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Une bataille sur plusieurs fronts
Le départ du maître d??uvre de la réforme économique alors même qu?elle n?a pas encore pris forme concrète dans nos esprits peut paraître prématuré. L?exercice d?explication est à peine terminé ; les débats sur le « Finance Bill » qui précisera les bases des changements escomptés ont à peine démarré ; plus troublant, un certain enthousiasme dans le privé semble avoir cédé la place à des réserves, face à l?ampleur du chantier peut-être.
Ce ne sont pas là des raisons propres à retarder la bataille pour les fonds étrangers, nerf de la relance. La réforme économique de Maurice se joue, pour une bonne part, hors de nos frontières. Et c?est maintenant qu?il faut frapper. La croissance mondiale offre des opportunités qu?il ne faut pas laisser passer, sous peine d?être devancé. La performance de l?année est dite exceptionnelle par les analystes. Tous les pays se jettent dans la course aux investisseurs étrangers. Non seulement nous devrons régler nos états d?âme, mais nous devrons, ici, mener sur d?autres fronts, cette même bataille.
Car Rama Sithanen n?entame qu?un aspect de cette bataille, la communication. Une communication qui ne semble pas beaucoup avoir été préparée. « Come and do business » n?est pas le slogan le plus original qui soit ; il ne reflète guère notre « uniqueness ».
Et l?on se serait davantage attendu au déplacement d?un « Economic Development Board » massif, équipé de spécialistes des divers aspects de la réforme, pour des résultats mieux garantis. Mais l?urgence de faire connaître nos nouveaux avantages, quitte à revenir à l?assaut par la suite de manière plus organisée, pourrait excuser l?approximation.
Il n?y a qu?à jeter un ?il sur le voisin pour se rendre compte combien les atouts de la région intéressent l?Asie et que la concurrence n?attend pas. C?est l?Afrique du Sud qui est en train d?être perçue comme la porte d?entrée de l?Inde et de la Chine en Afrique. Une dizaine de géants indiens s?y sont installés et, à partir de Johannesburg, parlent de pénétrer les autres marchés africains, l?Égypte, la Tanzanie, le Soudan, Madagascar? Les « call centres » sud-africains et indiens seraient même liés par un accord. En attendant de pouvoir prétendre être, dans d?autres secteurs d?activités, le lien entre l?Asie et l?Afrique, Maurice doit vite se positionner pour prendre avantage de ces nouveaux acteurs de la région.
Et les autres fronts, tout ce qui doit encore être modifié dans notre environnement pour conforter l?intérêt des investisseurs potentiels ? On les connaît : un « Board of Investment » dédié à la lutte contre la bureaucratie, qui s?occupe des besoins de l?investisseur, de l?immigration jusqu?à l?école des enfants ; une stabilité politique sans cesse affirmée ; une population motivée par le travail et non pas l?assistanat gouvernemental ; l?absence de corruption au gouvernement et dans le monde des affaires ; le respect de la loi ; des règlements clairs et de la consistance dans leur application ; la capacité à résoudre des problèmes en temps réel ; un gouvernement « pro-business » ; des ressources humaines de qualité ; un pays, un lagon propre.
Notre premier atout, la stabilité politique, reste le plus sûr. Les arguments de l?opposition, dans les jours à venir, risquent de ne pas s?élever plus haut que la ceinture. Ceux qu?elle a déployés dans les meetings d?hier ? le feu au « Finance Bill » ou l?appel à descendre dans la rue ? ne sont pas dignes d?enrichir le débat sur les solutions pour s?en sortir. Elle veut capitaliser sur le désarroi qui gagne les foyers, ce qui est conforme au cadre politique dans lequel nous avons toujours opéré. Mais l?on veut croire la population suffisamment lucide pour comprendre que la confusion dans laquelle ces actions pourraient l?entraîner ne ferait que plus de tort au pays aujourd?hui.
Bien d?autres garanties que les autres terrains d?intervention seront en chantier, restent à être données. Pour n?en citer qu?un seul, la question à laquelle la Conférence sur la diaspora aura donné plus d?ampleur cette semaine : et si nos jeunes professionnels nous quittaient, appauvrissant ce « human capital » qui est un autre de nos atouts aux yeux des investisseurs ? Cela ne devrait pas poser plus d?inquiétude si nous mettions dès maintenant sur pied, comme d?autres pays agressifs l?ont fait, une « Task Force » pour aller à la recherche des talents dont notre développement aura besoin. Il ne suffit pas de s?ouvrir aux étrangers pour qu?ils accourent. Il faut vendre à ces professionnels de plus en plus avides d?expériences étendues, le « plus » qui consiste à jouir d?une autre qualité de vie.
Nous ne savons pas sous la commande de qui seront ces différents aspects de la réforme. L?on aurait été plus tranquille si Sithanen nous quittait avec l?impression qu?à la tête de chacun, il laissait un comité bien établi, de la manière qu?il le fait pour l?« Empowerment Programme ». L?on aurait été plus tranquille si le Premier ministre laissait à d?autres le soin de la réforme du judiciaire et de l?« equal opportunity », dossiers majeurs certes, pour provoquer, par des discours réguliers et forts, ce changement d?attitude sans lequel il n?y aura pas de réforme.
L?île Maurice de la réforme que Maurice Lam a dessinée au cours de la Conférence sur la diaspora inspire presque le rire tant cette vision semble utopique. Nous nous y confondons en tout point à Singapour, attirant les étudiants étrangers de tous les coins du monde, devenant la plaque tournante des affaires indiennes et chinoises en Afrique, imprégné de la culture de la mer au point d?être représenté aux compétitions olympiques de voile? Mais les « visions », comme les budgets, servent d?objectifs, afin que l?on ne s?égare pas. « And we need to know where we want to go, rappelait le président du BOI. Otherwise, we could end up walking and walking leading to nowhere? »
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