Publicité
Un être social moins ethnicisé
Il y a eu ?enn sel lepep, enn sel nasyon?, ?l?unité dans la diversité? et ?l?unité nationale?, au fil des décennies, pour exprimer cette ambition profonde d?une nation unie dans sa pluralité. Mais, comme c?est souvent le cas, les expressions sont devenues des slogans creux. Jusqu?à ce que le peuple et des citoyens, mus par une conviction certaine, entreprennent des actions concrètes pour mettre en valeur cette mauricianité qui traduit le vivre-ensemble.
Devant leurs sympathisants, les dirigeants des deux alliances ne disent pas autre chose. Navin Ramgoolam se présente en rassembleur. Il dit vouloir être le Premier ministre de toute l?île Maurice. De l?autre côté, devant des jeunes réunis au stade Maryse Justin, les termes ?d?unité nationale? sont revenus comme des leitmotivs chez Paul Bérenger et Pravind Jugnauth. Les politiques le savent.
Au-delà des inconditionnels, des die-hards, il existe une île Maurice qui se conjugue de moins en moins avec partisanerie politique. Ils sont, à cet effet, plus de 30% d?électeurs indécis qui n?ont pas encore fait leur choix. Parallèlement, un jugement de la Cour suprême a donné raison aux membres de Rezistans ek Alternativ. Les candidats n?ont pas besoin de déclarer leur appartenance ethnique pour pouvoir s?engager dans une élection. Certes, un autre mouvement conteste ce jugement. Mais déjà, à l?annonce de la victoire remportée par Rezistans ek Alternativ, un souffle nouveau a semblé traverser le pays.
A tel point que même les partis traditionnels, ceux qui ont évité la réforme du système électoral, ont trouvé que c?est un jugement ?intéressant? ou encore qu?il allait entraîner dans son sillage ?une mort naturelle? du système de best loser. Il y a sans doute dans ces affirmations une dose de conservatisme mêlée à de la sagesse politique. Il n?empêche qu?un mouvement est en cours. De l?unité nationale à l?effacement graduel du critère ethnique de la chose politique, le pays passe par un moment où il s?approche d?une maturité nouvelle. Les jeunes qui étaient au stade Maryse Justin dimanche ne disaient pas autre chose aux leaders présents à cette manifestation. Ils ont vibré à chaque fois que le thème a été évoqué.
Tout tenter pour s?agripper au passé
De même, ils ont été nombreux à accueillir favorablement le jugement dans l?affaire logée par Rezistans ek Alternativ. Des voix se sont élevées. La citoyenneté, débarrassée de ses oripeaux sectaires, est un exercice d?ascèse nationale. A côté, les réactionnaires vont tout tenter pour s?agripper aux pratiques passées. Mais l?île Maurice en 2005 se signale autant par son désir de répondre à l?appel de la modernité qu?à s?acrocher à ce réflexe de repli qu?engendre la peur de la nouveauté. C?est un pays de paradoxes, disait-on. Aujourd?hui plus que jamais, elle commence à apprendre à les gérer ses paradoxes, en douceur.
C?est ce même paradoxe qui fait qu?un électeur sur trois n?a pas encore décidé pour qui voter, tout en assurant qu?il se rendra effectivement aux urnes. Cet électeur n?est pas désabusé, sinon il aurait cedé aux sirènes de l?absentéisme. Mais il ne fait plus une confiance aveugle aux politiques. Ceux-ci ont graduellement compris que l?aspiration à l?unité nationale n?est pas un vain slogan. Elle se trouve moins chez les partisans zélés qui manifestent leur couleur politique que chez ceux qui, de loin, vivent la campagne électorale comme un folklore dont ils se seraient bien passé.
Ce mouvement était prévisible. A différents moments de l?histoire du pays, il y a eu une majorité de Mauriciens qui ont dit leur rejet du compartimentage communautaire. Des citoyens qui ont récusé cet Etat qui ne les reconnaissait qu?à travers leur identité ethnique. Mais une société qui se transforme, c?est une société qui transforme aussi les mentalités et tout un imaginaire social. La modernisation et le réformisme entraînent irrémédiablement une révolution dans les coutumes et les habitudes.
Les jeunes en sont bien conscients. Le facteur ethnique n?est pas le seul déterminant de l?identité individuelle. Et la fracture entre l?être privé et l?être social est en train de s?estomper dans le même esprit. Cet être privé qui ne se définit pas en fonction de sa communauté commence à communiquer ce sentiment à l?être social qui, lui, pour diverses raisons, dont la promotion sociale et professionnelle, s?appuyait jusqu?ici sur ce facteur pour améliorer sa situation principalement auprès de l?Etat.
C?est cette nouvelle rationalité qui permet également une remise en question du modèle de développement économique, de la politique d?assistance sociale ou encore du rôle des institutions.
C?est cette île Maurice des fusions et du métissage qui se dessine de plus en plus. Dans un tel contexte, il est évident que les politiques vont de montrer pusillanimes. Ce sont ceux craignent le plus les changements de mentalité parce qu?il implique un renouvellement de leurs pratiques. Mais, en même temps, ils se doivent de démontrer des signes d?accompagnement de ces évolutions multiples.
Les politiques sauront-ils dans ces dernières semaines de la campagne s?adresser à l?individu mauricien ? Feront-ils le saut conceptuel pour débarrasser le concept d?unité nationale de ces traits politisés qui, jusqu?ici l?éloignaient, d?une ambition identitaire citoyenne ?
Publicité
Publicité
Les plus récents