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Une question d?égalité

16 octobre 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Trois jeunes femmes en détresse ont été découvertes dans un état d?inconscience par une équipe commando lors d?un raid mené samedi à Sadally Road, Vacoas. Elles se trouvaient dans un local qui servait de clinique rudimentaire et venaient de se faire avorter. Bien qu?elles soient encore marquées par la souffrance physique et psychique qu?elles ont subie au cours de l?avortement, ces trois femmes doivent se préparer à être traînées devant la justice. Le plus révoltant, c?est que la loi qu?elles ont transgressée frappe surtout les pauvres.

Chaque année, des milliers de Mauriciennes risquent la prison ? et leur vie ? en ayant recours à l'avortement clandestin. N?ayant pas les moyens d?accéder aux combines coûteuses qui procurent des avortements moins périlleux, ces personnes de condition modeste ont payé Rs 3 600 pour interrompre une grossesse non planifiée. Elles sont maintenant prises dans une spirale infernale. D?une part, elles auront des démêlés avec la justice, de l?autre elles ne sont pas à l?abri des problèmes de santé qui guettent toutes celles qui ont subi l?avortement des pauvres.

La loi mauricienne sanctionnant l'avortement est archaïque. Elle date du siècle dernier. Aujourd?hui, elle est devenue une farce. Non pas parce qu?elle ne respecte pas les droits humains fondamentaux, mais parce qu?elle est ouvertement bafouée. Selon la Mauritius Family Planning Association, plus de 20 000 avortements sont pratiqués chaque année chez nous. Moins d?une dizaine de cas font l?objet d?une enquête policière.

Le climat social et politique a changé et les conditions sont aujourd'hui réunies pour que cette loi désuète soit abrogée afin que celles qui le souhaitent puissent se faire avorter dans un hôpital. Ceux qui seraient assez cyniques pour faire intervenir dans ce débat les coûts d?une telle mesure pour l?Etat admettront que les soins actuellement dispensés aux victimes d?avortements clandestins sont très lourds à supporter pour les hôpitaux.

La lutte en faveur de la dépénalisation de l?avortement n?est pas un combat féminin, ni féministe. Il s?agit tout simplement d?une revendication pour plus de justice sociale. Dans une société d?égalité de droits, il faut contrer toutes les discriminations qui peuvent exister. Or, il y a là une inégalité grave.

Les discours aux accents religieux ne sont pas pertinents au débat. Car, les défenseurs du libre choix (?pro-choice?) ne contestent nullement les préceptes religieux concernant la contraception, l?avortement ou l?éthique sexuelle. Tout ce qu?ils souhaitent c?est de réguler une question de santé publique. Les mauvaises conditions d'hygiène et l?absence de suivi médical sont à l'origine d'une mortalité élevée chez celles qui, par faute de moyens, sont forcées de se faire avorter dans l?ombre.

Certes, la position des décideurs publics sera influencée par le conservatisme de lobbies puissants et les résistances culturelles mais certains politiciens ont le courage de leurs convictions. Quelques jours après sa nomination comme ministre des Droits de la femme, Indira Seebun disait oui à l?avortement : ?Je suis en faveur de l?avortement dans des cas spécifiques : les grossesses en cas de viol, d?inceste, de danger pour la santé de la mère... Malgré mon attachement aux valeurs religieuses et au respect de la vie, je pense qu?il faut avoir le courage de rester objectif par rapport aux réalités des femmes.?

La ministre de la Femme a raison de ne pas en faire une question de dogme. Elle reste en phase avec son temps.

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