Publicité
Une partition à quatre mains
La complicité entre Basdeo, maître d?école à la retraite, qui dit avoir ?64 ans plus? et Chandrajotee, 50 ans, Community Health Care Officer au dispensaire de La Caverne, est palpable. Elle s?explique par 31 ans de vie commune et deux enfants: Suresh, 30 ans, détenteur d?un Masters in Nutrition and Food Science qui vit en Grande-Bretagne et Neelkamal, 26 ans, ancienne institutrice d?informatique, qui étudie au Mauritius Institute of Education en vue d?obtenir son diplôme d?enseignante.
Lorsque Basdeo épouse Chandrajotee, originaire de Surinam, le couple s?installe à Vacoas, ville natale de Basdeo. Ce dernier est affecté dans plusieurs écoles primaires. Bien qu?enseignant toutes les matières, il est fou de littérature anglaise, comme française, et connaît ses classiques presque sur le bout des doigts. Il épluche les journaux au quotidien et reste pantois devant certains faits divers qui ébranlent les fondements de la société.
De son côté, Chandrajotee est une passionnée de théâtre. Alors qu?elle était adolescente, elle était de toutes les pièces scolaires et, à l?âge adulte, sa cousine, sa s?ur et elle jouent régulièrement dans des pièces de théâtre en hindi et en bhojpuri qui sont présentées au Festival national d?Art dramatique.
Lorsque Basdeo se retire, il veut meubler le temps libre dont il dispose. D?autant plus que Chandrajotee est encore dans la vie active. Le sexagénaire retrouve avec grand plaisir ses classiques et se rend régulièrement à la bibliothèque municipale pour lire les magazines étrangers. Mais cela ne lui suffit pas. Il décide de prendre sa plume et d?écrire une pièce de théâtre, encouragé en ce sens par Chandrajotee.
En 2005, il écrit Petite et moyenne entreprise, pièce en kreol dont la morale est qu?il faut avoir de la patience lorsqu?on veut réussir une petite entreprise. Le couple décide de monter la pièce et Chandrajotee se charge non seulement de la mise en scène mais aussi de la confection des costumes. Petite et moyenne entreprise, pièce, reçoit le Micro-Credit Award.
C?est le coup de pouce qu?il faut à Basdeo et à Chandrajotee pour récidiver. Basdeo, inspiré par sa femme qui est très consciente de la mauvaise nutrition des Mauriciens âgés qu?elle côtoie au dispensaire, écrit Mei Bhaa qui veut dire belle-mère. La morale de la pièce est qu?une belle-mère doit toujours bien traiter sa belle-fille. Car dans ses vieux jours, il est possible qu?elle soit obligée de dépendre de l?épouse de son fils. Basdeo en profite pour faire ressortir dans la pièce l?importance d?une alimentation équilibrée en particulier pour les personnes âgées. Cette pièce est présentée au Festival national d?Art dramatique et rediffusée à la télévision par la suite.
?Le meilleur acteur est le professeur... Il doit jouer comme un comédien et utiliser quelque chose d?original pour se faire comprendre.?
En 2006, c?est avec la pièce Bhoot Lagal Ba signifiant être possédé par le diable que Basdeo et Chandrajotee font mouche et obtiennent non seulement le prix de la meilleure pièce, celui du meilleur auteur et le prix de la meilleure mise en scène. La source d?inspiration de Basdeo cette fois, est la lecture de tous les articles de presse relatant comment les Mauriciens se font escroquer par les longanistes.
Chandrajotee est aux anges. Basdeo, plus modéré dans le succès, explique que ce qui l?a aidé, c?est le fait que les fonctionnaires du ministère des Arts et de la Culture se déplacent pour voir la pièce en primeur et conseillent les comédiens et le metteur en scène sur leur jeu et la mise en scène générale.
Cette année, Basdeo décide de reprendre sa plume et proposer une nouvelle pièce en bhojpuri au Festival national d?Art dramatique. Ce qui lui facilite les choses, ce sont deux faits divers particuliers. Le premier est celui d?un habitant de Sud qui commet un matricide et réussit tout de même à ruser pour percevoir la pension de sa défunte mère. Il se passe plusieurs mois avant que le pot aux roses ne soit découvert. Bien que le sujet soit dramatique, Basdeo et sa moitié ne peuvent s?empêcher de se demander comment le fils indigne a procédé pour recueillir la pension de sa mère. ?Nous nous sommes demandé s?il avait coupé le doigt de la vieille dame et s?il l?avait conservé au réfrigérateur pour ne le ressortir que pour aller toucher la pension?.
L?autre drame est une dame assassinée par un proche qui en voulait aussi à sa pension. Basdeo laisse parler son c?ur sur la page blanche et cela donne Pension Ke Paisa, qui veut dire l?argent de la pension. Les comédiens qui présentent la pièce au Festival national d?Art dramatique sont Soorya Jotee-Thondojee, la s?ur de Chandrajotee, Indira Dhoolub, Soobhawtee Bundhun et Chandrajotee elle-même. Dans la pièce, Chandrajotee se fait assassiner par les trois autres femmes qui lui coupent le doigt, le congèlent et le dégèlent pour aller met pous et obtenir la pension qui aurait dû revenir en réalité à la défunte. Basdeo a pimenté la pièce avec des pointes d?humour. ?L?histoire est déjà noire. Donc, il faut l?alléger.?
Le jury est séduit tant par l?écriture de Basdeo que par le jeu et la mise en scène de Chandrajotee. Si bien qu?avec Pension Ke Paisa, Basdeo décroche le prix de meilleur auteur et celui de la meilleure pièce de théâtre. Chandrajotee ceux de la meilleure actrice et de la meilleure mise en scène.
Basdeo explique la contribution de l?enseignement dans leur réussite. ?Le meilleur acteur qui soit est l?instituteur, l?enseignant ou le professeur devant sa classe ou son cours. Pour que les élèves comprennent mieux son enseignement, il doit jouer comme un comédien et utiliser quelque chose d?original pour se faire comprendre. L?enseignement m?a définitivement aidé.?
Il n?a pas pris ombrage du fait que la pièce qu?il a écrite en kreol sur l?école buissonnière, n?ait pas été retenue par le jury. Si Basdeo n?a aucune difficulté à écrire, le plus dur, dit-il, est de construire le caractère de ses personnages. ?Ce n?est pas toujours facile d?entrer dans la peau des personnages pour leur donner de la consistance.?
Basdeo est très fier de la réussite de sa femme. Il n?a pas encore trouvé le fil conducteur pour sa prochaine pièce. Mais il ne s?inquiète pas outre mesure. Il fait confiance aux incidents de la vie et surtout à sa muse, appelée Chandrajotee?
Publicité
Publicité
Les plus récents