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Une Triennale de l?art qui enchante votre regard

3 décembre 2005, 20:00

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Novembre et décembre 2005 se révèlent des mois d?une rare intensité artistique. Nous avons eu successivement l?exposition collective de Roger Charoux, de Fabien Cango, de Georgina Rey et de Jean Marie Chelin au Centre de conférences de Grand-Baie. Au Vieux Moulin de Pérey-bère, Georges Rakatomana apportait une touche malgache à une semaine artistique, faisant de Grand-Baie la capitale des Beaux Arts de Maurice.

La semaine suivante, Rose-Hill reprend le dessus, en conviant nos esthètes à la galerie Max-Boullé où les photographes Steeve P. Dubois, Sylvio Pierre et Parianen Sandiven leur prouvent qu?ils peuvent surpasser nos meilleurs peintres en donnant des vibrations intéressantes à la reproduction de leurs photographies. Alix le Juge, à la Maison de l?Alliance française, nous ravissait par des assemblages d?espaces colorés de toute beauté et des personnages humains aux effets picturaux saisissants.

La semaine qui vient sera marquée par la seconde édition de la Triennale d?art contemporain et par l?exposition d?une soixantaine d?aquarelles inédites de Sophie Ladame au Centre culturel d?expression française, rue Chasteau-neuf, Curepipe. En attendant l?exposition d?Odile Desjardins, en solo, aux Aubineaux, Forest-Side.

M. Thivy Naiken, directeur de la National Art Gallery du ministère des Arts et de la Culture, est le principal organisateur de cette deuxième édition de la Triennale d?art contemporain. Celle-ci se déroule simultanément à l?Institut de Maurice, au Centre culturel Charles-Baudelaire et à la galerie Max-Boullé à Rose-Hill. Il est question d?une exposition d?artistes sud-africains à la galerie Malcolm de Chazal, Curepipe, mais, à vendredi matin, ils n?étaient toujours pas arrivés. Leurs ?uvres non plus.

La Triennale s?ouvre par l?exposition des ?uvres très intéressantes de deux artistes seychellois. Les volets en bois des cases créoles obsèdent Georges André Camille. Il les prend volontiers pour supports ou comme motif principal. Il les illustre de silhouettes typiquement seychelloises et donc très maritimes ou insulaires, qu?il esquisse avec du fil de cuivre. Il couvre le tout parfois d?une étrange couche de cire molle qui ajoute encore à l?aura décorative de ses ?uvres. Il a de la chance.

Une impression d?éternité et de sérénité

L?État, les esthètes, les hôtels s?arrachent ses ?uvres aux Seychelles. Chetty Lucie joue aussi dans la catégorie des grands panneaux décoratifs mais que meublent, cette fois, des tissus diversement pliés, enroulés, colorés dans d?harmonieuses tonalités. Mi-peinture, mi-fresque murale et textile, ses ?uvres ravissent en raison de leur potentiel décoratif.

L?Inde attend le visiteur à l?étage. De grandes toiles impressionnantes, chacune traitée de manière très différente par rapport aux autres. Les toiles exposées offrent un échantillon intéressant de quelques-uns des courants artistiques de la Grande Péninsule. Rajinder Kumar Saini nous offre une belle rêverie sous un saule pleureur d?une grande délicatesse.

Le Vanansi de Nirmal Kumar Kapoor nous transporte dans une Venise baignée par un fleuve sacré indien. Les minarets sont typiques de l?Inde, mais l?arbre effeuillé nous ramène plus volontiers en Europe. Anu Jindal laisse tomber une sorte de chevelure torsadée.

Les deux femmes de Jagadish Dey sont aussi émouvantes et longilignes que les modèles d?Amadeo Modigliani, vus par ses yeux attendris. Udaipur de Lalit Sharma est un labyrinthe architectural aux reliefs saisissants. Ensorcelante est la musique jouée par le joueur de flûte de K. Muralidharan.

