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Une vie à promouvoir Maurice
Autant Suzy Edouard a été et reste une tombe quant aux aspects confidentiels des affaires dont elle a eu la charge, autant elle devient intarissable lorsqu?il s?agit de narrer son parcours. Itinéraire qui est intrinsèquement lié au développement touristique de l?île. Cette jeune quinquagénaire se montre si passionnée en se racontant qu?on l?imagine mal tournant définitivement la page de la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA) en octobre.
C?est pourtant le cas et elle s?en explique. ?Nous entrons dans une nouvelle phase de développement touristique. Je considère que j?ai fait ce qu?il fallait pour promouvoir Maurice, de même que la coopération régionale en matière touristique, surtout à une époque où personne n?y croyait. Mettons que j?estime aujourd?hui que le temps est venu pour moi de céder la place aux jeunes.?
C?est au contact de son père Guy, enseignant de mathématiques, que Suzy, qui est la benjamine ?gâtée? des trois enfants Edouard, développe une fascination pour les voyages. Etant fonctionnaire, Guy Edouard bénéficie de voyages payés tous les cinq ans et c?est la mort dans l?âme que la petite Suzy voit ses parents embarquer à bord du paquebot qui les tiendra éloignés d?elle pendant plusieurs mois.
Elle fait son premier voyage en bateau à 11 ans et y prend goût. Le tempérament de meneuse et de fonceuse dont elle fait montre se forge au contact de son père qui n?arrête pas de répéter à ses filles que les voyages forment la jeunesse, qu?elles ne doivent jamais dépendre financièrement d?un homme et que par conséquent, elles doivent obtenir un diplôme universitaire. Mais contrairement au v?u de son père, Suzy sait qu?elle ne sera pas enseignante. Elle veut travailler dans un secteur lié aux voyages et rester célibataire et sans enfants.
Son deuxième voyage, cette élève du couvent de Lorette de Port-Louis, l?effectue à 17 ans, après avoir remporté le premier prix d?une compétition organisée par la mairie de Port-Louis. Suzy remporte un séjour d?une semaine à la Réunion.
La première fois qu?elle entend parler du tourisme à Maurice, c?est en 1971. Elle fait à l?époque partie de l?équipe rédactionnelle du magazine scolaire et on lui confie la tâche d?interviewer feu Arnaud de Rosnay, champion de windsurf et ami de Sir Gaëtan Duval, à qui le gouvernement mauricien a confié la tâche d?attirer la jet-set française à Maurice. Si l?Office du tourisme existe depuis 1959, le développement touristique est encore un concept abstrait pour la plupart des Mauriciens.
A l?issue de sa Form VI, Suzy postule pour remplir le poste de clerical officer au Prime Minister?s Office (PMO). Recrutée, elle a pour supérieurs directs feu Hervé Duval et Dayanand Heeralall qui lui apprennent la rigueur et le sens du travail bien fait. Elle prend un congé sans solde et se fait admettre à l?université de Keele en Grande-Bretagne. Et outre un certificat en pédagogie, elle obtient un Bachelor of Arts en français et en psychologie.
?Cette femme n?a pas la langue dans sa poche et défend ses convictions avec acharnement. Elle fait partie du comité en faveur de la défense du patrimoine...?
Au cours de ses vacances, cette intrépide jeune femme fait de l?auto-stop pour visiter les pays européens. Et à la fin de ses études, elle fait le périple Londres-Bombay par la route. Et à tous ceux qui la prennent en stop, elle vante les mérites de Maurice dont pratiquement personne n?a entendu parler à cette époque. ?Sans le savoir, je faisais déjà de la promotion touristique?, précise Suzy en riant.
De retour au pays en 1978, Suzy reprend temporairement son poste au PMO avant d?être mutée à l?Office du tourisme. C?était un 26 octobre. La première responsabilité qui lui est confiée est la rédaction du discours pour feu Sir Veerasamy Ringadoo, ministre des Finances qui assure l?intérim au poste de Premier ministre et qui doit recevoir la Miss World.
