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Une année pour changer

2 octobre 2004, 20:00

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Le gouvernement s?obstine. Les prix augmentent. Des tranches importantes de la population au mieux stagnent, et au pire s?appauvrissent. L?État, pour sa part, continue à réglementer la vie des citoyens. La folle course de la modernisation ne fait pas que des heureux. Des secteurs sont menacés. La population grogne. C?est un tableau qui est particulièrement sombre pour le gouvernement. Celui-ci ne cesse de tout mettre sur le compte d?un environnement mondial difficile. On ne lui tiendra pas rigueur pour cela. Mais il importe aujourd?hui de bien saisir le rôle de l?État dans une économie mondialisée.

À en croire nos dirigeants, le gouvernement n?aurait plus les mains libres pour agir. Même pas en faveur des plus démunis. C?est la main invisible de l?économie mondiale qui contrôle les manettes. Il n?y aurait pas d?alternative à l?économie de marché et ses gendarmes que sont le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Pendant quatre ans, l?alliance gouvernementale a appliqué rigoureusement les instructions de ces institutions. Elle a démarré la dernière année de son mandat en radicalisant sa politique économique.

Il ne s?agit pas ici de faire siennes les critiques de l?opposition. Une telle tentation n?existe pas. Mais on peut comprendre qu?elle n?a aucune raison de se priver des arguments que lui fournit le pouvoir. Il y a cependant fort à parier que si d?aventure elle revenait au pouvoir, elle ne ferait pas différemment de l?actuel gouvernement, tant son antienne de démocratisation de l?économie et de concentration de pouvoir économique et politique ne représente que des thèmes électoraux à fort accent populiste. Il y aurait certes quelques variables, mais l?essentiel resterait le même.

Cela dit, il importe de resituer le débat. Les champions du libéralisme économique réalisent de plus en plus que cette philosophie économique, qui sous-tend tout le système démocratique, n?apporte pas toutes les solutions aux problèmes auxquels les populations ont à faire face. Aujourd?hui, à Maurice, le débat sur le choix de la politique économique doit être remis à jour. Ce n?est pas du côté des politiques qu?il faudra se tourner pour encourager de nouvelles intonations dans ce débat. Une certaine intelligentsia se doit d?engager une réflexion globale sur la question. L?économie de marché n?est pas la seule issue. Après l?échec du communisme et du socialisme, elle était apparue comme la seule alternative. Version édulcorée du capitalisme, elle a inclus dans sa charte une préoccupation sociale qui l?a rendue plus humaine. Toutefois, dans la pratique, les choses se passent autrement.

Les agents de la société civile ont, par conséquent, une année pour esquisser les contours d?un projet de société où l?humain reviendrait au centre des impératifs économiques. Il y a urgence. S?il n?y a pas d?effort en ce sens, on se retrouvera après les prochaines élections avec une majorité qui ne saura pas se soustraire aux Fourches Caudines du libéralisme économique. Sans une pression sociale rationnelle, on versera dans les mêmes travers et la critique du politique ne se justifiera plus, parce qu?elle n?est pas accompagnée d?une citoyenneté économique responsable.

Il est vrai qu?aujourd?hui le système de retraite et certaines pratiques propres à l?État providence doivent être revus. Il est tout aussi juste de remettre en question le fonctionnement des services publics. Cela peut difficilement être contesté. Ce qui l?est par contre, c?est l?aveu d?impuissance du politique devant un système économique totalitaire.

À la société civile de ne pas faire le même aveu. Il ne s?agit pas de s?ériger en idéologue. De contester l?hégémonie du libéralisme pour le seul plaisir de le contester. Lorsqu?on n?avance plus par la contradiction, on fait du surplace des idées reçues et de contrebande des choix de société différents.

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