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Une insoutenable misère?
«Mo ena trois ti zenfants qui viv avec moi. Ene un an et demi et lot trois ans et quatre ans et sa depi qui zot maman et papa finn séparé. Mo obligé servi mo pension chaque mois pou nou capav viv», raconte Lydie Coulon, 75 ans. Cette habitante de Saint-Hilaire, qui devrait normalement vivre une retraite paisible bien que modeste après des années de dur labeur, doit, aujourd?hui encore, surmonter des obstacles considérables pour subvenir aux besoins de ces trois enfants. Elle vit dans une bicoque de deux pièces en tôle, parmi la douzaine d?autres qui ont été bâties par de pauvres gens à Saint- Hilaire.
Visiblement épuisée et comme écrasée sous le poids de la misère, Lydie ne cache pas son indignation lorsqu?elle parle de certains animateurs sociaux qui viennent dans le village et leur promettent des lendemains meilleurs.
«Vini, vinn expliqué depi ki lané nou finn faire démarche pour gagn aide avec Trust Fund pou nou monte nou lacaz», demande la septuagénaire à un de ses petits-fils, qui écoute attentivement les explications de sa grand-mère, qui parle aussi de ses difficultés pour se rendre à ses rendez-vous à l?hôpital de Rose-Belle ? elle y a va pour soigner ses fréquentes douleurs aux genoux.
Elle se rappelle encore du jour où un des animateurs du Trust Fund for the Integration of Vulnerable Groups (TFIVG) était venu lui rendre visite pour un constat : «Ti dire qui pou donn tole ek dibois pou capave monte la case». La promesse a été tenue à moitié. Lydie n?a reçu que quelques feuilles de tôle et quelques rondins pour construire sa maison : «zot nek promet, après pas trouve zot», dit-elle, avant de faire le récit des humiliations, de son sentiment de révolte, de son découragement, de sa déception, les caractéristiques de la vie des gens pauvres.
Daisy, 70 ans, habite non loin de Lydie. Comme sa voisine elle doit prêter l?oreille chaque jour au bulletin émis par la météo avant d?aller se reposer. Elle vit dans une maison de deux chambres qui ont souffert du mauvais temps après le passage du cyclone Gervaise en 1975.
Contrairement à Lydie qui raconte qu?elle puise sa force dans le spirituel pour sa lutte quotidienne pour la survie, Daisy ne croit pas trop au Père Noël. «Mo fini commence habitué aster», lâche-t-elle, résignée, même si elle garde l?infime espoir que l?intervention de volontaires comme Yves et Serge Paul, (des habitants la localité), auprès des autorités concernées, pourraient encore apporter un rayon de soleil dans sa vie.
Yves et Serge Paul habitent Saint- Hilaire depuis trente ans. Ils sont deux tous engagés dans le social dans cette région et essayent depuis d?approfondir leur réflexion et d?exploiter toutes les possibilités pour rallumer la flamme de l?espoir dans ce quartier, surtout chez les plus défavorisés.
Ces deux hommes n?y vont pas de main morte lorsqu?ils font un bilan du chômage de ces trente dernières années. «La pauvreté frappe toujours car il n?y a pas de volonté politique pour venir en aide à certaines familles et pour diminuer le taux élevé du chômage qui commence à prendre des proportions alarmantes. Il existe trop de parti-pris lorsqu?il s?agit de trouver des solutions sur une base collective. Le choix se fait de par la couleur politique et cette attitude croyez-moi est suivie à la lettre par tous les partis politiques indistinctement», soutient Yves. Pour étayer ses dires, il fait allusion au job fair de l?Empowerment Programme organisé en février à l?école d?Etat France Boyer de la Giroday à Plaine-Magnien en collaboration avec l?Association des Hôteliers et des Restaurateurs de l?île Maurice (AHRIM).
Environ 3 000 personnes ont fait le déplacement ce jour-là dans l?espoir d?être sélectionnés parmi les 150 demandeurs d?emploi qui devaient être formés dans des hôtels du Sud.
«Outre la mobilisation pour ce rendez-vous ce jour-là, nous avons fait venir quelques semaines à l?avance des animateurs de l?Empowerment Programme (EP) pour expliquer les procédures à suivre pour obtenir un emploi. Les chômeurs avaient mis beaucoup d?espoir sur cet exercice mais ils ont été très déçus de la manière dont s?est déroulée cette journée car c?était sans compter avec la complicité des politiciens qui ont promis à certains demandeurs d?emploi qu?ils allaient avoir le coup de pouce nécessaire pour être sélectionnés», déplore Yves, qui laisse percevoir une certaine lassitude.
L?autre reproche d?Yves et de son frère Serge aux autorités, c?est le manque de suivi des projets qu?ils lancent pour les jeunes comme cela a été le cas pour ceux qui avaient suivi des cours dispensés par l?Industrial Vocational Training Board (IVTB) de la région il y a quelques années.
Parmi les stagiaires se trouvait Kevin, le fils d?Yves : «ziska zordi li pas finn gagn so certificat : comment ou explique sa»? s?interroge-t-il. En dépit de toutes les difficultés rencontrées, les deux volontaires ne baissent pas pour autant les bras. Ils bénéficient souvent du soutien de différentes Organisations non-gouvernementales (ONG) qui y viennent régulièrement pour des projets d?alphabétisation et des sessions de formation.
Les deux frères suggèrent au responsable du TFIVG et aux politiciens d?être plus présents sur le terrain pour connaître les besoins réels des habitants : «pas vine zist la veille élections générales».
TRUST FUND
<B>oblèmes de personnel</B>
Mario Legrand, président du Trust Fund for the Integration of Vulnerable Groups (TFIVG), explique qu?il éprouve des difficultés pour travailler avec un personnel qui n?est pas aussi stable qu?il le souhaiterait. D?où l?absence de «fields workers» et de «social facilitators» sur le terrain dans certaines régions de l?île. Selon lui, avec le recrutement de nouveaux éléments dans ce domaine, le suivi va se faire de manière régulière.
Le président fait toutefois ressortir qu?il n?est pas toujours évident de régler des problèmes dans certaines régions. «Il nous arrive parfois de tomber sur des familles qui ont des problèmes d?héritage et qui doivent d?être tranchés par voie judiciaire».
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