à l?écoute des citoyens qui revendiquent une amélioration de leur niveau de vie au lieu de se reconvertir dans les affaires et de piller les caisses de l?État. Celle de la Banque centrale garantit la stabilité monétaire qui préserve le pouvoir d?achat.

Des mesures protectionnistes, comme l?imposition des taxes douanières répressives, suscitent non seulement la déviance mais elle anéantit aussi l?impact de la concurrence étrangère, source de surpassement et d?innovation. Par ailleurs, lorsque le marché du travail est trop rigide, d?une part, les employeurs embauchent un minimum de salariés par crainte de ne pouvoir licencier en cas de difficultés, et d?autre part, les employés ne sont pas amenés à exceller, pénalisant ainsi les plus compétents, les privant des meilleurs salaires.

Ce qui compte véritablement c?est le ?trickle down? de la richesse nationale, pas celui de la schizophrénie en face de la mondialisation. Il est bien naïf de croire que le ?feel good factor? éphémère déclenché par un événement populaire ou un regain de croissance dans certains pays développés sont suffisants pour nous sortir de notre désenchantement. Notre avenir se construit, d?abord, chez nous. En toute humilité.

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Par Samad Ramoly

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