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Une tête bien faite pour son âge

2 février 2007, 20:00

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par Marie-Annick SAVRIPÈNE

En sus d?être grande et d?avoir une silhouette de rêve, Laëtitia Tonta a le visage finement ciselé. à tel point qu?il n?a pas besoin de maquillage pour le valoriser. La jeune fille en porte d?ailleurs peu au quotidien. Juste un soupçon d?ombre à paupières, un tracé de khôl et une légère couche de mascara pour souligner l?éclat de ses yeux et un baume transparent pour hydrater ses lèvres.

Le jour de l?entretien, elle a enfilé un t-shirt vert à impression de geisha sur un denim bleu, le tout relevé par le rouge vif des boules d?un long collier. Ses cheveux sont relevés en chignon, qui est lui maintenu en place par des baguettes japonaises. Des vêtements et accessoires qui, sur quelqu?une d?autre, auraient paru banals mais qui sur elle, prennent une allure chic et décontractée.

Cette enfant unique d?un père exerçant une profession libérale et d?une mère travaillant dans le tourisme, est à l?aise devant un téléobjectif car elle a commencé tôt. C?est en effet à l?âge de sept ans qu?elle fait ses premiers pas en tant que mannequin en herbe pour le compte d?un magazine belge. Le cadre pour ces clichés vantant des vêtements d?enfants est le jardin de Pamplemousses.

Passionnée de philo et de littérature

Ce n?est que sept ans plus tard que cette étudiante du Lycée des Mascareignes, passionnée de philosophie et de littérature ? Ovide comme auteur classique et Ananda Devi comme auteur mauricien contemporain ? teste sa photogénie en participant au concours réunionnais de relookage appelé «Look St Karl», qui était également ouvert aux Mauriciennes. À l?époque, ses cheveux lui descendent jusqu?aux reins.

Elle est la première à être surprise de recevoir un appel de la Réunion l?informant qu?elle est la gagnante mauricienne du concours. La voilà rendue à l?île soeur pour des séances photos, précédées d?une séance de relooking, dont le résultat n?est pas à son goût. «On m?a d?abord coupé les cheveux au-dessous des oreilles avant de les teindre blond platine. J?étais méconnaissable. Un mois après, je me suis reteinte en châtain pour retrouver ma couleur naturelle.»

Laëtitia est ensuite contactée par une agence pour des séances photos, des tournages de pubs et même des défilés de mode. De ces trois genres, elle aime moins le défilé de mode. «On marche en présentant un vêtement et c?est tout. Je trouve cela un peu réducteur. Cela dit, je ne refuse pas des propositions de défilés sérieux.»

Laëtitia décide de ralentir la cadence en prévision des examens du baccalauréat qu?elle prépare. Elle passe une soirée dans un bar en compagnie de son petit ami, Pascal, et d?autres amis lorsqu?elle est approchée par Azize Goburdhun, coiffeur-visagiste et nul autre que l?organisateur du concours «Face of the Month-Face of the Year.» Celui-ci lui demande de participer au concours car il lui trouve un potentiel certain. Elle avoue ne pas l?avoir pris au sérieux ce jour-là. «Lorsque nous avons découvert les visages des participantes du concours dans l?express, mon copain a insisté pour que je participe». Elle se rend donc au salon d?Azize à Port-Louis pour une première prise de contact.

La première séance photos est «moyenne» de son point de vue car elle a «perdu la pratique». Mais Azize et son personnel sont si gentils qu?ils finissent par la mettre à l?aise. De toutes celles qui se sont présentées chez Azize au mois de juin, Laëtitia est désignée «Face of the Month». Au fil des sessions de travail, elle se lie d?amitié avec d?autres candidates. Le soir de la finale, samedi dernier, elle est un peu tendue, surtout au moment des questions-réponses. Mais elle s?en sort bien malgré le trac car elle est appelée à s?exprimer sur un sujet qui la passionne : la santé et le bien-être .

Elle n?en croit pas ses oreilles lorsqu?elle entend prononcer son nom, d?autant plus que les noms de bon nombre de candidates se terminent par un A. «C?est lorsque j?ai vu mes proches quitter leur siège et sauter de joie que j?ai réalisé que c?était moi la gagnante.»

Sensible au sort des femmes battues

Si cela lui fait «très plaisir » d?avoir remporté le titre «Face of the Year 2006» et qu?elle entend respecter les obligations liées à ce concours, sa priorité demeure la réussite de son baccalauréat. «Je ne suis pas une acharnée du travail mais je veux réussir mon bac pour pouvoir aller faire des études supérieures.»

La jeune fille veut se spécialiser en psychologie et en sophrologie ? méthode consistant à dominer la douleur physique et psychique par des techniques de relaxation ? «pour pouvoir aider les autres». «Je suis peut-être enfant unique mais j?ai été tellement entourée d?attentions et j?ai reçu tant d?amour que je considère que c?est à mon tour d?en donner aux autres». Sa rencontre avec Ingrid Espitalier-Noël, psychologue qui pratique aussi le yoga, la confirme dans son choix d?études supérieures.

Étrangement, ce n?est pas en France que Laëtitia veut se rendre pour ses études tertiaires. Elle n?aime pas les solutions de facilité. «Je veux aller étudier dans un pays anglophone et faire d?une pierre deux coups : parfaire mon anglais et me spécialiser dans le domaine que j?aime.» Selon toutes probabilités, elle se rendra à Perth en Australie où elle a de nombreux amis.

La jeune fille se tient informée de tout ce qui se passe autour d?elle par les journaux et les informations télévisées. «Savoir ce qui se passe ici et dans le monde est une priorité. Tout comme connaître ses droits l?est aussi car autrement, on se fait exploiter.» Tout en se gardant d?en faire une généralité, elle a le sentiment que les jeunes passent trop de temps devant leur ordinateur et ne s?intéressent pas assez à ce qui se passe dans le monde. «Il faut s?ouvrir aux autres, voir ce qui se fait ailleurs, se tenir informé. C?est vital de nos jours.»

Laëtitia est particulièrement sensible au sort des femmes battues. Dans le cadre d?un projet scolaire mais dont le sujet était libre, elle a choisi de s?intéresser à la violence domestique. Ce qui l?a amenée à visiter le Centre S.O.S Femmes, à s?entretenir avec Ambal Jeanne, la directrice et à écouter le vécu douloureux des femmes victimes. «J?en ai été bouleversée», avoue-t-elle. Elle trouve le travail des animatrices du Centre fort louable et ne comprend pas comment une institution de ce type a failli fermer ses portes. «Je ne comprends pas pourquoi le gouvernement n?aide pas financièrement ce Centre qui a toute sa raison d?être. Les femmes victimes de violence conjugale et leurs enfants ont besoin d?un refuge et d?un endroit où se changer les idées et s?épanouir. Il faudrait au contraire davantage de facilités d?hébergement de ce type pour les femmes victimes.»

Une fois ses études terminées, Laëtitia se voit rentrer au pays. Pour aider les femmes en détresse mais aussi toutes les personnes qui en ont besoin. à sa beauté naturelle, on peut ajouter un c?ur tendre. Belle combinaison?

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