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Une exposition de photos pas assez passéiste

16 mars 2008, 00:00

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Le salon du maire de l?hôtel de ville de Port-Louis, en cette journée du jeudi 13 mars 2008. Deux rangées de panneaux, exposant de belles photographies, occupent le milieu de la salle, se rejoignent à une encablure du portrait de Gaë-Gaïe, et obligent le visiteur à un premier tour de salle à l?intérieur de cet ovale de panneaux successifs pour ensuite effectuer le circuit externe des mêmes panneaux.

La foule présente s?agglutine devant la dizaine des premiers panneaux réservés aux photos à caractère passéiste sinon historique. Arrivent les premières photos couleurs et là, curieusement, la contemplation devient plus fluide. L?allure des visiteurs s?accélère.

C?est à peine s?ils daignent jeter ne serait-ce qu?un regard à la centaine de photos contemporaines sinon futuristes, illustrant les différentes facettes de l?île Maurice de 2008 et même celle de demain, présente avec une vue d?artiste de ce que seront, demain, le complexe bétonné et bitumé de Tian-Li, ou encore le pont cauchemardesque devant enjamber notre rade de Port-Louis, pour faciliter le déplacement des poids lourds et autres camions à conteneur de la Mer Rouge aux Salines, chères à Léoville L?Homme.

Curieuse cette attitude hostile au modernisme et même à la modernité de la part des visiteurs de l?exposition du ministère de l?Information au salon mairal de Port-Louis. Il est vrai que l?étalage de photos couleurs contemporaines, illustrant les différentes facettes de notre vie socioéconomique, n?a rien de folichon.

Attirance et désintéressement

Les visiteurs ont tout de suite l?impression de se retrouver devant leur téléviseur, regardant le JT de notre NBC nationale où, sous prétexte de propos chantant forcément les louanges d?un quelconque ministre sinon du chef du gouvernement, les complaisantes caméras de la rue Pasteur, Forest Side, déversent un flot d?images de tel ou tel secteur visant à nous convaincre que nous avons de la chance de vivre dans le meilleur des mondes même si certains y sont plus égaux que d?autres et si Big Brother n?est jamais bien loin.

Mais pourquoi donc cette attirance, peut-être même maladive, devant le dépôt de locomotives et de wagons à Plaine-Lauzun, ou encore devant ces autobus de 25-30 places stationnant radiateurs face à la place de l?Artillerie et faisant la navette entre « en ville » (Port-Louis) et « la campagne » (les Plaines-Wilhems) ? Et pourquoi surtout ce désintéressement pour les mille et une autres photos de notre île Maurice de 2008, celle du changement parfois même pour le pire ?

La masse a ses raisons que le pouvoir ne parvient pas toujours à comprendre. L?essentiel est de toute façon ailleurs. Les services informatifs de l?Hôtel du gouver-nement apportent ainsi leur pierre précieuse à la célébration de nos 40 ans d?Indépendance. Une quelconque grosse légume a solennellement coupé le ruban inaugural de cette expo. Les porte-parole ont encensé le régime en place, le meilleur depuis le 11 juin 1982, car aux réalisations sans précédent.

Ils n?ont pas manqué de s?en prendre aux esprits chagrins et aux autres éternels mécontents, presse indépendante comprise, que l?on sait à la solde de l?opposition. Les responsables de l?expo sont félicités. Les invités ont ingurgité les gadjacs et les boissons préparés à leur intention. Tout est en place pour la répétition, l?an prochain, du même exercice, comme cela se fait rituellement depuis le 12 mars 1968.

Le passéisme a souvent mauvaise presse. Cela peut être vrai dans certains domaines, comme l?économie et les technologies nouvelles. En matière de préservation du patrimoine, il peut même se métamorphoser en vertu, du moins aux yeux de ceux et celles qui savent que notre île Maurice de 2008 et a fortiori celle de demain ne tombent pas par parachute du ciel, mais qu?elles sont le fruit du labeur de ceux et celles qui nous ont précédés et qui ont posé les fondations pour que nous puissions poursuivre leur ?uvre et léguer une île Maurice plus belle, mais surtout moins oublieuse aux générations à venir.

