Publicité

Unanimité sur la question de promotion positive en politique

10 mars 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

LA sous-représentation des femmes dans les sphères décisionnelles a donné lieu à deux heures de riches et intenses débats hier après-midi. Les clubs Soroptimist de Rose-Hill et Port-Louis et la Jeune Cham-bre Economique (JCE) de la capitale avaient organisé conjointement un business forum dans les locaux de l?Alliance française à Bell Village.

Il y a eu une quasi-unanimité parmi les intervenants sur la question de promotion positive que ce soit en politique ou venant des politiques.

La seule voix discordante a été celle de l?économiste Eric Ng Ping Chuen qui préside la JCE nationale. Dans une intervention philosophique, il a disséqué les relations inter-individuelles de type face-à-face et celles sociales, plus institutionnelles. A ses yeux, il ne faut pas confondre les deux. S?il se dit prêt à défendre les intérêts d?une femme avec qui il entretient des relations inter-personnelles, il n?entend point mener le même combat au niveau institutionnel. ?Il faut promouvoir les institutions de liberté. C?est pour cela que je préfère la concurrence aux quotas, l?autorité de la loi plutôt que la justice du résultat. Si nous touchons à ces institutions, nous ferons obstacle à ce qui fait le progrès des femmes et des hommes.?

Aisha Timol, Chief Executive de la Mauritius Bankers? Association, ne s?est pas vraiment prononcée sur la promotion positive. C?est une vision plutôt personnelle de la professionnelle qu?elle a livrée. La misogynie, dit-elle, existe aussi bien dans les secteurs public que privé. Mais dans ces sphères, ajoute-t-elle, il existe aussi beaucoup d?hommes capables de devenir les alliés des femmes et les pousser à réussir.

Elle reconnaît que dans la phase première de l?emploi, celle menant à l?acceptation, la femme doit fournir plus d?efforts que l?homme et faire abstraction de ses contraintes domestiques pour être perçue comme son égal. Passé ce cap, d?autres critères entrent en jeu : une forte motivation de réussite, un soutien familial omniprésent, une capacité d?adaptation et de prise de risques.

Ne travaillant souvent pas pour de l?argent mais recherchant plutôt l?épanouissement professionnel, les carriéristes comptent sur leur conjoint pour être le principal gagne-pain. De fait, elles peuvent être flexibles et mobiles. Ce que ne peuvent accomplir leurs conjoints qui, pour cette raison, accèdent plus rapidement, et en plus grand nombre, aux sphères décisionnelles.

Evolution en route

L?existence d?une plus grande proportion de femmes au sein du secteur public s?explique par le fait qu?il s?y trouve une plus grande volonté de leur faire une place. Dans le secteur privé, les entreprises à caractère familial et les autres à actionnariat concentré sont plus réticentes à le faire. Par contre, dans les nouveaux secteurs économiques ? qui prennent de plus en plus d?essor ? la reconnaissance est basée sur l?intellect. Et là, il n?y a aucune différence entre les sexes. Dans ces secteurs-là, l?évolution est en route.

Pour Jean-Claude de L?Estrac, ancien politicien et directeur général du groupe La Sentinelle Ltée, ce qui fait obstacle à l?accession de la femme au pouvoir c?est qu?elle n?ait pas? de femme. ?Une femme n?a pas de femme. Elle ne peut compter sur une aide supplémentaire et compétente, qui serait auxiliaire, vestale et mentor à la fois, qui gérerait les problèmes domestiques et familiaux autant qu?elle aiderait à façonner sa carrière. La réalité est là.?

La femme est donc victime d?une tyrannie familiale qui lui impose plus de 30 heures de travaux domestiques et obligatoires contre huit heures à l?homme. Il a fait ressortir que ce déséquilibre existe partout, même en Europe où la femme assure toujours 70 % du travail domestique et 60 % du travail parental.

Pour Jean-Claude de L?Estrac, c?est cette division inégale de responsabilités familiales dans le couple qui est la cause première du plafonnement de la femme dans sa vie professionnelle. ?C?est dans la remise en cause de la nature profondément injuste des rapports hommes-femmes que l?on doit chercher les moyens d?un rééquilibrage durable.?

