Publicité

Une hausse salariale de 40 % réclamée dans le tourisme

29 juillet 2003, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Un sourire, dit-on, n?a pas de prix. Mais dans l?industrie du tourisme, il vaut son pesant d?or. Les salariés dans ce secteur estiment que leur sourire et la qualité de l?accueil qu?il traduit valent bien une augmentation salariale de 40 %. Les employeurs y opposent un taux de 2 à 5 % après avoir rejeté l?idée une première fois. Le National Remuneration Board (NRB) arbitre.

Les consultations autour de la révision du Remuneration Order pour la Catering Industry ont atteint leur phase finale. Les auditions publiques des syndicats d?employés et de l?Association des hôteliers et restaurateurs de l?île Maurice (AHRIM) ont pris fin.

Le NRB entame à présent une évaluation de la situation sur le terrain. Les officiers de cet organisme devront pour cela visiter un échantillon représentatif d?établissements et interroger les salariés ainsi que leurs employeurs sur leur lieu de travail. Une fois l?exercice terminé, le NRB pourrait convoquer de nouvelles auditions ou alors s?attaquer à la rédaction des recommandations.

L?industrie du tourisme emploie environ 29 000 personnes. A mars de l?année dernière, les grands établissements (10 employés ou plus) employaient à eux seuls plus de 21 000 personnes. Les salaires représentent 20 % des frais d?opérations des hôteliers et 11 % chez les restaurateurs. Les salaires des hauts cadres constitueraient entre 2 et 3 % de cette enveloppe.

Le Hotel and Restaurants Employees? Union (HREU) dresse une liste de pas moins de 25 demandes d?améliorations des conditions de travail. La plus importante réclamation est bien entenduela hausse salariale de 40 % pour toutes les catégories de salariés.

Le NRB fixe le seuil minimal des salaires et conditions d?emploi. La loi n?autorise aucun employeur à pratiquer un régime inférieur à ce que préconise cet organisme. De fait, le NRB ne peut qu?augmenter le minimum salarial. Les salaires actuels devront être ajustés par la suite. La majorité des employeurs paie déjà plus que le minimum recommandé. Mais une analyse plus rapprochée démontre souvent que le surplus payé au salarié n?est que très dérisoire.

Perception de prospérité

La réclamation est très mal reçue dans le camp des employeurs. L?AHRIM a rejeté la proposition en bloc. Elle évoque les difficultés conjoncturelles que connaît l?industrie. Elle fait aussi remarquer qu?en 1997, soit à peine cinq ans plus tôt, le NRB avait accordé une hausse salariale de 38 %.

Chiffres à l?appui, l?association fait valoir que l?industrie souffre d?une perception de prospérité. En réalité, ses coûts vont en grimpant, sa croissance ralentit, la compétition se fait dure et elle est tenue de maintenir un haut niveau de services.

De surcroît, poursuit l?AHRIM, l?industrie souffre de compétition déloyale de la part des opérateurs informels. Une étude commandée par l?association démontre que les ventes des hôtels ont chuté de 5 % l?année dernière alors que celle de l?hébergement informel a augmenté de 10 %.

La liste dressée par les employeurs pour justifier un statu quo est longue. L?industrie est ?surtaxée?, disent-ils. Elle paie l?eau et l?électricité plus cher que les autres secteurs économiques. Et à la panoplie de frais pour les droits d?auteurs, la télévision, l?assainissement et les administrations régionales est venue s?ajouter la contribution au fonds de bien-être pour les employés. Ce fonds vient d?entrer en opération.

Pour couronner le tout, les hôteliers sont tenus d?investir massivement pour rénover régulièrement les infrastructures. Ceci est incontournable eu égard à la politique nationale de pratiquer un tourisme haut de gamme.

?Le tourisme est pour l?heure le seul secteur productif qui peut encore soutenir l?économie nationale. Il crée de l?emploi et a une contribution non négligeable au produit intérieur brut. Il faudra encadrer et soutenir cette industrie et non l?asphyxier en augmentant ses charges?, peut-on lire dans le mémoire de l?AHRIM. Mais l?intransigeance a cédé au compromis et l?AHRIM est venue proposer une fourchette de 2 à 5 %. Ce barème est jugé insuffisant par les syndicats d?employés.

L?autre point de contentieux relève du nombre d?heures de travail. Les salariés doivent à présent fournir 48 heures de travail avant de pouvoir espérer toucher des heures supplémentaires. Leur syndicat réclame l?introduction de la semaine de 40 heures, en vigueur dans la plupart des autres secteurs productifs. Le patronat en rejette l?idée, faisant valoir le caractère essentiel du service offert. Tout indique que les autorités pourraient opter pour un compromis, à savoir 45 heures. Cela requiert une décision politique.

Le HREU souhaiterait également voir comptabiliser les heures supplémentaires sur une base quotidienne. Actuellement, ils doivent attendre trois mois. Le patronat réplique que le tourisme est une activité saisonnière et, par conséquent, la formule actuelle est la mieux appropriée.

En fait, l?association patronale résiste à la plupart des réclamations syndicales. Celles-ci sont essentiellement des demandes d?allocations pour la maternité, la paternité, le remboursement de congés de maladies et le remboursement de frais médicaux, entre autres.

L?AHRIM consent tout de même à quelques compromis. Une allocation de Rs 3 000 plutôt que Rs 5 000, comme réclamée, sera versée en cas de décès. L?allocation de maternité sera de Rs 1 000 plutôt que Rs 3 000. Elle accorde un mois de congés payés après quinze ans d?ancienneté plutôt que deux mois après dix ans. La fonction de l?employé serait spécifiée sur sa fiche de paie comme demandé. Cependant, les jobs profiles ne seront pas revus pour créer de nouvelles catégories d?employés?

Tout est maintenant entre les mains du NRB. D?un point de vue stratégique, les salariés ont intérêt à ce que cet organisme ne fasse pas ses recommandations maintenant. La morosité est réelle et son impact visible, privilégiant ainsi la position du patronat. Mais les salariés sont impatients de voir une amélioration de leurs conditions de travail. Le NRB devrait donner son verdict d?ici la fin de l?année.

Publicité