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Une chance pour la paix

18 mars 2005, 20:00

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Qualifiée de «premier pas positif» par Ariel Sharon, la trêve conditionnelle annoncée jeudi par les factions palestiniennes fournit une occasion, sans précédent ces dernières années, de faire avancer à grands pas le processus de paix israélo-palestinien. Si elle permet, comme c?est probable, de gagner un temps précieux pour les négociations, elle demeure insuffisante, estiment cependant des analystes, car elle n?équivaut pas au cessez-le-feu complet exigé par Israël pour entamer des discussions sur un règlement final du conflit.

Le dernier semblant de trêve, en 2003, avait duré 50 jours. Mais le décès en novembre de Yasser Arafat et son remplacement par Abbas, qui a accepté le 8 février en accord avec le Premier ministre israélien le principe d?un cessez-le-feu, a modifié radicalement la donne en installant à la tête de l?Autorité palestinienne un interlocuteur valable aux yeux de l?Etat juif. Abbas, qui n?a pas la tâche facile, tente depuis de convaincre les activistes d?arrêter totalement les attaques contre Israël, alors que ce dernier le presse de désarmer par la force les groupes armés.

Un calme favorable à toutes les parties

«La différence de taille c?est que maintenant les responsables des principales parties en présence, Israéliens compris, ont intérêt à maintenir le calme», estime Mouin Rabbani, de l?International Crisis Group (ICG), un groupe de réflexion spécialisé dans le suivi des zones de conflit. Ariel Sharon a fait savoir peu après l?annonce du maintien de l? «accalmie» par les factions palestiniennes que «l?accord conclu au Caire constitue un premier pas positif». Il a insisté cependant sur le fait que, pour avancer dans le processus de paix, «les organisations terroristes ne peuvent continuer à exister en tant que groupes armés, et a fortiori en tant qu?organisations terroristes».

Les groupes islamistes armés tels que le Hamas, voué à la destruction d?Israël plutôt qu?à l?édification d?un Etat indépendant coexistant en paix avec lui, sont affaiblis militairement, et sentent l?occasion qui leur est donnée de gagner en envergure en s?exprimant sur la scène politique.

Ils n?ignorent pas non plus que l?opinion publique palestinienne est moins bien disposée envers les attentats suicide, lassée par quatre années et demie de violences et attirée peut-être davantage par les perspectives de paix. Israël a de son côté tout intérêt à préserver le calme relatif régnant actuellement dans la région, même s?il insiste sur le fait qu?il ne reprendra pas les discussions concernant la création d?un Etat palestinien indépendant tant que les groupes armés n?auront pas été démantelés.

Un faux pas et tout partirait en fumée

Sharon préfèrerait en effet pouvoir mener à bien cet été son retrait de la bande de Gaza et du nord de la Cisjordanie en n?ayant à affronter que la colère des colons, sans l?embarras supplémentaire d?attentats palestiniens. «Je pense qu?Israël fera preuve cette fois-ci de davantage de retenue», prédit l?analyste israélien Mark Heller. «Je ne pense pas qu?il procèdera à des arrestations, à moins qu?il ne dispose d?informations très précises concernant des actions imminentes.»

Les Etats-Unis, acteur le plus influent de la communauté internationale sur ce dossier, ont récemment recentré leur attention sur le conflit israélo-palestinien, encouragés par le changement de direction côté palestinien et la volonté affichée par les deux parties de progresser. Mais l?accalmie demeure fragile et, en l?absence d?une trêve officielle, les activistes n?excluent pas une reprise du conflit.

«Il suffit que quelqu?un fasse un faux pas et tout pourrait partir en fumée», souligne Mouin Rabbani, de l?ICG. Ainsi, l?attentat suicide perpétré par une cellule du Djihad islamique le 25 février à Tel Aviv sans le feu vert d?une partie de la direction du groupe illustre bien le danger que représentent les dissidents, et autres éléments incontrôlables, au sein de la mouvance radicale. Abbas a lui-même reconnu que d?autres attentats de ce type pourraient avoir lieu.

L?accord risque d?autant plus de s?effondrer que les activistes, soucieux de préserver leur crédibilité, ont clairement indiqué qu?ils n?hésiteraient pas à réagir s?ils n?étaient pas satisfaits des mesures prises par l?Etat juif, auquel le Hamas donne un an pour passer à l?acte.

Autre hic, malgré l?assouplissement récent de sa position sur une participation possible aux institutions palestiniennes, le Hamas demeure opposé à l?ouverture de négociations de paix. «Il ne fait aucun doute que l?intégration du Hamas au processus politique l?amènera à modérer ses positions, avec le temps. Mais l?impact immédiat d?une victoire du Hamas sera la paralysie du processus décisionnel dans les relations avec Israël», craint le politologue Khalil Chikaki.

Matthew TOSTEVIN et Wafa AMR

GEORGE BUSH INVITE POUR LA PREMIÈRE FOIS ARIEL SHARON À CRAWFORD

Le président américain George Bush a pour la première fois invité le Premier ministre israélien Ariel Sharon dans son ranch de Crawford au Texas, le 11 avril, pour des entretiens consacrés au processus de paix au Proche-Orient, a-t-on appris jeudi de source proche du gouvernement américain. Depuis son arrivée aux affaires en 2001, Sharon s?est rendu à près de dix reprises à la Maison blanche, mais n?a jamais eu les honneurs du ranch présidentiel. Les autorités israéliennes avaient auparavant annoncé que l?entrevue d?avril devait se dérouler à Washington. Ce changement de lieu d?invitation peut être interprété comme le signe de la volonté de George Bush de soutenir un proche allié au moment il est contesté dans son pays par les colons hostiles à son plan de désengagement de la bande de Gaza. Bush invite dans son ranch de «Prairie Chapel», à Crawford, pour récompenser ses alliés de marque et pour tendre la main à d?autres. La semaine prochaine, il y recevra le Premier ministre canadien, Paul Martin, ainsi que le président mexicain, Vicente Fox. Le nouveau président palestinien, le modéré Mahmoud Abbas, qui a déclaré une trêve lors du sommet israélo-palestinien de Charm el Cheikh le 8 février, devrait lui aussi rencontrer le président Bush en avril.

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