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Une libéralisation encore virtuelle
Les opérateurs privés sont impatients d?entrer dans le jeu. Quatre mois avant la fin de l?année, la libéralisation des télécommunications ne s?est pas encore concrétisée. Pourtant, par écrit, Mauritius Telecom (MT) n?est plus détenteur du monopole depuis le 1er janvier 2003.
Parmi les opérateurs coincés dans les starting-blocks, figurent ceux qui veulent offrir l?accès à l?international à partir du téléphone fixe, les fournisseurs d?accès à l?Internet et la téléphonie par Internet.
Une nouvelle réunion s?est tenue hier entre le régulateur du secteur, l?Information & Communication Technologies Authority (ICTA) et l?ACT, association des opérateurs privés. Il s?agit de faire le point sur les nombreux obstacles à la libéralisation des télécommunications, les frais de licences et les tarifs d?interconnexion?
Une nouvelle réunion où seront communiquées les éventuelles décisions de l?ICTA aura lieu, a-t-on assuré aux responsables d?ACT. « Pour nous, il est clair qu?il n?y aura peut-être pas de libéralisation avant 2004 mais qu?on nous le dise », commente ces opérateurs en attente. Selon eux, ce nouveau renvoi est la preuve de l?absence de volonté de libéraliser entièrement les télécommunications avant 2004.
« Nous sommes très encolère. Nous avons investi en équipements, personnel et consultants sur la promesse de la libéralisation annoncée. Nous sommes toujours en position d?attente », ajoute GaneshRamalingum, vice-président de l?ACT.
manque à gagner pour MT
En effet, dès 1997, Maurice s?est engagée auprès de l?Organisation mondiale du commerce (OMC) à libéraliser entièrement son secteur des télécommunications à partir de janvier 2004. Certains observateurs avaient même fait remarquer que d?ici la date fixée, le pays risque de rater le train des Technologies de l?information et de la communication (Tic), secteur alors en plein boom.
Aussi, lors du salon Infotech en octobre 2002, le Premier ministre, Sir Anerood Jugnauth, avait annoncé que la libéralisation allait être avancée d?un an. Le secteur privé avait chaudement accueilli la démarche.
La libéralisation tant attendue était donc derrière la porte. Pour le gouvernement, cette libéralisation avant l?heure s?inscrit dans la stratégie de l?État d?attirer des opérateurs de classe internationale et des multinationales engagées dans le domaine des Tic. Le géant indien des télécommunications, Infosys, a d?ailleurs mordu à l?hameçon.
Mais avec cette annonce de libéralisation prématurée, MT, détenteur du monopole au niveau de la téléphonie terrestre, est prise au dépourvu. Et France Télécom encore plus. Elle avait aligné Rs 7 milliards en novembre 2000 pour acquérir 40 % des parts de MT, dont l?un des attraits était sa situation de monopole, du moins jusqu?à 2004.
Pour les deux opérateurs, la remise en cause de ce plus commercial implique un manque à gagner. Fort heureusement, le Premier ministre a engagé l?Etat à compenser MT. Lors du voyage officiel du Premier ministre en France cette année, cette compensation est même au menu des discussions. Pour dire l?importance du sujet !
MT, de son côté, engage le cabinet britannique de consultants, Deloitte & Touch, pour l?évaluation du mon-tant de la compensation qui lui est due. L?exercice est toujours en cours.
« Si de nouveaux opérateurs étaient entrés en action dès le début de cette année, nous serions en train de parler en termes de milliards de roupies de compensation de l?Etat. Cela notamment parce que notre business plan tenait compte de l?échéance de 2004 et non pas 2003. Nous allions donc perdre beaucoup d?argent cette année », souligne un haut cadre de MT.
Mais, étant donné que neuf mois après l?annonce, aucun opérateur n?est entré en jeu, le montant de la compensation éventuelle « se réduit à quelques centaines de millions », fait-on ressortir chez MT. Si aucun nouvel opérateur n?entre sur le marché avant 2004, la question de compensation ne devrait pas se poser.
Ainsi, les opérateurs en attente se demandent si le retard dans l?octroi des licences n?est pas délibéré, compte tenu des implications financières. Le montant de la facture ferait-il tiquer le gou- vernement, se demandent-ils.
Les spécialistes s?accordent effectivement à dire qu?aucun opérateur ne devrait entrer en course avant début 2004.
Même si ces licences étaient octroyées dans le courant de ce mois, les opérateurs doivent néanmoins négocier les termes du contrat d?interconnexion avec MT.
licence cher payée
Une fois une demande faite, l?opérateur national a un délai de deux mois pour répondre. Si les termes ne satisfont pas les futurs opérateurs, ils peuvent faire appel à l?ICTA qui a encore deux mois pour trancher.
L?aspect pratique du démarrage, notamment l?achat d?équipements, le recrutement du personnel et le marketing, doit également être pris en compte. Ajoutons à cela, un nouvel élément venu perturber les opérateurs privés en lice : la licence pour la téléphonie internationale, est passée de Rs 500 000 à Rs 5 millions, il y a quelques semaines. Qui plus est, elle est renouvelable chaque année. Cela au coût de Rs 5 millions.
Une décision que la dizaine d?opérateurs qui convoitent cette licence ont du mal à digérer. « Nous devons revoir tous nos calculs, parce que les projets que nous avions soumis se basaient sur une licence à Rs 500 000 », explique un investisseur potentiel.
De plus, les tarifs d?interconnexion se font toujours attendre. Après plusieurs mois de calculs, l?ICTA était parvenue à déterminer les tarifs d?interconnexion que les opérateurs devraient payer à MT pour utiliser son réseau. Tarifs rejetés en bloc et par MT et par les opérateurs privés. Trop élevés, s?insurgent les aspirants aux licences. « Sans un tarif d?interconnexion favorable aux opérateurs privés, aucun d?entre eux ne voudra entrer dans le jeu », souligne Ganesh Ramalingum.
Pour MT, ces tarifs ne sont pas assez chers. L?opérateur national avait évoqué des centaines de millions de manque à gagner, notamment en termes d?access deficit.
Malgré tout, les tarifs d?interconnexion devaient entrer en vigueur le 1er août. Or, quelques jours avant cette date, l?entrée en application de ces tarifs est subitement reportée. Ils sont pourtant cruciaux pour permettre une libéralisation harmonieuse du secteur.
Pour justifier ce renvoi, l?ICTA déclare qu?elle ne veut pas commettre d?erreurs. «Avec de mauvais tarifs, la libéralisation n?aura pas lieu. Compte tenu de certains éléments, notamment au niveau technique, légal et autre, nous avons pris la décision de les recalculer. Comme ces tarifs seront inclus dans les conditions pour recevoir une licence, nous ne pouvons aller de l?avant avec l?octroi. Cela ne devrait pas être le cas avant le mois prochain », affirme Ashok Radhakissoon, président de l?ICTA.
Malgré cette version officielle, le renvoi apporte de l?eau au moulin de ceux qui spéculent que la libéralisation n?aura pas lieu. Pas cette année du moins, commentent-ils.
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