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Une transition économique à Rs 150 milliards
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Une transition économique à Rs 150 milliards
C?est le branle-bas de combat. Maurice peaufine sa nouvelle stratégie de négociation et les nouvelles propositions qu?elle compte faire à l?Union européenne (UE) et d?autres institutions internationales de financement. Rama Sithanen, le ministre des Finances, est chargé de mener les discussions avec notamment le commissaire européen au développement, Louis Michel, à Bruxelles cette semaine.
Le Premier ministre, Navin Ramgoo-lam prendra ensuite le relais pour défendre notre économie auprès des dirigeants majeurs de l?Europe. Dont le président français, Jacques Chirac, qu?il rencontre lors de sa visite officielle en France à partir du 28 mars. Les objectifs sont désormais connus et quantifiés. Il faut trouver près de Rs 150 milliards, l?équivalent de 4 milliards d?euros, pour financer la transition économique du pays pendant la période 2006-2016.
Mais Maurice n?a pas cet argent. Le gouvernement ne peut pas non plus emprunter en suivant les filières classiques pour financer la transition. Il est déjà surendetté. Actuellement, près d?un quart des dépen-ses de l?État va au service de la dette. Dans ces conditions, emprunter aux conditions et taux normaux serait tout simplement suicidaire pour les finances de l?État.
Rama Sithanen, dans une récente déclaration au Financial Times explique que « nous étudions les possibilités d?avoir recours à des concessional finance pour affronter les années à venir ». Les pistes envisageables commencent à être connues. Il s?agit d?abord de savoir qui va financer un montant aussi colossal sur une période aussi longue. Banque mondiale (BM), Banque africaine de développement (Bad), UE ou même la France, une liste de bailleurs de fonds potentiels pour le plan de financement de la transition a déjà été établie.
Maurice compte demander un soutien spécial de la France dont les dirigeants affirment souvent qu?ils sont les meilleurs alliés et défenseurs de la cause mauricienne en Europe. Il est l?heure qu?ils nous le démontrent. Navin Ramgoolam compte en effet soulever la possibilité d?un plan de financement décennal par la France à travers les mécanismes de coopération bilatérale.
C?est une aide « spéciale et exceptionnelle » de 500 millions d?euros (Rs 18,5 milliards) que Ramgoolam essaiera de négocier auprès de Jacques Chirac.
Grignoter des aides là où elle le peut
Cette aide pourrait prendre diverses formes : dons, prêts sans intérêt ou à des taux bonifiés, plans de coopération économiques visant à assurer des transferts de technologies ou des aides techniques dans les domaines des infrastructures publiques, des facilités portuaires et aéroportuaires, de la canne ou du textile. Ou encore la formation de Mauriciens en France.
Même si la France accepte d?aider Maurice à hauteur de 500 millions d?euros, il restera quand même quelques 3,5 milliards, à trouver par d?autres moyens. Pour y arriver, Maurice veut d?abord grignoter les aides là où elle le peut encore.
Sur ce terrain, le montant des mesures d?accompagnement dont Maurice va bénéficier à la suite de la baisse de 36 % du prix garanti de notre sucre demeure l?objet d?âpres luttes. La diplomatie mauricienne maintient que le pays doit bénéficier de plus de 15 % du montant des aides que la Commission européenne versera aux pays Afrique Caraïbes et Pacifiques.
Mais encore une fois, avec un scénario relativement favorable, sur la période 2007-2013, Maurice devrait bénéficier de Rs 20 milliards. Or, la seule restructuration du secteur sucre nécessitera des investissements de près de Rs 25 milliards sur cette période.
De quoi amener le gouvernement à rechercher d?autres formes d?aides avec l?UE. Une fois encore les regards sont tournés vers le 10e Fonds européen de développement (Fed) dont les fonds commenceront à être débloqués en 2008. Maurice veut voir créer une nouvelle catégorie d?aide inédite sous le Fed : l?aide au budget. Profitant d?une augmentation des dotations du Fed, Maurice proposera aussi que ses dotations (qui étaient de Rs 1,8 milliards sous le 9e fed) connaissent une hausse substantielle.
Mais à côté de ces voies conventionnelles, Maurice réclamera également de l?UE des aides plus directes, sous formes de dons et prêts à taux bonifiés. Ce sont les mêmes avantages que Maurice cherchent à négocier auprès de la Bad et de la BM.
La partie est toutefois loin d?être gagnée. Dans sa dernière Public Information Notice de janvier sur Maurice, le Fonds monétaire international (FMI) note que la « fiscal position » du pays pourrait se détériorer dans les années à venir, en déplorant le niveau élevé de l?endettement de Maurice. Le FMI trace également la voie à suivre : celle de réformes en profondeur de certaines politiques et institutions gouvernementales.
C?est bien connu. Quand le FMI dresse un tableau sombre ou pour le moins pessimiste de la situation budgétaire et économique d?un pays, les bailleurs de fonds rechignent à se montrer trop généreux en aides et prêts divers. On ne prête pas à un partenaire qui risque la banqueroute.
Ce qui fait désormais dire au gouvernement que le prochain budget mais ses prochaines actions devraient tous constituer de véritables gages du sérieux et de l?engagement du pays à redresser sa situation financière. Sinon, il va falloir oublier les 4 milliards d?euros pour se rabattre sur les montants d?aides plus modestes.
Taire les querelles de paroisse
Mais il n?y a pas que le gouvernement qui devra fournir un effort pour montrer la meilleure vitrine du pays. L?industrie sucrière doit accélérer le processus de centralisation en essayant de taire les querelles de paroisses qui l?agitent encore de manière sporadique. Tandis que les entrepreneurs du textile locaux doivent, en s?associant ou pas avec des étrangers, monter en gamme et proposer des produits plus recherchés à leurs clients étrangers.
Dans ce secteur, d?autres obstacles guettent, dont le délai d?acheminement jugé trop long. Beaucoup de groupes textiles estimant, par exemple, qu?Air Mauritius propose des tarifs de fret trop prohibitifs et des possibilités d?acheminement de marchandises insuffisantes.
Le travail à abattre et les défis à relever sont aussi colossaux que la somme nécessaire pour assurer la transition. Encore une fois, c?est seulement le travail assidu, l?austérité et des stratégies économiques et industrielles bien pensées qui sortiront le pays du marasme.
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