La fontaine aux palabres

Faisons à présent le tour des différents panneaux pour relever au passage les photos retenant davantage l?attention des visiteurs. Place donc au Dr Maurice Curé créant son Parti travailliste, en février 1936, au Champ de Mars et à Advance du 20 janvier 1945, narrant la mésaventure survenue à M. Lebrasse, irrité par un rappel à l?ordre, s?emparant du fusil de l?arpenteur-juré Antoine Ahtuame, sur les terres de Victoria S.E. (la petite), Trou-d?Eau-Douce, fracassant cette arme à feu contre un rocher et récoltant deux balles dans les jambes.

Voilà encore Rozemont, Abel Célestin, Renga Seeneevassen et Guy Forget rentrant de la conférence constitutionnelle de Londres de 1955, l?ancienne salle du conseil législatif, la fontaine aux palabres, mais fournissant de l?eau potable aux mères de famille du village, les charrettes chargées de cannes, comme celle illustrant le timbre de 10 sous rouge vermillon. Voici la montée S sans la moindre trace de béton, mais entourée de beaux arbres. Plaisance avec son look d?aérodrome militaire.

Amusant : Rozemont enturbanné et Renga avec un minuscule chapeau fantaisie juché sur son crâne. Tiens ! le bon docteur Régis Chaperon. Un groupe de députés travaillistes : Philippe, le frère de Guy Rozemont, Guy Forget en redingote, Vaghjee plus héraldique que jamais. Souvenirs douloureux : tout un quartier dévasté par les rafales de Carol de sinistre mémoire. La CHA présente son prototype de maisonnette à Vallijee, pas encore cité. Le scrutin de 1959, étrennant le suffrage universel.

Photo historique : la photo souvenir du gouvernement de coalition nous pas lé de 1969. Un des premiers hôtels du Morne. Raman Osman, le premier gouverneur général mauricien. Idi Amine Dada qui voulait loger dans la maison où il sévit, en tant que soldat Ascari ou K.A.R., comme boy à la disposition d?un officier anglais. Mais déjà on tombe dans l?île Maurice de 2008 avec son centre d?enfouissement de Mare Chicose, ses embouteillages sur l?autoroute, ses joueurs de golf, ses villas IRS, son Waterpark déficitaire.

Un oubli mais de taille : le plan de la nouvelle ville d?Highlands. L?Information n?aurait-elle pas été mise au parfum de ce projet intéressant pourtant Dubayy et les Emirats au Palais des Congrès à Cannes, Alpes Maritimes, France. Rama Sithanen ne va pas apprécier. Mécontenter un grand argentier, à la veille des consultations pré-budgétaires, c?est prendre un grand risque dont seuls les plus téméraires peuvent se flatter.

« Lé temps margoze »

Mais pourquoi n?avoir pas, en sus de cette exposition, pris la peine de reproduire ces photos dans un livre-album que le gouvernement du changement aurait pu offrir à nos établissements scolaires, à nos centres sociaux, et mettre en vente à l?intention des bibliophiles, connaissant la valeur de ces photos lé temps margoze et mêmes celles de 2008, appelées à un bon vieillissement. Il ne peut s?agir d?une question de sous, car l?on sait les mécènes, compagnies d?État compris, et même MASA, se disputant aux portillons pour contribuer à tout projet de propagande travailliste.

C?est peut-être alors une question d?imagination sinon de fonctionnarisme. Il suffisait pourtant de suivre le bon exemple de la Mauritius Telecom célébrant l?an 2000. Que voulez-vous ? Tout le monde ne peut pas être Megh Pillay, Milan Meetarbhan ou encore les Editions Vizavi.

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