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Une pionnière en bijoux fantaisie
À l?étage de la maison qui lui sert d?atelier à Grand-Baie, Véronique de Guardia virevolte, allant d?une pièce à l?autre, donnant un conseil par ci, ajustant une perle par là, répondant tantôt à son téléphone portable, tantôt à son téléphone fixe dont les sonneries retentissent parfois en même temps. Sa table de travail est jonchée de perles faites de différentes matières et aux multiples couleurs. Véronique de Guardia aime cette vie à 100 à l?heure qu?elle sait entrecouper de périodes méditatives.
Cette Vacoassienne, née Baissac, ne se destinait pas à diriger une petite entreprise de bijoux de fantaisie. Même si elle considère que celle-ci est un prolongement de ses études supérieures en histoire et géographie à l?Université d?Angers en France. «Je voulais me spécialiser en sciences humaines car l?Homme m?intéresse, en particulier la culture tribale et les traditions».
Ses études terminées, elle rentre à Maurice et après un bref passage dans le département de relations publiques d?un hôtel, on lui propose un emploi en tant que responsable d?un service de développement touristique à la mairie de St Denis. Poste qu?elle accepte et occupe pendant deux ans. C?est au cours de vacances à Maurice qu?elle rencontre pour la première fois Cyril de Guardia qui s?éprend d?elle et demande sa main une semaine après leur rencontre. Comme l?homme la fascine, ils se marient une année après. Ils ont trois enfants, deux filles, une de 18 ans, l?autre de quatre ans et un fils de 14 ans.
Lorsque son aînée a trois ans, Véronique de Guardia qui ne peut rester en place, veut s?occuper. Elle reprend ses pinceaux et peint des tableaux selon son style naïf-impressionniste qu?elle vend ensuite à des amies. Elle va d?ailleurs s?y remettre bientôt et de la vente de ses tableaux aider des associations caritatives. Réfléchissant à son avenir, elle se dit qu?elle veut être son propre patron car chez elle, la liberté est un principe sacro-saint. Elle pense à un créneau qui lui permettrait de voyager et décide d?ouvrir une boutique d?art africain aux arcades des Tamaris.
C?était il y a une quinzaine d?années. Pour démarrer cette activité, elle se met à sillonner le Kenya en compagnie d?une amie et trouve des rabatteurs dans d?autres pays africains. Elle ramène dans ses malles des peintures, des objets décoratifs et des sculptures que les touristes s?arrachent. Véronique de Guardia ne se serait sans doute pas lancée dans une autre ligne ? la fabrication et la vente de colliers réalisés à partir de perles faites sur mesure et montées à la main si elle n?avait raté de se faire tuer au Kenya.
Je dédie ce trophée à mes employées. Je veux leur montrer la dimension internationale de leur travail.»
Depuis cet incident, c?est vers l?Inde qu?elle se tourne et entre dans la fabrication de bijoux de fantaisie. Elle pousse plus loin son exploration asiatique et se rend en Chine à une époque où personne n?y va encore. C?est ainsi qu?elle démarre sa petite entreprise dont l?atelier se trouve aujourd?hui en face de Business Parks. Elle transfère sa boutique aux arcades des Tamaris à un local à Super U qu?elle nomme Presents.
Ses débuts sont difficiles. «Le business a mis cinq ans avant de démarrer vraiment». Mais comme elle est dotée d?un «optimisme indécrottable» et d?un «sens artistique à toute épreuve», elle a lutté et tenu bon. Depuis, Presents a aussi un kiosque au Caudan Waterfront et un autre ouvert récemment au Grand-Baie Plaza. Ces points de vente sont surtout pour la clientèle mauricienne et le style de colliers que Véronique de Guardia y commercialise est le fashion-plage avec de la nacre, des pépites de coquillage, du coco, des résines.
Elle a aussi une présence dans les hôtels à commencer par La Résidence «qui sait respecter la créatrice que je suis», au Royal Palm, à l?hôtel Oberoi et dans deux hôtels du groupe Naiade. Là, les collections tombent sous la catégorie haut de gamme avec l?inclusion de pierres précieuses et semi-précieuses. Le style qu?elle place à l?hôtel Véranda est la fantaisie fun-mode. À l?aéroport où elle dispose d?un comptoir, elle commercialise des colliers exotiques avec une touche de pierres précieuses.
V. de Guardia ne fait pas que des bijoux fantaisie mais aussi des sacs de plage et des tongs à valeur ajoutée. Les Mauriciennes, très conservatrices de nature, ont fini par apprécier et acheter ses colliers. «Depuis cinq-six ans, le business marche plutôt bien, même si un business n?est jamais stable».
Ses colliers préférés doivent absolument avoir de la turquoise, les pierres vertes comme la preynite, l?agathe verte. Elle a fait une «très belle collection» pour la maison-mère du Club Méditerranée à Paris et ses autres produits ont été envoyés en Floride, au Mexique, en France et en Martinique. Elle n?a pas toujours la partie facile. Ces derniers temps, elle s?approvisionne pour ses matières premières en Europe et aux Etats-Unis «qui ont des critères de qualité et qui respectent des normes de santé internationales, c?est-à-dire qu?ils sont sans nickel, métal qui est cancérigène».
En sus de s?inspirer des tendances vues au cours de défilés, de ses déplacements outre-mer et de chartes de couleur qu?elle consulte, Véronique de Guardia se fait aider pour la conception de ses colliers par sa nièce, Julie de Rosnay, qui est diplômée d?une grande école parisienne de stylisme. «Mais il ne faut pas croire qu?on est arrivé. C?est une permanente remise en question. On est là pour apprendre, pour aller toujours plus haut».
Elle a reçu son prix Etoile Internationale à la Qualité le 21 avril dernier dans les salons de l?hôtel Concorde Lafayette à Paris. Ce trophée, elle le dédie à sa trentaine d?employées.
«Plusieurs d?entre elles vivent des choses difficiles dans leurs milieux respectifs. Je leur dédie ce trophée car je veux leur montrer la dimension internationale de leur travail».
Véronique de Guardia projette de faire construire son atelier sur un terrain qu?elle a acquis sur le Chemin Vingt-Pieds à Grand- Baie. L?atelier en question sera assez spécial car en sus d?abriter sa production, il aura un coin musée où des pierres précieuses anciennes seront exposées mais aussi et surtout un coin détente pour ses employées qui auront aussi la possibilité d?être suivies hebdomadairement par un psychothérapeute. «S?il est vrai que V. de Guardia Création satisfait mon besoin de créer, de m?amuser, ma priorité est de donner un travail et d?améliorer la situation de mes employées». Une femme d?affaires certes, mais qui a aussi du c?ur?
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