Publicité

Une affaire qui marche... avec les lions

22 juillet 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

«Vous pouvez le caresser. Suivez les instructions du guide et tout se passera tranquillement. » Facile à dire lorsqu?on s?appelle Jano Labat, qu?on a vécu en Afrique, plus particulièrement au Zimbabwe, et qu?on a appris à communiquer avec les fauves, au point de marcher avec.

Quoi qu?il en soit, depuis avril de cette année, la société Safari Adventures Ltd, dont les partenaires sont le couple Jano et Odile Labat et Graeme Bristow, a initié, à Maurice, le concept de « Marche avec les lions ». Il faut savoir que cette attraction touristique est devenue incontournable dans certains pays d?Afrique dont le Zimbabwe, l?Afrique du Sud et le Kenya (voir hors-texte).

Le safari, avec comme principal centre d?intérêt une excursion et une interaction avec les lions, se pratique dans une réserve naturelle que la propriété sucrière de Médine a mise à la disposition de Safari Adventures Ltd. Cette réserve naturelle se trouve dans la partie sud-ouest du Casela Nature and Leisure Park, au pied de la Montagne du Rempart.

« Elles sont très bien traitées »

« Les conditions sanitaires dans lesquelles évoluent ces fauves ont obtenu l?aval du service vétérinaire du ministère de l?Agro-Industrie. Plusieurs experts sud-africains qui ont un savoir-faire dans ce domaine, ont fait le déplacement pour vérifier si le promoteur respecte les conditions d?hébergement des fauves, de même que les mesures de sécurité », indique Lewis Prayag, chef vétérinaire au ministère de l?Agro-Industrie. Et d?ajouter que Maurice et l?Afrique du Sud sont signataires de la Convention on International Trade of Endangered Species (Cites). Le certificat de la Cites a été délivré à la société par le National Parks and Conservation Service.

Les six lionceaux, Induna, Makiwa, Hamba, Tsotsi, Mafuta ? noms d?origine africaine - et Gamede, qui rappelle celui d?une récente dépression tropicale, vivent en semi-liberté. L?enclos est constitué d?un espace libre où les fauves peuvent circuler comme bon leur semble et des abris où ils sont enfermés la nuit. « Nous les aidons à se familiariser aux conditions de vie dans des abris. C?est indispensable pour assurer leur sécurité en période cyclonique et en cas de maladie qui nécessite une période d?internement », explique Jano Labat.

L?enclos est ceinturé par deux murs de sécurité grillagés. Le premier est entouré de fils équipés d?un retour de charge électrique de très faible intensité, mais suffisante pour contraindre les bêtes qui s?y aventurent à faire marche arrière.

Le deuxième grillage est à une intervalle de deux ou trois mètres du premier.

Dans cette partie de l?île, les fauves retrouvent à peu près le même climat qu?ils ont connu en Afrique.

« Comparativement, l?hiver est moins rigoureux. C?est un peu plus humide aussi ici », indique Odile Labat. Et les lions sont nourris de têtes de cerfs, de viande de b?uf, de carcasses de poulet et de thon rouge.

Du point de vue sanitaire, ces bêtes sont régulièrement examinées. « Elles sont généralement très bien traitées. Elles ont passé la période de quarantaine sans que nous ayons décelé une quelconque trace de maladies, dont particulièrement la rage ou la tuberculose », souligne Lewis Prayag.

LA SECURITE A TOUT PRIX

Les fauves, que le public peut caresser ou avec lesquels il peut effectuer une marche, sont, au fait, des lionceaux qui ont toujours été en contact avec les hommes. Mais comme ce sont des animaux carnivores et qu?ils ont un instinct naturel de chasseur, certaines précautions doivent être prises. Leur enclos est donc protégé par deux grillages dont l?un est muni de fils dotés d?un retour de charge électrique à faible intensité. Un deuxième grillage, installé à une intervalle de deux à trois mètres du premier, permet de tenir les badauds à une distance sécurisante. Ainsi, il n?y a plus lieu de craindre qu?un enfant puisse passer l?avant-bras à travers les grillages.

