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Une styliste friande de détails

15 septembre 2003, 20:00

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Mélissa Momplé, jeune styliste mauricienne, spécialisée en lingerie fine, adore fignoler les détails des modèles qu?elle réalise. Elle a récemment décroché un contrat avec la firme suédoise Hoplun, fabricant entre autres de la marque 68.

?C?est une opportunité en or que j?attends depuis la fin de mes études?, déclare-t-elle. La jeune femme qui a fêté ses 28 ans cette année, respire la mode avec ses cheveux taillés à la garçonne, son pantalon papillon blanc, sa blouse blanche à fleurs et ses sandales fleuries à hauts talons. Elle a pris l?avion dans la soirée de mercredi à destination de HongKong.

Là-bas, le département FOB de Hoplun l?attend. Cette entreprise fabrique plusieurs marques de lingerie, dont le fameux 68 destiné aux adolescents, O Lingerie , No Roméo, de même que des maillots de bain. Chacune des stylistes affectées au même département qu?elle, aura un groupe de clients à sa charge. ?Tout se jouera entre mes clients et moi. J?exécuterai les designs selon leurs demandes et ensemble, nous choisirons les tissus.?

Ce contrat, Mélissa en rêve depuis toujours. Enfant, elle voit ses grands-tantes et sa mère, Jacqueline, coudre. Elle veut faire de même et, en grandissant, elle commence à créer ses vêtements et décide qu?elle sera styliste.

A l?issue de son baccalauréat au Lycée Labourdonnais, elle effectue un stage rémunéré chez Une Histoire d?Amour où elle a l?occasion de se familiariser avec toutes les étapes de la production. Placée dans le bureau de style, elle travaille sous la direction de Radha Ramen, un des directeurs de la boîte.

Après trois ans et demie, elle quitte Une Histoire d?Amour mais continue à travailler en free-lance pour cette entreprise pendant quatre mois. En parallèle, elle fait de la couture à domicile pour des particuliers. La cadence est infernale, mais la jeune femme veut se perfectionner à tout prix.?Je me réveillais le matin à 6 heures et demie et je me mettais au travail. Ma pause était d?une heure pour le déjeuner. Après quoi, je recommençais à coudre jusqu?à ce que je tombe de sommeil. C?est payant quand on s?y investit à fond comme je l?ai fait.?

Consciente de l?amour de sa fille pour le stylisme, Jacqueline Momplé finance ses études supérieures à Paris. Mélissa est acceptée dans une école privée opérant depuis 12 ans dans la capitale française, à savoir l?Atelier Chardon-Savard. Sa tante, Josie, lui fournit son argent de poche. Mélissa quitte Maurice fin 1999.

Au cours de sa première année d?études, elle s?applique tellement qu?elle est première de sa classe. Elle entame sa deuxième année en étudiant en parallèle à la Chambre syndicale de la haute couture parisienne. ?C?était très dur de cumuler les deux, mais je suis heureuse de l?avoir fait car cela m?a permis de maîtriser le patron comme je le voulais.?

Après avoir obtenu son diplôme de styliste Mélissa veut prolonger son séjour dans la capitale parisienne. Cela afin d?acquérir un maximum d?expérience. Elle n?arrête pas de déposer des dossiers dans des maisons de couture et s?entend invariablement répéter qu?on va la rappeler mais le téléphone reste muet.

Pour pouvoir subsister, Mélissa travaille comme vendeuse chez Gap et à l?accueil dans un pressing à l?avenue Foch. Face au manque de débouchés, la jeune femme décide de regagner Maurice en mai 2003, après avoir déposé des dossiers et une collection de lingerie fine dans des maisons de lingerie. ?Dans mes cours, les professeurs me disaient que mes vêtements ressemblaient à de la lingerie. Et c?est vrai car j?aime les détails. Les stylistes ont tendance à trop errer. Je voulais me limiter à une seule activité et j?ai opté pour la lingerie sophistiquée.?

Peu avant son retour, une entreprise de lingerie suédoise connue internationalement, la Hoplun, la convoque pour un entretien. Elle s?y rend sans grandes convictions. ?Je suis rentrée chez moi à quatre pattes, en me disant que c?était fichu.? Mais on la convoque pour un deuxième entretien. A sa stupéfaction, il s?agit d?un entretien groupé, avec huit autres stylistes.

Au cours du troisième entretien, elle réalise que l?entretien groupé avait pour but de voir si les stylistes convoquées pouvaient travailler en groupe en terre étrangère, à savoir à HongKong. Le quatrième entretien est prévu en situation réelle au siège hongkongais mais la pneumonie atypique vient retarder le projet. Entre-temps, Mélissa revient au pays.

A son retour, elle renoue avec Une Histoire d?Amour. Yogen Ramen, un des directeurs de l?entreprise, lui confie la création de deux collections de prêt-à-porter l?an pour une nouvelle boutique. Ils tombent d?accord sur du casual wear et Mélissa dessine huit thèmes, soit huit chemises et huit pantalons pour hommes dont la marque est M2Men. Les matières choisies par la jeune femme sont le lin, le coton, la popeline, la gabardine, déclinées dans des coloris jeunes.

Quand l?embargo est levé sur les pays touchés par la pneumonie atypique, Hoplun l?invite à passer dix jours à HongKong au début de juillet. ?J?ai adoré le séjour. J?ai dû dessiner cinq lignes à être déclinées en dix propositions chacune. Les possibilités qu?ils offrent sont extraordinaires. J?ai pu choisir les tissus dans leur immense tissu-thèque, visiter tous les départements, y compris celui des accessoires. Je serai affectée à la section Europe et je serai sous la responsabilité d?un manager. ?

Avant même de s?être mise au travail, Mélissa s?est fixé comme objectif de monter vite dans cette entreprise. ?Ils emploient énormément de jeunes stylistes et leur offrent beaucoup de possibilités. Je veux gravir les échelons. Je serai en poste au deuxième étage mais mon but est de me retrouver au 8e, là où se fabrique la marque 68, le best-seller de Hoplun et où se trouvent les dieux.?

Si Mélissa voit grand, elle garde les pieds sur terre. ?J?ai certes fait des études de stylisme mais je ne sais pas encore de quoi je suis capable.? Elle a un an pour le prouver?

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