Cette tâche risque de s?avérer difficile car il s?agit d?un problème culturel. La solution à long terme doit passer par la rééducation des hom-mes ?déformés par plusieurs siècles de préjugés et d?organisation masculine de la société. C?est un vaste chantier, une longue quête.?

Il n?entrevoit de solution à court terme qu?au sein de la politique. ?Si l?on veut des résultats concrets, il vaut mieux comprendre que les évolutions seront tributaires du fait politique, de l?accélération sociale qu?il peut induire. Nulle part au monde cela n?a été rendu possible sans volonté politique exprimée sous formes diverses de promotions positives. Si certains pays ont mieux fait que d?autres, c?est qu?ils ont commencé plus tôt cet effort de promotion positive.?

Il considère que les femmes auraient tort de combattre le principe de promotion positive sous forme de quotas car on ne traite pas également des situations inégales. Il a souligné que la décision d?accorder un quota de 50 % de bourses d?Etat aux filles sert davantage les intérêts des garçons puisque si l?Etat ne tenait compte que des résultats, sans distinction de sexe, les filles auraient raflé toutes les bourses...

Même si la société a évolué, il estime qu?il faudra une révolution culturelle pour traiter du problème. Selon lui, la création d?un observatoire de la parité pourrait être un instrument de mesure et d?éducation.

Sheila Bunwaree, Senior Lecturer à la faculté de Social Studies and Humanities à l?université de Maurice, se dit inquiète des inégalités entre hommes et femmes dans le monde du travail, en particulier au sein de la zone franche. Elle se dit en faveur de la promotion positive par quotas, y compris en politique, car elle favorise une société plus juste et équitable. ?Les quotas sont indispensables car ils compensent les femmes et leur donnent la place qui leur revient.?

Le plus terre à terre de tous a été Tim Taylor, Chief Executive du Group Rogers. Il reconnaît qu?il y a moins de femmes au sein du management du secteur privé. Cela vient du fait qu?elles ne sont pas toujours prêtes à faire les sacrifices qui s?imposent pour y parvenir. A moins que ce soit leurs conjoints qui y mettent leur veto. Selon lui, un changement de mentalité chez les hommes n?interviendra qu?avec l?éducation délivrée par les mères et s?urs. La femme doit aussi pouvoir se libérer en partageant ses responsabilités familiales avec d?autres.

Rééquilibrer vie publique et vie privée

Dans l?absolu, Shirin Aumee-ruddy-Cziffra, ancienne politicienne et actuellement Ombudsperson pour les enfants, est contre les quotas qui engendrent des inégalités. Mais dans le cas présent, elle estime qu?il faut tomber d?accord sur un principe de promotion positive permettant aux femmes d?accéder au pouvoir politique. ?Il ne faut pas s?attendre à ce que les choses changent d?elles-mêmes. Il est important qu?il en soit ainsi car c?est une question de pluralisme.? Elle croit dans l?apport de la culture spécifique de la femme. Une fois au pouvoir par promotion positive, dit-elle, la femme oeuvrera non seulement pour la cause des femmes mais aussi pour les droits fondamentaux de tous.

Les femmes qui exercent pleinement leur pouvoir d?enfanter, ne se précipitent pas en politique car, dit-elle, elles n?aiment pas se mettre en avant. Elle croit qu?un rééquilibrage est nécessaire aussi bien dans la vie publique que privée. ?Il faut donner plus d?espace public aux femmes et plus de place aux hommes dans les sphères domestiques.? Ce rééquilibrage, dit Shirin Aumeeruddy-Cziffra, passe par l?empowerment , ou don de favoriser la prise de pouvoir, par l?éducation et la formation spécialisée.

A l?issue du forum, les commentaires et questions ont été nombreux. A celle portant sur les quotas à pourvoir en politique, Jean-Claude de L?Estrac a répliqué qu?en sus de faire de la place aux femmes sur la liste des partis, les politiciens pourraient aussi leur allouer des sièges dans les circonscriptions. Les élections générales n?étant pas loin, il a conseillé aux associations féminines de faire pression auprès du gouvernement pour obtenir satisfaction en ce sens.

Publicité