Par ailleurs, les personnes suffisamment téméraires pour entrer dans l?enclos des lions, sont tenues de respecter les instructions des guides. À noter que les bêtes ne participent plus aux activités du centre au-delà de leurs 20 mois. Elles vont donc évoluer dans un autre espace où elles n?auront plus un accès direct avec le public. Cependant, la nuit, les fauves sont placés dans des abris en dur qui se trouvent dans l?enclos, afin de les protéger des intempéries et pour faciliter leur traitement en cas de maladie. La société Safari Adventures Ltd, grâce à Graeme Bristow, bénéficie de l?expertise de la famille Bristow qui a une longue expérience dans le domaine du dressage d?animaux sauvages.

Elle a fourni des lions pour la projection de divers films. Après les lions, Safari Adventures Ltd se prépare à accueillir? des guépards

LES EXPERIENCES AFRICAINES

Si le concept de « Marche avec les lions » vient de faire son entrée à Maurice, il existe depuis belle lurette sur le continent africain.

On peut citer, les projets purement touristiques du Seaview Game & Lion Park situé sur la zone côtière à environ 25 km à l?ouest de Port-Elizabeth, en Afrique du Sud, et l?expédition dans les réserves naturelles du Masai Mara, au Kenya, proposé par la société JK Safaris. Cependant l?initiative de certaines sociétés dépasse le cadre purement touristique, car elles sont engagées dans une véritable lutte pour protéger les lions, une espèce en voie de disparition. Pas plus tard qu?en juin 2005, le Dr Pieter Kan, écologiste engagé dans le combat pour la protection des lions, a attiré l?attention de la World Conservation Union sur ce danger. Face au déclin grandissant des lions, l?Afrique du Sud et le Zimbabwe ont lancé un ambitieux projet de réintroduction contrôlée de lions apprivoisés dans leur milieu naturel.

Le projet sud-africain est consacré à la réintroduction, alors que celui du Zimbabwe, Antelope Park, est un camp de safari où le « lion encounter » occupe une place importante. Lorsque les lionceaux atteignent un âge trop avancé pour le programme de « Marche avec les lions », ils sont pris en charge par l?équipe chargée de leur réintroduction à la vie sauvage.

QUESTIONS A DR KISNASAMY NARAINA POULLE, PRESIDENT ET VETERINAIRE EN CHEF DE PAWS

« Il faut limiter l?interaction avec ces bêtes »

Quelles sont les mesures indispensables aux conditions de vie des lions hors de leur milieu naturel ?

Une étude de l?impact sur l?habitat immédiat doit être engagée préalablement à l?introduction de tout animal dans un environnement spécifique. Cela est d?autant plus crucial dans le cas d?un prédateur. Comme c?est un animal territorial, il a besoin d?évoluer sur une étendue de terrain assez vaste.

Tout en respectant le droit des promoteurs, je suis personnellement embêté par le fait que ces bébés aient été arrachés à leurs mères et transposés dans un environnement qui n?est pas totalement le leur.

Quels sont les devoirs et les obligations des promoteurs ?

Ils ne doivent pas oublier que les lions sont des animaux sauvages et que dans leur milieu naturel, les interactions avec les humains et tout ce qui vient avec sont quasiment nulles. D?où la nécessité de limiter les occasions d?interaction avec ces bêtes.

Le suivi vétérinaire doit être quasi constant. Les lions sont très vulnérables à la maladie de Carré, une maladie très contagieuse des chiens. Cette vigilance doit être permanente surtout en période hivernale où la maladie est fréquente à Maurice. Un rapport régulier de l?état de santé des ces bêtes doit être soumis. La qualité des mesures de sécurité doit être constamment revue et améliorée. Un plan d?urgence en cas d?accident est obligatoire.

Jusqu?à quel âge un lion peut-il être inclus dans un programme d?interaction ?

Les lions sont des animaux de groupe et ont une structure sociale bien définie. Les mettre en interaction avec les humains, c?est un peu envoyer des signaux troubles dans leur psyché. En allant chasser avec sa mère dès l?âge de trois mois, le lionceau développe très tôt son instinct de chasseur, car c?est un facteur primordial pour sa survie. D?où la nécessité de retirer de tout programme d?interaction, des lionceaux dès qu?ils atteignent l?âge de leur maturité.

Publicité