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Une épidémie de polio infecte 14 pays africains
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Une épidémie de polio infecte 14 pays africains
Le géant de l?Afrique de l?Ouest, le Nigeria, qui compte quelque 130 millions d?habitants, est aujourd?hui le foyer d?une épidémie de poliomyélite dans le monde. Le virus, qui paralyse et peut être mortel, a voyagé jusqu?au Yémen et en Indonésie, alors qu?aucun cas n?avait été enregistré depuis dix ans dans ce pays.
Les Nations unies redoublent donc d?efforts au Nigeria et dans la région pour contenir l?épidémie. Depuis le 14 mai 2005, près de 140 000 personnes sont mobilisées par le ministère nigérian de la santé, l?Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et le Fonds des Nations unies pour l?enfance (Unicef), partenaires dans le programme d?éradication, pour distribuer 45 millions de doses de vaccin oral contre la polio.
?Cette troisième campagne 2005 se passe bien. Il y a beaucoup moins de réticences qu?avant dans le nord du pays, où certains de nos vaccinateurs avaient été reçus à coups de pierres lors des dernières journées de vaccination? , explique un des responsables de l?organisation. Contrairement au sud du pays, plutôt chrétien, où la situation s?améliore, c?est en effet dans le Nord, majoritairement musulman, que la contamination a été le plus élevée : l?OMS a comptabilisé 73 % des contaminations recensées en 2005. Les vaccinations, il est vrai, y ont été suspendues pendant onze mois, entre août 2003 et juillet 2004, provoquant un regain de l?épidémie dans le monde entier.
Dans cette région, où une dizaine d?Etats (sur les 36 que compte le Nigeria), comme celui de Kano, ont rétabli la charia, la loi islamique, des responsables religieux avaient décrété que le vaccin faisait partie d?un complot ourdi par les Etats-Unis avec la complicité des Nations unies pour stériliser à leur insu les jeunes musulmanes.
<B>Les autorités musulmanes</B>
Un comité d?experts avait bien été mis en place, mais la confiance était si profondément ébranlée que les autorités musulmanes de Kano avaient exigé de tester elles-mêmes les vaccins et de visiter les usines où ils étaient fabriqués. Le temps que les procédures soient terminées, le nombre de jeunes enfants touchés par le virus était passé de 350 en 2003 à 800 en 2004.
Finalement, sous la pression des bailleurs de fonds et des agences onusiennes, le gouvernement fédéral a ?convaincu? les oulémas, et c?est ostensiblement que le gouverneur de Kano a vacciné l?une de ses filles, en public, au début de l?année. Le sultan de Sokoto, la plus haute autorité spirituelle reconnue par les 65 millions de musulmans nigérians, a même accepté de poser en train de vacciner un enfant pour illustrer un calendrier de l?Unicef et du ministère de la santé, tandis que Obasanjo lui-même, affublé d?un T-shirt en faveur de la campagne de vaccination, participait à la sensibilisation dans différentes localités.
Certains Etats du Nord sont même allés jusqu?à menacer de jeter en prison les parents qui refuseraient que leurs enfants soient vaccinés. ?Pour nous, le plus important c?est que les gens fassent vacciner leurs enfants en comprenant l?importance du vaccin et le danger encouru : c?est le handicap à vie, la paralysie, voire la mort. L?enfant ne pourra plus jamais avoir une vie normale, cela posera des problèmes économiques à la famille, et il finira par mendier dans les rues? , explique Christine Jaulmes, porte-parole de l?Unicef au Nigeria.
Pour convaincre une population le plus souvent illettrée et où les chefs traditionnels et les imams ont une grande influence, l?Unicef a mis en place 3 200 relais communautaires qui effectuent un travail d?explication jusque dans les villages éloignés. Selon un comité d?experts internationaux et nigérians qui s?est réuni début avril au Nigeria, la situation s?est un peu améliorée et le nombre de nouveaux cas s?élève à 78 pour 2005, contre 125 l?année dernière sur la même période. Le Nigeria enregistre toutefois plus de 50 % des nouveaux cas déclarés dans le monde.
Pour la responsable du programme national nigérian d?immunisation, Dere Awosika, il faut redoubler d?efforts pour sans cesse expliquer, afin d?éviter que de nouvelles rumeurs ne nuisent à la vaccination. ?Je sais que certains parents se demandent pourquoi il y a tant de campagnes d?immunisation. En fait, il est absolument nécessaire que les enfants reçoivent plusieurs fois le vaccin pour être totalement protégés contre la polio. Pour arrêter la polio au Nigeria, nous devons construire un mur d?immunisation contre la polio, ce qui ne peut être atteint que par des vaccinations multiples? , affirme-t-elle.
Les campagnes de vaccination sont également synchronisées au niveau régional et ont lieu simultanément dans plusieurs pays d?Afrique. Au total 77 millions d?enfants africains sont visés.
<B>Alexandre JACQUENS
© 2005 Le Monde News
Service-Distribué par The New York Times Syndicate</B>
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