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Une sensibilité à fleur de peau
«Les gens ne me connaissent pas.» Cette phrase prononcée hier par Rama Valayden (photo) est dite sur un ton presque triste. Ce qu?il veut dire - car il élabore après - c?est que «l?on croit que je suis le ministre le plus brigand mais vous savez très bien que contrairement aux autres, je ne réponds jamais aux provocations au Parlement, je n?insulte jamais personne». Serait-ce là la clé de toute cette affaire de démission ? La sensibilité de Rama Valayden ?
Rama Valayden a raison. C?est vrai qu?en public, il se comporte comme un gentleman. Il est profondément religieux, est végétarien et ne touche pas à une goutte d?alcool. Il n?a pas de permis de conduire non plus. Avant d?être ministre, il se déplaçait dans un taxi blanc. C?est aussi le seul membre du gouvernement - outre le Premier ministre - à avoir refusé une nouvelle voiture alors que la flotte a été renouvelée hier. Qui refuse d?allumer la climatisation dans son bureau, préférant ouvrir les fenêtres, quitte à transpirer abondamment?
Pourquoi donc pense-t-il que les gens le croient «brigand» ? Sans doute parce que Paul Bérenger, ancien ami et actuel rival, l?a qualifié de «voyou de bas étage». Que le MMM a fait campagne contre lui depuis maintenant bientôt huit ans. A tel point qu?excédé, «blessé», Valayden préfère offrir sa démission à son «frère», Navin Ramgoolam. Le mettant ainsi au pied du mur, au défi de dire à l?opinion publique - de même qu?aux autres membres du gouvernement - que lui, au moins, le «connaît».
Car Ramgoolam le connaît effectivement. Ils s?entendent généralement bien même si le sensible Valayden est souvent blessé par la dureté de Ramgoolam, connu d?ailleurs pour ne pas être tendre envers ses ministres. Sensible, Rama Valayden ? Extrêmement. Un brin sensationnaliste ? Définitivement. Populiste ? Mille fois oui. Vrai ? Aussi.
Mais Rama Valayden a les défauts de ses qualités. Sa lutte pour les causes perdues est ce qui fait sa force mais aussi et surtout ce qui fait sa faiblesse. Défendre les drogués, demander la dépénalisation du gandia, c?est bien à Stanley. Mais quand on est ministre, de surcroît Attorney General, il n?est pas bien vu d?avoir des fréquentations douteuses ; les drogués votent mais ne sont pas nécessairement bien vus.
Rama Valayden a aussi milité pour la dépénalisation de la sodomie (il n?a pas changé d?avis mais est moins vocal sur la question), une tactique gagnante car il a réussi à faire introduire au Parlement l?ébauche du Sexual Offences Bill qui est actuellement en train d?être examiné par un Select Committee. Mais avoir la réputation de Rama Valayden, c?est donner l?occasion à ses adversaires de le nuire. Selon ses propres dires, il peut faire face à ces attaques, mais il a besoin du soutien de Ramgoolam. L?a-t-il ? La réponse à la lettre le dira.
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