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Une bonne note
par Raj MEETARBHAN
C’est un budget bien construit que Rama Sithanen a présenté à la nation hier. Réformateur, il établit des fondations solides pour la croissance économique en améliorant le climat des affaires. Rigoureux, il évite les dérives dépensières qui ont caractérisé les précédents gouvernements travaillistes. Audacieux, il brise des tabous et ne cherche pas le consensus à tout prix.
L’ensemble du budget s’articule autour d’une idée-force : créer des conditions optimales pour attirer des investisseurs et favoriser la création de petites et moyennes entreprises. Avec beaucoup de créativité, le ministre des Finances formule des propositions cohérentes pour apporter une solution au problème du chômage. Rama Sithanen ne s’est pas trompé de priorité. Il se donne pour tâche d’abord de bâtir une économie saine. Trop souvent, on a constaté que les travaillistes se préoccupent de collecter des impôts et de faire du social sans penser à huiler la machine de l’économie. Ayant Rama Sithanen, l’ancien ministre du pragmatique Anerood Jugnauth en son sein, le PTr change de comportement.
«L’express» accueille d’autant plus favorablement le budget que nous avons souvent défendu les principes qui inspirent beaucoup des mesures annoncées hier. L’ouverture de l’économie, la nécessité d’encourager les professionnels étrangers à nous apporter leur savoir-faire, l’assouplissement des lois du travail, le remplacement des tripartites par un nouveau mécanisme d’ajustement salarial, l’application de la taxe immobilière également en région rurale, le ciblage des prestations sociales : ce sont là des idées que nous avons toujours soutenues et qui sont aujourd’hui reconnues par un gouvernement.
Il faut dire que les circonstances qui ont permis à Rama Sithanen d’énoncer un tel ensemble de mesures sont exceptionelles. S’il ose prendre à contrepied les syndicalistes et ne craint pas d’imposer une taxe rurale, c’est parce qu’il sait qu’il peut profiter de la popularité électorale de son parti. Son leader dispose d’un ancrage qui ne s’est pas affaibli depuis son triomphe de juillet dernier et bénéficie toujours de la confiance d’une majorité de la population. Rama Sithanen a eu le mérite de ne pas laisser passer une telle occasion qui, forcément, ne va durer longtemps.
Ce budget peut être considéré par les travaillistes authentiques comme étant conforme aux engagements pris en campagne électorale par le PTr. L’allègement du fardeau fiscal pour les classes moyennes, une fiscalité plus lourde pour les riches et la décision logique d’exiger que les propriétaires de campement contribuent mieux aux caisses de l’Etat figurent parmi les engagements pris antérieurement par Navin Ramgoolam.
Pour autant, on peut regretter que le ministre des Finances ne soit pas allé jusqu’au bout de sa logique sur la réforme de la pension. Ayant mené une campagne démagogique contre le paiement de la pension de vieillesse aux seuls démunis, il lui a manqué de courage d’appliquer le ciblage au système des pensions.
De plus, certaines décisions annoncées hier soulèvent des interrogations. Par exemple, en supprimant les abattements fiscaux auxquels ont droit les contribuables, il enlève la principale motivation d’un grand nombre de gens qui épargnaient à travers des compagnies d’assurance ou des fonds d’investissement. En outre, on peut craindre une augmentation des prix des terrains avec l’arrivée des acheteurs de l’étranger et la baisse des frais d’enregistrement.
Globalement, ce premier budget des travaillistes démontre que ce vieux parti peut surmonter son conservatisme. Ils sont arrivés au pouvoir avec la promesse de changer notre vie, mais ce sont eux qui changent de nature.
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