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Une Biennale sans foi ni choix

24 septembre 2007, 00:00

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Notre époque aime les palmarès. Quel est le meilleur musicien d?aujourd?hui ? Les plus grands peintres de tous les temps ? Ou : ?Quel(le) est selon vous l?artiste essentiel(le) de cette décennie ?? La question soulève tant d?objections ? pourquoi n?y en aurait-il qu?un ? Que signifie ?essentiel? ? ? qu?elle apparaît dépourvue de sens. Elle n?en est pas moins supposée justifier la 9e Biennale de Lyon .

Elle a été confiée à deux commissaires, Stéphanie Moisdon et Hans-Ulrich Obrist, qui ont esquivé la tâche en posant la mauvaise question de ?l?artiste essentiel? à quarante-neuf commissaires d?expositions et critiques d?un peu partout dans le monde - mais pas d?Afrique... ? et à quatorze artistes. Chacun des soixante-trois a donc désigné son élu(e) à sa guise, sans aucun souci de cohérence. Y en aurait-il soixante-trois, ce serait déjà beaucoup. Mais Pierre Joseph, un des quatorze artistes, a invité avec un narcissisme charmant une dizaine de ses cadets à commenter son propre travail. Saâdane Afif a, lui, rassemblé une cinquantaine d?artistes, qui ont en commun d?avoir exposé à la Zoo Galerie de Nantes.

Chiffres encore : ces dizaines d?artistes sont répartis en quatre lieux fort éloignés les uns des autres, Sucrière, Musée d?art contemporain, Institut d?art contemporain de Villeurbanne et Fondation Bullukian. Le temps où la Biennale, cohérente et réfléchie, se tenait sous la Halle Tony-Garnier est révolu. S?ajoute une nouvelle foire, Docks Art Fair, créée par le galeriste lyonnais Olivier Houg, avec une quarantaine d?exposants. Les stands ayant joué le jeu de l?exposition personnelle, quarante artistes s?ajoutent à la liste. Quant au festival Résonance, greffé lui aussi sur la Biennale, il fédère 120 manifestations dans toute la région Rhône-Alpes. A ce point, on renonce aux additions pour se demander comment une telle profusion aurait pu ne pas tourner à la confusion.

La décision de Moisdon et Obrist de déléguer à d?autres le choix des artistes s?expliquerait par la mondialisation de la scène de l?art et la multiplication des expositions, qui empêcheraient toute vue globale. Mais qui serait assez naïf pour espérer d?une Biennale, fût-elle de Venise, une vue globale ? Tel n?est pas le but de ces manifestations. Que des préférences s?y déclarent, que des tendances s?y affirment, c?est ce qu?on en attend. Et c?est du reste ainsi qu?a agi la majorité des soixante-trois, mais chacun dans son coin, en assénant sa petite vérité personnelle. Vérité souvent nationale du reste : les Anglais exposent des Anglais, les Grecs un Grec, le Lituanien un Lituanien, et ainsi de suite. La mondialisation serait-elle le masque actuel d?un nationalisme inchangé ?

Si aucun thème, aucune esthétique, aucune invention ne se dégagent, une tonalité s?impose, celle du déjà-vu. Le recyclage des provocations de Dada, désormais nonagénaires, tourne à plein : assemblages joliment loufoques d?Urs Fischer, affiches lourdement provocatrices d?Erick Beltrán, vidéo d?Ohad Meromi s?essayant à la parodie, happenings convenus de Tino Sehgal et d?Apertet et Vigier. Les dioramas que Michel Houellebecq a commandés à Rosemarie Trockel en citant gravement Schopenhauer, se veulent terribles et ne sont que grand-guignolesques.

© Le Monde

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