Publicité

Une vie à jouer avec le feu

16 octobre 2008, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Guillaume Depardieu a passé sa courte vie à jouer avec le feu et s'y est souvent brûlé, très fort. A 37 ans, le 13 octobre, après des années d'autodestruction, il est mort au moment où, semble-t-il, il commençait tout juste à se construire, emporté par une pneumonie fulgurante, à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches.

La nouvelle est sidérante. Elle clôture un destin tragique qu'il semblait presque appeler de ses v?ux. Encore jeune homme, le fils des acteurs Gérard et Elisabeth Depardieu confiait récemment qu'il avait l'impression d'être déjà un vieillard. Il y a quelques années, il avait créé une société de production sous le nom Post Mortem. En trente-sept ans, Guillaume Depardieu a vécu plus de vies, et chacune plus intensément, que le commun des mortels n'en effleure en deux ou trois fois plus de temps.

S'il fallait une image pour évoquer l'existence de Guillaume Depardieu, retenons celle du film de Bertrand Bonello, De la guerre, où on peut actuellement voir l'acteur au sommet de son art. Son corps était scarifié de toutes parts, sa personnalité incontrôlable, sa sensibilité à vif.

Au cours d'un après-midi passé avec lui sur une plage au mois de mai, pendant le Festival de Cannes, il avait révélé un caractère exalté, provocateur, débordant de tendresse et d'agressivité, généreux et intransigeant. Cinglé mais profondément aimable, visiblement tiraillé par un violent conflit entre soif de vie et pulsion de mort.

Si certains, parmi ceux qui l'ont côtoyé, ont dû composer avec un comportement antisocial parfois éprouvant, ils sont nombreux à lui reconnaître une exigence rare dans le travail, et un talent d'acteur immense.

«Guillaume, c'est un bloc émotionnel pur qui rentre dans le cadre, disait de lui Bertrand Bonello. Il ne fait pas les choses à la légère. Je l'ai vu pleurer en disant : 'J'ai raté le plan.' Seulement si les gens ne sont pas capables de lui faire face, il peut sans doute broyer.»

Sur le tournage, le cinéaste l'appelait «mon beau guerrier», une formule qui allait droit au c?ur de l'acteur. Bonello fait partie de ceux qui ont gagné sa confiance, et qui en furent payés au centuple en retour. Ceux-là parlent de lui comme d'une personnalité adorable, infiniment riche, bouleversante, et surtout comme d'un grand artiste.

Elevé dans le faste et les excès, dans l'ombre d'un père plus grand que nature dont il a longtemps déploré l'absence, Guillaume Depardieu se débat pour exister. Rebelle à toute forme d'autorité, il se fait exclure du lycée à répétition, dérive vers la délinquance. Vols, alcool, consommation et trafic de drogue, prostitution, rien n'est trop noir pour sa révolte.

La prison arrive vite, dès 17 ans, et il y passera de longs mois de sa vie. Trois ans plus tard, le cinéma lui ouvre une porte. Il fait ses débuts aux côtés de son père, sur le plateau de Tous les matins du monde d'Alain Corneau, et poursuit pendant quelques années une carrière inégale, tirée vers le haut par son rôle dans Pola X de Léos Carax, en 1999, et par ses collaborations avec le réalisateur Pierre Salvadori.

Dans la première, Cible émouvante, en 1993, il donne la réplique à Marie Trintignant, dont le destin tragique fait aujourd'hui étrangement écho au sien. La deuxième, Les Apprentis, lui vaut le César du meilleur espoir masculin.

Isabelle REGNIER
© Le Monde 2008

Publicité