Les peintures de format réduit de Krishnan Ahuja sont particulièrement gestuelles et alanguies. Ses formes humaines dégagent une impression d?éternité et de sérénité. Vijaya Bagai abuse peut-être de la technique du parquet entrecroisé. Son émeraude jette certes quelques feux mais pas assez peut-être pour illuminer une aussi grande surface. Les Lumières de la ville d?Usha Biswas sont à la Triennale ce que l?émotion cinématographique, la tendresse du regard, sont dans l??uvre de Charlie Chaplin. On détache difficilement son regard de ces bandes colorées, coulant comme des rivières de pierres précieuses. Mukesh Sharma donne un effet « portulan » à ses dessins colorés à l?ancienne. Surinder Chopra donne dans le tir à l?arc avec flèche, pomme, c?ur. En cas d?échec, il devient « pas Tell ».

S?oppose à la retenue artistique indienne, l?explosion de couleurs, les unes plus vives et plus dégoulinantes que les autres de l?artiste israélienne Pamela Diane Silver. Elle plaira aux amateurs de peintures d?école maternelle.

Le sentiment est tout autre au Centre culturel Charles Baudelaire. Après l?Arroseur arrosé, le peintre réunionnais Alain Noël nous joue le coup du peintre peint. Des photos géantes suspendues au milieu de la salle nous expliquent sa technique. Une bonne âme lui peint généreusement le dos avec des couleurs plutôt primaires. Il se venge comme il peut en prenant appui sur des feuilles de papier vierge, laissant d?étranges empreintes digitales, tirant sur le gris-vert et sur un violet, beau comme du pourpre. Cela donne d?étranges taches colorées, énigmatiques à souhait.

Des formes colorées à la Miro, allant du point d?exclamation à la note musicale, en passant par le maillon faible de la chaîne, le soleil nippon, encadrent et illuminent ces taches. Il est regrettable que d?affreuses bandes fluorescentes, aux couleurs les unes plus criardes que les autres, écrasent cette peinture feu d?artifice, pleine de grâce et de retenue.

La galerie Max-Boullé accueille quel-ques artistes mauriciens que les lecteurs de l?express connaissent déjà. Ils sont principalement Bibi Sultana Haukim, Alix le Juge, Philippe Steeve Dubois, Vick Kumar Shibdoyal, Neermala Luckeenarain, Nirveda Alleck, Runveer Sharma Rawoo et l?artiste rodriguais James Castel.

Le Centre culturel d?expression française, de la rue Chasteauneuf, Curepipe, accueille et expose jusqu?à vendredi, une soixantaine d?aquarelles inédites de Sophie Ladame. Les Éditions Didier Millet de Paris et de Singapour la sollicitent pour illustrer l?album consacré à l?île Maurice de leur collection intitulée « Aquarelles », en français, et « Sketchbooks », en anglais.

Grâce à cette heureuse complicité, l?île Maurice bénéficie d?une prestigieuse promotion touristique, au même titre que des destinations aussi courues que Londres, Paris, Venise, Bali, Singapour.

Sophie Ladame vient à Maurice à trois reprises en 2003-2004, une première fois pour des repérages, un deuxième et plus long séjour pour sillonner l?île, faire les croquis et esquisses de tout ce qu?elle y voit et apprécie et une troisième fois, en novembre 2004, pour la présentation officielle d?« Aquarelles Maurice » et une exposition, au Blue Penny Museum, d?une sélection de ses aquarelles.

Un coup de pinceau talentueux

La présente exposition au CCEF, à la rue Chasteauneuf, Curepipe, permet au public d?admirer les ?uvres non exposées l?an dernier et d?apprécier le coup de pinceau talentueux de Sophie Ladame. Avec une rare habilité, elle parvient sans peine à esquisser sur son papier à dessin cette île Maurice à la fois si simple et si complexe, si accueillante et si mystérieuse, si harmonieusement métissée mais si complexe et si diverse. Sophie Ladame s?attarde moins devant nos bâtiments historiques, faisant notre fierté nationale car témoignant avantageusement d?un patrimoine historique d?une rare richesse.

Avec beaucoup de jeunesse et une sensibilité toute féminine, elle prend davantage plaisir à contempler les scè-nes de rue, des visages féminins, nos champs de cannes traversés par une route vicinale, les allées de nos jardins botaniques bordées de palmiers géants, nos cases créoles à la devanture vitrée, nos marchands de quatre-saisons, le débarcadère de Trou-d?Eau-Douce, etc.

Les Beaux-Arts sont partout présents au Port-Louis, à Rose-Hill, à Curepipe. Souhaitons-leur un public assez talentueux et connaisseur pour les apprécier à leur juste valeur.

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