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Une gouvernance propre

27 avril 2005, 00:00

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Le bout du tunnel est en vue. L?autoroute qui ralliera Plaine-Magnien à Bel-Air en traversant une des régions les plus pittoresques du pays sera finalement construite selon les plans initiaux. L?aboutissement de ce projet survient après l?une des plus fortes contestations jamais menées au nom de l?écologie. Un climat est désormais créé où les décideurs publics vont devoir prêter davantage d?attention à l?environnement en élaborant leurs projets.

La prise de conscience de la société civile sur l?importance de la protection de l?environnement est récente. Alors que la construction de l?autoroute du sud-est avait été évoquée dès 1992, préconisée de manière formelle dans le ?National Physical Development Plan? de 1994, entérinée par une ?Technical Feasibility Study? en 1996, ce n?est que depuis l?année dernière que la question a commencé à préoccuper les environnementalistes. Ils ont néanmoins été écoutés.

Il est vrai que les bailleurs de fonds du projet, la Banque africaine de développement et les experts du ?New World Forestry Services Consultancy? ont donné leur feu vert. Mais, ces derniers recommandent l?application d?un plan coûteux d?atténuation de l?impact sur l?environnement. La démonstration est ainsi faite que l?engagement des écolos n?a pas été vain.

Il y a un enseignement majeur à tirer de cette affaire. Partisans du progrès économique et environnementalistes mènent le même combat : celui d?un développement durable. Si leurs rapports ont été le plus souvent conflictuels jusqu?ici, ils seront plus coopératifs à l?avenir.

La sensibilité écologiste n?est pas forcément opposée à l?approche qui privilégie les conditions de vie matérielles. Les deux logiques sont en fait conciliables. Seulement, les écolos doivent éviter de s?acharner contre la machine économique et, les gouvernants doivent, pour leur part, intégrer le facteur environnemental dans leurs programmes. Chacun doit se refuser à adopter des postures extrémistes.

Dans le cas de la vallée de Ferney, nous avons vu de jeunes passionnés de la nature qui ont remis en cause le projet, contestant dans la foulée les projections des économistes, les calculs des ingénieurs et les analyses des urbanistes. On peut comprendre leur désir de sauver quelques espèces végétales ? appartenant à l?obscure famille des Pandanus ou celle des Eugenia ? et l?habitat naturel de la crécerelle ou du merle cuisinier. Mais, il convient de nuancer ses positions en fonction de la gravité des problèmes. Les projets de développement ne peuvent se plier aux seules contraintes de l?écologie, même quand celles-ci gênent les avancées sur le plan humain.

De même, les dirigeants politiques doivent accepter que l?écologisme corresponde à une demande sociale tout autant importante que les critères de l?efficacité et de la croissance. Une gouvernance propre implique qu?il faut gérer la biosphère avec prudence et circonspection. Par exemple, les récentes décisions d?imposer l?essence sans plomb et d?interdire l?extraction du sable dans les lagons vont dans le bon sens.

Pour autant, cette saga de l?autoroute du sud-est a peu d?intérêt pour la plupart des citoyens directement concernés. Ce qui les intéresse, c?est que le trajet Plaine-Magnien-Bel Air se rétrécit. Les bénéfices économiques de cette nouvelle route devront être immédiats en termes de création d?empois dans l?hôtellerie. Il se pose alors la question de savoir si l?enrichissement de ces citoyens est une juste contrepartie à l?appauvrissement de la diversité de notre biosphère.

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