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Une affaire d?Etat

6 octobre 2007, 00:00

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Par Nazim ESOOF

Si l?éthique a encore un sens, c?est sans doute parce que son étymologie est désormais adaptable aux intérêts de chacun. Autrement, il serait difficile à expliquer comment ce qui est relativement insignifiant finit par devenir recommandé. Et ce qui est véritablement recommandé est réduit au statut d?ouvrage de référence. Certes, tout pourrait ne relever que d?une question de sous. Mais on voudrait croire que les intentions sont plus nobles que cela. L?essentiel non plus n?est pas dans la rhétorique hiératique, consacrée dans le champ politique au culte du ramgoolamisme, de James Burty David. La principale préoccupation réside dans cette crainte qu?une pensée insidieuse ne s?infiltre dans nos écoles et dans le juvénile esprit de nos collégiens. Aujourd?hui, des questions troublantes surgissent. Il s?avère de plus en plus que, contrairement à ce qu?affirmait un communiqué du ministère de l?Education, la liste des manuels de français, celle-là même circulée dans les écoles, n?est pas celle établie par les «subject panels». Ce qui contredit l?argument à l?effet que ce choix correspondrait aux «objectifs du curriculum». Si ce n?est pas le cas, à quels objectifs répond ce choix et par qui a-t-il été effectué ?

Dans le cas qui nous concerne, il est trop facile de tout mettre sur le dos de quelques fonctionnaires et de quelques enseignants. Dans un pays où la prise de parole relève d?un tour de force, surtout lorsqu?il est question de contester la parole politique, on pouvait aisément être tenté de blâmer des innocents en pariant sur le fait que ceux-ci n?auront jamais le courage de nier les faits. Sans résistance contre une autorité arbitraire, il ne peut y avoir de justice commune. Autrement, ce serait se rendre complice de basses man?uvres et des décisions partiales. Il est ici question de l?éducation de nos enfants. Non de l?ego de James Burty David ou de Lindley Couronne. L?un ou l?autre ont leurs motivations. Ce n?est pas notre souci.

Le nôtre est ailleurs. Il réside dans cet effort pour atteindre une lisibilité nette d?une situation qui, si elle se confirme, accréditerait la thèse que, une fois au pouvoir, on peut aussi jouer de l?avenir de nos enfants. On croyait qu?il existait certaines limites qu?on ne dépassait pas même si la politique relèverait de l?art du possible. Et il ne faudrait pas non plus aujourd?hui s?étonner que toute cette affaire ne prenne rapidement une dimension communale. C?est dans la même veine des argumentations du genre «kan donne nou bann zot trouve sa anormal». Ce qui serait anormal désormais, c?est de ne pas établir les faits et identifier ceux qui ont perverti une chaîne de travail. Qu?ils soient ministres, fonctionnaires ou enseignants, chacun devra assumer sa responsabilité. Ce n?est pas une simple affaire. C?est une affaire d?Etat. Des citoyens mauriciens, faisant partie d?un «subject panel», ont été injustement pointés du doigt. Des enfants mauriciens risquent leur avenir. Le pouvoir politique, qui ne cesse de lutter en faveur de la démocratisation de l?économie, de l?équité, de l?égalité des chances, de la justice?, ne laissera certainement pas passer de telles iniquités.

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