Suzy aura donc été au service de la promotion touristique pendant 29 ans. Des années qui ont débuté par son apprentissage du secteur au contact de Cyril Vadamootoo, le directeur d?alors, qu?elle qualifie de ?mentor?. Ils n?ont pas toujours été sur la même longueur d?onde et cela a donné lieu à des empoignades verbales mais toujours dans ?le respect de l?autre?.
Suzy apprend vite et est une des rares à croire que Maurice ne doit pas placer tous ses ?ufs dans le même panier, c?est-à-dire faire de la promotion de l?île uniquement sur le marché français. D?ailleurs lorsque l?Office du tourisme tente de convaincre les opérateurs touristiques locaux à participer pour la première fois au World Travel Market de Londres, un professionnel du tourisme réplique : ?Qui est l?Anglais qui fera 16 heures d?avion pour s?asseoir sur une plage de Maurice ??
Il est vrai que c?était l?époque du Boeing 707 et qu?il fallait quatre escales avant d?y être mais Suzy insiste parce qu?elle y croit. Tout comme elle lutte pour convaincre de la pertinence de cibler les marchés suisses et indiens et plus récemment le marché australien.
L?imposition du contrôle des devises en France, avec l?avènement du gouvernement socialiste, lui donne raison. Dans le parcours de Suzy, il y a des années plus mémorables que d?autres, notamment 1991 quand elle est envoyée au bureau de Londres pour trois ans. Même si elle ne s?y plaît pas, son travail reste en ligne de mire et décentralise la promotion touristique jusque-là concentrée sur Londres et le sud-est du pays.
En 1992, quand Maurice devient République, elle est mandatée pour ramener au gouvernement mauricien les documents relatifs à ce changement constitutionnel. Cela lui vaut par la suite d?être invitée à titre personnel par la reine Elisabeth au palais de Buckingham.
En poste aux Seychelles
Suzy ne croit pas qu?en la diversification des marchés touristiques. Elle croit aussi en la coopération régionale et en l?importance de vendre Maurice au sein d?un bloc. De ce fait, elle est choisie pour agir comme tourism sector coordinator de la Southern African Development Community. Ce sera toujours avec le même dynamisme qu?elle s?acquitte de sa tâche. De 1996 à 1998, elle assure l?intérim à direction de la MTPA, tout en sachant qu?elle ne sera jamais titularisée car elle n?a pas ?le bon patronyme?.
En l?an 2000, alors qu?elle assiste à un atelier de travail de la COI avec ses collaborateurs aux Seychelles, l?Office du tourisme seychellois lui propose un poste important, soit la responsabilité du développement du marché francophone. Suzy accepte et prend un congé sans solde. Aux Seychelles, on lui confie aussi le secteur des petits hôtels. Pendant trois ans, elle assume pleinement ses responsabilités jusqu?à ce que le nouveau rapport du Pay and Research Bureau l?oblige à rentrer au pays. Suzy reprend son poste à la MTPA jusqu?à ce qu?elle parte en congé préretraite.
Cette femme qui n?a pas la langue dans sa poche, défend ses convictions avec acharnement. Elle fait partie du comité qui est en faveur de la défense du patrimoine et milite contre la démolition de l?imprimerie du gouvernement.
Les trois personnes à l?avoir inspirée au cours de sa carrière sont feu Sir Gaëtan Duval ?qui était à lui seul un produit touristique? et auprès de qui elle a découvert le vrai sens du mot ?charisme?, le photographe-journaliste Claude Pavard qui lui fait découvrir son île à travers des yeux autres, et Jane Valls, ancienne directrice de British Airways ?pour sa rigueur et son professionnalisme?.
Suzy qui n?a pas encore coupé totalement les ponts avec la MTPA est déjà en présence de trois propositions de travail dont deux dans son secteur de prédilection. Mais pour l?instant, elle veut profiter des cinq mois de vacances qu?elle s?est accordée. De toutes les façons, souligne-t-elle, elle aura toujours un pied dans le tourisme du fait de son engagement prochain comme membre de l?exécutif du SKAL Club.
Et puis, elle fait partie du mouvement constitué dans le sillage de la conférence sur la diaspora mauricienne qui a eu lieu l?an dernier. ?Je vous assure, je ne vais pas m?ennuyer.? On la croit sur parole?
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