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Une grève générale est-elle envisageable ?

31 juillet 2004, 20:00

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<B>Oui

Tulsiraj Benydin président de la Federation of Civil Service Unions</B>

<B>Pourquoi cette menace de grève ? </B>

Dans le cadre de la mise en place de la Mauritius Revenue Authority (MRA), notre employeur, le gouvernement, veut changer nos conditions de travail. Nous ne sommes pas contre ce projet, mais contre l?article 28 du MRA Bill qui stipule que les 2 000 employés des cinq Revenue Departments (RD) qui seront absorbés par la MRA, ne seront pas transférés automatiquement dans cette institution. C?est une rupture de contrat.

<B>Qui sont ces fonctionnaires qui seront affectés par ce changement ? </B>

Ceux de la douane, de l?Income Tax, du Large Tax Payer Department, de la Value Added Tax et du Registrar General.

<B>De quoi avez-vous peur ? </B>

Partout où il y a eu des changements de statut, il y a eu un document cadre, et de nouvelles conditions de service ont été négociées. Dans notre cas, c?est le flou total. Nous craignons que, sous pression de la Banque mondiale, et du Fonds monétaire international, le dégraissage de la fonction publique commence par les Revenue Departments.

<B>Quel est le taux de syndicalisation de la fonction publique ? </B>

Tous les fonctionnaires sont syndiqués, saufs les policiers, les gardiens de prison et les pompiers qui n?en ont pas droit. Le taux de syndicalisation de la fonction publique est au-dessus de 90 %.

<B>Quel est l?état de la mobilisation des fonctionnaires par rapport à la menace de grève ? </B>

Très encourageant. D?autant que lors de notre dernière réunion de mobilisation lundi au Rabitat Hall à Port-Louis, nous avons noté la présence de nombreuses femmes. La menace sur la sécurité de l?emploi dans ces cinq RD sera un élément catalyseur qui ralliera les autres fonctionnaires à notre cause.

<B>Pensez-vous que votre mot d?ordre de grève sera suivi ? </B>

C?est l?enjeu qui détermine la mobilisation des gens. D?ailleurs, nous réunissons demain lundi au Rabita Hall des milliers de fonctionnaires. Dimoun bouze kan zot pie diri menase ! Plus l?enjeu est vital, plus le mouvement a des chances de réussir !

<B>Non

Yousouf Sooklall

président de la Free Democratic Unions Federation</B>

<B>Comment évaluez-vous la menace de grève ? </B>

En l?absence de toutes les données, il m?est impossible de savoir si elle est justifiée ou pas. Mais une telle menace ne doit pas être qu?un slogan creux. J?estime qu?elle n?intervient qu?après que tous les recours ont été épuisés. Devant un interlocuteur qui ne croit pas au dialogue, on débouche inévitablement vers une confrontation.

<B>Croyez-vous que cette grève soit réalisable ? </B>

Il se passe beaucoup de choses entre l?annonce d?une grève générale et son aboutissement. Le pays ne peut pas se payer un tel luxe. Tous ceux concernés par une telle éventualité doivent tout mettre en ?uvre pour l?éviter, à commencer par le gouvernement. Les parties en présence ont l?obligation morale de discuter. Le gouvernement doit prendre cette menace au sérieux.

<B>Le gouvernement ne va-t-il pas laisser pourrir la situation, eu égard au manque de soutien des salariés de la part de leurs syndicats ? </B>

Ce serait une erreur de sa part. Personne ne doit surestimer ou sous-estimer la force de frappe de l?autre. Il y a un mécontentement général dans le pays. Chaque salarié est conscient de la baisse de son pouvoir d?achat et en tient le gouvernement pour responsable. Dans ce contexte, le gouvernement a intérêt à communiquer avec la population, privilégier un dialogue constant avec les employés concernés et jouer cartes sur table. Un enjeu sectoriel peut facilement devenir un enjeu national.

<B>Quelles sont les conditions pour qu?une grève réussisse ? </B>

L?ensemble des salariés concernés doit être, par conviction, partie prenante de cette action syndicale. Pour cela, il faut que les travailleurs puissent voter démocratiquement pour la grève.

<B>Mais les syndicats mobilisent difficilement leurs membres?</B>

Tout dépend de l?enjeu. Quand il y a menace des droits acquis ou de la sécurité d?emploi, les salariés vont plus facilement se joindre au mouvement de revendication. Nous avons déjà vu cela.

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